“Et Jésus lui dit: Recouvre la vue; ta foi t’a sauvé. » Luc 18-23. Lequel d’entre nous, frères, peut-il se prévaloir d’une si grande perfection spirituelle qu’il pourrait se passer d’invoquer le Christ, notre Très-Miséricordieux docteur ? Nous sommes tous malades, aveugles et accablés. La Foi est le grand remède par lequel nous devons être guéris. Nous voyons de quelle manière l’homme aveugle dans l’Evangile d’aujourd’hui, fut guéri à cause de sa foi. Ailleurs, nous lisons l’histoire de la femme atteinte de cette maladie sanguine, elle aussi guérie par sa foi. Et dans bien d’autres endroits de l’Ecriture, la Foi est décrite comme le remède de nos maux. Dieu merci, nous avons reçu cette immense bénédiction qu’est la Foi catholique ! Mais nous devons nous demander ; est-ce que notre Foi est toujours aussi forte ? Est-ce que notre Foi est vivante ?

Si notre foi est vivante, cela se manifestera tout seul, par nos propres actions. Examinons-nous aujourd’hui pour établir nos intentions pour le Carême. Quels ressorts pour la Foi trouverons-nous en nous-mêmes ? « La foi sans les œuvres est morte ». Comment peut-on faire en sorte que cette foi nous guérisse ? Redoutez-vous l’approche de la saison de pénitence ? Est-ce que, par exemple, vous avez déjà planifié les dates auxquelles vous pourrez enfin vous en sortir ? Est-ce que vous considérez cette période comme un mauvais moment à passer et pendant lequel vous n’obtiendrez rien, sinon la perte de votre confort ? Si vous considérez le Carême avec un pareil état d’esprit, vous n’êtes pas un vrai fidèle de la Croix du Christ et votre foi n’est pas vivante.

Une foi morte est pire que tout, car une telle foi conduit directement à la tiédeur, à propos de laquelle l’Esprit-Saint nous dit : « Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche. » Prenez bien garde à ce que votre éventuel manque de Foi et d’esprit de pénitence, ne soit la route vers votre expulsion. Toutefois, ne vous méprenez pas et ne pensez pas que nous devions seulement, pendant cette saison de pénitence, nous réduire à notre basse nature d’hommes affamés, avides de leur prochain diner. Ce n’est pas exactement une telle réduction à laquelle nous sommes obligés. Bien que nous puissions, de façon involontaire, avoir une aversion pour la pénitence, si toutefois, nous réalisons réellement notre besoin de mortification et que nous nous déterminons à prendre en compte cette opportunité, nous montrons au moins que Dieu prend une grande place dans nos cœurs.

Dieu veut la guérison de tous, et Il nous dit : « Mon fils, donnes-moi ton cœur. » Mais si nous retenons une part de notre cœur pour nos misérables égos, dans Sa Miséricorde, malgré sa juste colère, Il ne nous condamnera pas. Toutefois, si nous n’avons pas au moins la détermination d’essayer de nous repentir, nous ferions alors bien de trembler à l’idée de rester dans cette condition. Si quelqu’un s’imagine qu’il peut reporter ses pénitences à son lit de mort, il se méprend gravement. Les chances pour qu’une telle personne soit sauvées sont incroyablement réduites. N’est-il pas évident qu’un homme qui a passé sa vie dans le péché ne peut pas, sauf par une grâce miraculeuse, racheter en une petite heure, peut-être moins encore, ce qu’un homme vertueux a durement acheté toute sa vie ?  Le pécheur mourant peut bien persuader le prêtre qu’il se repend, mais ne s’illusionne-t-il pas lui-même à ce moment, à cause de la peur de la mort ? Et si on accordait dix ans de vie supplémentaire à cet homme pour qu’il se repente, le ferait-il vraiment ? En effet, si sa résolution était de ne plus pécher alors qu’il n’en aurait de toute façon plus eu l’occasion, son repentir est douteux, et toutes les absolutions de tous les prêtres du monde ne pourraient lui sauver l’âme.

“L’homme mourra comme il a vécu”. N’est-t-il pas tellement plus simple de se repentir maintenant, pendant que vous en avez la possibilité, plutôt que sur votre lit de mort, lorsque la maladie et le péché vous auront déjà ôté la raison ? Ayez donc une foi vivante qui témoignera par des actes ! Et que la prière de l’homme aveugle soit celle de chacun d’entre nous : « Jésus, Fils de David, ayez pitié de nous » ! Que notre prière soit dite sans cesse, jusqu’à ce que le Seigneur nous réponde enfin : « Ta Foi t’a sauvé ».

Extrait traduit de « Five Minute Sermons for Low Masses on all the Sundays of the Year” by Priests of the Congregation of St. Paul, Vol. I, New York: The Catholic Book Exchange, 120 West 60th Street., 1893, pp. 141-143.

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