Comme le dit Saint Paul, « il importe que le Christ règne ». Pourquoi les martyrs ont-ils été martyrisés ? Parce qu’ils ont dit devant les césars : « il importe que le Christ règne, vous n’avez d’autorité que venant d’en Haut, et Dieu veut que Son Fils règne sur la société, sur les familles et les âmes…si vous vous opposez à cela, vous vous opposez à Dieu, de Qui vous avez reçu l’autorité pour Le servir et non pas pour le contredire. » Et c’est parce qu’ils osaient le dire publiquement et qu’ils ne se taisaient pas devant les menaces et les pressions qu’on les a martyrisés. Et leur martyr a scellé la victoire du Christ, de même que c’est par le poids de la Croix, quand ses ennemis voulurent le mettre à mort, que le Christ a triomphé et a régné. « C’est par le bois que le Christ règnera » avait annoncé le prophète. De même, c’est par le sang des martyrs que l’Eglise, le Corps Mystique du Christ, a régné sur les âmes, sur les cœurs. De quelle façon ? Non pas d’une façon de violence, non pas d’une façon de tyrannie, mais au contraire, ce sont les âmes que l’Eglise a délivré du poids de la tyrannie du démon. D’une manière douce, elle a régné publiquement par la pratique des Dix commandements, par la pratique officielle du culte où, le roi, les ministres, venaient s’agenouiller au pied du Saint Sacrement et venaient se prosterner à terre devant Lui. « Baisse la tête, fier Sicambre, plie la tête devant ton Dieu ! », dit Saint Rémi à notre premier roi Clovis. Et, à ceux qui commençaient à L’oublier, les nobles qui entouraient Louis XIV, Saint Jean Eudes, prêchant dans la chapelle royale, donnant la bénédiction du Saint Sacrement, et voyant ces nobles, rester debout, d’un ton impératif qui les as fait trembler : « A genoux ! Vers de terre ! Devant votre Créateur ! » Et ils sont tous tombés à genoux. Voilà comment Il règne, par le bois de la Croix, en nous offrant Son ciel…Quel plus doux Maître pouvions nous avoir ? […] La véritable paix des âmes et des cœurs, elle vint dans la tranquillité de l’ordre de la Pax Christiana, la paix chrétienne. Voilà donc comment Notre Seigneur doit régner sur la société et il n’est pas possible d’être neutre : ou bien on est avec le Christ, ou l’on est contre Lui.

Abbé Vincent-Marie Zins, Sermon pour le 3e dimanche de Carême, 1996