Avant de définir et d’expliquer la notion catholique de l’Histoire, il est nécessaire de rappeler brièvement les notions fondamentales de la Religion et de l’Eglise.

  1. Le mot de religion vient de religare, relier ; ou de –elegere, relire, ou de reeligere, réélire, choisir de nouveau ; parce que la religion nous attache et nous unit étroitement à Dieu ; ou parce qu’elle nous rappelle que nous devons nous occuper souvent des choses de Dieu ; ou parce qu’en pratiquant la religion nous choisissons Dieu de nouveau, comme souverain bien, perdu précédemment par le péché. Quelle que soit l’étymologie de ce mot, on entend par religion le culte de Dieu, qui est le principal objet de la raison des devoirs que nous avons à remplir envers ce grand Etre. Les livres saints se servent du mot pacte, d’alliance pour désigner la religion sous l’ancien et le nouveau Testament. Pour donner de la religion en général une notion plus étendue, nous ajouterons que la religion est : « une institution divine, naturelle et positive, qui nous oblige, sous la sanction des peines et des récompenses, d’honorer Dieu par la foi, l’espérance et l’amour, par l’adoration, l’esprit de sacrifice, la reconnaissance, la prière et l’observation de ses lois.[1]» La religion avait été donnée à l’homme dans l’état d’innocence, pour régler sa vie et ennoblir son existence ; elle lui a été conservée dans l’état de péché, pour lui faire connaitre la vérité, l’aider à pratiquer la vertu, et assurer son bonheur. Nécessaire à l’individu par tous ces motifs, la religion est également nécessaire à la famille et à la société ; à la famille, pour former le bien des époux et assujettir le mariage à de saintes ordonnances, pour commander aux parents les devoirs envers leurs enfants, pour inspirer aux enfants les devoirs envers leurs parents ; – à la société, pour ordonner sa constitution, faire respecter ses lois et assurer ses mœurs, c’est-à-dire sa conservation et sa dignité.

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La religion nous est connue par la révélation : Dieu, Lui-même en a fait connaitre les enseignements ; il les a continués par les prophètes, et complétés par son Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, et par qui il a fait les siècles. La religion catholique n’est donc point une religion nouvelle : elle est aussi ancienne que le monde ; elle embrasse la révélation primitive, la révélation mosaïque et la révélation évangélique, qui répondent aux différents âges du genre humain. « Le christianisme, dit Bergier, est le dernier trait d’un dessein formé de toute éternité par la providence, le couronnement d’un édifice commencé à la création ; il s’est avancé avec les siècles ; il n’a paru ce qu’il est qu’au moment où l’ouvrier y a mis la dernière main.[2] » Avant comme après son avènement, Jésus-Christ a été dans tous les temps l’espérance des hommes. « Le culte d’Adam, celui de Noé, celui d’Abraham, celui de Moïse, celui que nous professons, tous ces cultes, si différents pour l’extérieur, ne sont que les divers états et les développements successifs d’une même religion, annoncée sous tous les patriarches, ébauchée sous la Loi de Moïse, consommée par Jésus-Christ. La constitution mosaïque était comme le germe de l’économie chrétienne, de cette religion que devait éclore au temps marqué et couvrir toute la terre de son ombre.[3] » – « L’Eglise catholique, dit Bossuet, remplit tous les siècles précédents par une suite qui ne peut lui être contestée. La loi vient au-devant de l’Evangile. La succession de Moïse et des patriarches ne fait qu’une même suite avec celle de Jésus-Christ. Etre attendu, venu, être reconnu par une postérité qui dure autant que le monde, c’est le caractère du Messie en qui nous croyons, Jésus-Christ est aujourd’hui, il était hier, il est aux siècles des siècles.[4] » Une institution peut se développer et grandir suivant le plan de celui qui en est l’auteur, sans cesser d’être substantiellement la même. Telle est la religion chrétienne. Nous la voyons toujours la même dès l’origine du monde ; toujours on a reconnu le même Dieu comme auteur, le même Christ comme médiateur, le même but, les mêmes moyens, les mêmes vérités en figure ou en réalité, suivant la portée de l’esprit humain. Dieu n’a point enseigné aux hommes, dans un temps, le contraire de ce qu’il leur avait enseigné dans un autre. La croyance des patriarches n’a point été changée par les leçons de Moïse ; le symbole des chrétiens, quoique plus étendu, n’est point opposé à celui des Hébreux ; mais les enseignements primitifs donnés aux Patriarches ont été renouvelés et développés sous la loi écrite, expliqués et complétés par Jésus-Christ, qui est venu non pour nous détruire, mais accomplir la loi et les prophètes : Non veni solvere legem aut prophetas, sed adimplere.[5] » La vraie religion prouve sa divinité par les miracles et les prophéties ; de plus elle nous est enseignée par l’Eglise.

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  1. L’Eglise est la société des adorateurs du vrai Dieu. La croyance à un Dieu est donc la base première de son existence. Celui qui tient le créateur pour une chimère, le genre humain pour un troupeau, le monde pour une énigme, celui-là ne saurait croire à l’Eglise. A ses yeux, la seule divinité à reconnaitre et à servir, c’est l’homme. Donc point d’intervention d’un Dieu personnel dans le gouvernement du monde : par conséquent, point de société qui purifie l’homme des souillures de la déchéance et l’élève aux vertus de la Rédemption. Mais l’être qui nie Dieu, n’est dans l’ordre moral qu’une exception monstrueuse. On n’arrive à ce suicide de l’âme que par l’abrutissement d’une science orgueilleuse, ou par les égarements où l’esprit est entrainé par la corruption des sens. A ces deux causes près, le genre humain, pris en masse, ne croit point vivre seulement dans le cercle étroit des choses périssables ; il croit à Dieu ; il croit à un commerce surnaturel de l’homme avec Dieu, il croit et veut vivre dans une société spirituelle, dont Dieu est l’auteur, le chef, la Loi et le but. Proudhon, le fougueux socialiste, a écrit à ce sujet ces paroles péremptoires : « Croyez-vous en Dieu ? Croyez-vous à la nécessité de la religion ? Croyez-vous par conséquent, à l’existence de l’Eglise, c’est-à-dire d’une société établie sur la pensée même de Dieu, inspirée de lui, et se posant avant tout comme expression du devoir religieux ? Si oui, vous êtes chrétien, catholique, apostolique, romain ; vous confessez le Christ et toute sa doctrine ; vous reconnaissez l’infaillibilité des conciles et du Souverain Pontife ; vous placez la Chaire de Saint Pierre au-dessus de toutes les tribunes et de tous les trônes : vous êtes, en un mot, orthodoxe. Sinon, osez le dire : car alors ce n’est pas seulement à l’Eglise que vous déclarez la guerre, c’est à la foi du genre humain. Entre ces deux alternatives, il n’y a pas de place pour l’ignorance ou la mauvaise foi. Il faut l’avouer : il ne s’est pas rencontré jusqu’à ce jour de nation pour dire : je possède en moi la justice ; je ferai mes mœurs ; je n’ai pas besoin pour cela, de l’intervention d’un être suprême, et je saurai me passer de religion. L’argument subsiste donc ; et comme au point de vue religieux, principe de toutes les Eglises, le catholicisme latin est resté, et de beaucoup, ce qu’il y a de plus rationnel et de plus complet, l’Eglise de Rome, malgré tant de formidables défections, est la seule légitime.[6]»

L’Eglise est, dans l’ordre des institutions sociales établies par Dieu, ce qu’est, dans l’ordre des croyances révélées, la religion. Comme on distingue la révélation primitive, la révélation mosaïque et la révélation évangélique, qui répondent aux différents états de la religion, on distingue aussi l’Eglise primitive, l’Eglise mosaïque et l’Eglise chrétienne. Dans son acception la plus étendue, l’Eglise comprend les fidèles qui militent sur la terre, les justes qui souffrent dans le purgatoire, et les saints qui triomphent dans le ciel. Sans exclure les rapports actuels de l’Eglise militante avec l’Eglise souffrante et l’Eglise triomphante, naturellement nous ne nous occupons ici que de l’Eglise militante et chrétienne, de la société des fidèles qui professent ici-bas la doctrine de Jésus-Christ. Pour distinguer la véritable Eglise des sociétés hérétiques ou schismatiques, on la définit : « La société des fidèles qui professent la même foi, qui participent aux mêmes sacrements et sont soumis aux mêmes pasteurs, principalement au pape, qui est le chef. Les livres saints dans leur texte inspiré, les Pères dans ces immortels ouvrages où habite la plénitude de l’esprit catholique, les théologiens dans leurs traités pleins de lumière ; ont donné de l’Eglise, d’autres définitions : définitions très divers, les unes allégoriques, les autres descriptives et scientifiques, mais toutes se réduisent à l’idée d’une société surnaturelle, divinement instituée pour la déification de l’homme. A prendre l’Eglise dans sa notion la plus haute, on pourrait donc la définir : Le royaume de Dieu sur la terre ; ou encore : La société de Dieu avec l’homme pour ramener l’homme à Dieu. » La terre en effet, n’est qu’une faible partie du monde : et l’Eglise militante n’est qu’une portion de l’Eglise. La terre, avec ses habitants, doit donc entrer dans l’unité complète de l’Eglise de Dieu. Or, cette unité n’existe, qu’autant que chaque partie est ordonnée à l’ensemble : l’individu, ordonné à sa famille, chaque famille, ordonnée à la société particulière dont elle est membre ; chaque société particulière, ordonnée à la société du genre humain dans l’Eglise militante ; l’Eglise militante, enfin, ordonnée à la société des bienheureux et des saints anges. L’Eglise, en terre, soutient ainsi par ses principes constitutionnels, avec la grande société des âmes, des rapports qui se résolvent en harmonie : par son but et ses moyens d’action, elle tend à ramener tout à Dieu ; par ses institutions et ses lois, n’était la résistance des passions, elle rangerait tout sous la loi divine ; et par sa force de sanctification, elle fait entrer un grand nombre d’hommes dans le concert des esprits célestes. Société admirable, que les Anges bénissent dans leurs cantiques, que les saints glorifient dans leurs hymnes de reconnaissance, que les démons abhorrent, et que tout homme est appelé à aimer…à moins qu’il ne veuille la haïr, en s’enrôlant sous la bannière des démons. Pour offrir à tous les hommes un facile accès, l’Eglise ne reconnait à certaines marques : à l’autorité de son enseignement, à la visibilité et à la perpétuité, à l’unité, à la sainteté, à la catholicité, et à l’apostolicité. Je crois à l’Eglise : l’Eglise enseigne donc avec autorité ; elle a donc droit de prononcer en dernier ressort, et sans appel, sur les controverses en matière de religion. Mais je ne puis croire ce qu’enseigne l’Eglise, qu’autant que je la connais, elle et son enseignement ; qu’autant qu’elle est visible, et perpétuellement visible ; la visibilité et la perpétuité sont donc, comme l’autorité dans l’enseignement, des propriétés de l’Eglise. De plus, l’Eglise est une, sainte, catholique et apostolique : une, et dans sa doctrine, et dans son ministère ; sainte, dans ses dogmes, sa morale, sa discipline, et dans une partie de ses membres ; catholique ou universelle, c’est-à-dire répandue dans les différentes parties du monde, et notablement plus nombreuse que tout autre société chrétienne ; apostolique, tant pour la doctrine, que pour le ministère, ou la succession non interrompue des évêques.

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Ces différentes propriétés se trouvent dans l’Eglise romaine, qui est seule la véritable Eglise de Jésus-Christ. Pour remplir son mandat, l’Eglise romaine a reçu de son fondateur différentes prérogatives : les principales sont le droit d’enseigner, et le droit de se gouverner elle-même ; le droit de prononcer en dernier ressort, sur les questions qui intéressent la religion, et le droit de régler par des lois, ce qui concerne l’institution de ses ministres, l’administration des sacrements, la célébration du culte divin, et généralement tout ce qu’elle juge utile au bien spirituel . Avec la mission d’enseigner, l’Eglise a reçu de Jésus-Christ tous les pouvoirs nécessaires à son gouvernement : soit qu’elle enseigne, soit qu’elle ordonne, parce qu’elle ordonne et qu’elle enseigne au nom de Dieu, nous devons tous lui être soumis, tous, grands et petits, princes et sujets : son autorité dans l’enseignement est infaillible ; sa puissance, en ce qui tient à son gouvernement, est souveraine ; et parce que l’une et l’autre sont inhérentes à sa constitution native, elle est, dans l’exercice de ces deux prérogatives, absolument indépendante de la puissance temporelle. « Le pape et l’Eglise, c’est tout un, » a dit saint François de Sales. Le pape ou le Souverain Pontife, est le chef de l’Eglise, le centre de l’unité catholique, le père et docteur de tous les chrétiens, le pasteur chargé de paitre les agneaux ou les brebis, c’est-à-dire tout le troupeau de Jésus-Christ dont il est le représentant sur la terre. Tous les titres du Pape sont renfermés dans la primauté de saint Pierre et de ses successeurs sur le siège de Rome ; primauté qui n’est pas seulement de droit ecclésiastique, mais de droit divin ; qui n’est pas seulement une primauté d’honneur, mais de juridiction ; mais une suprématie, mais une principauté, qui donne au Pape le droit de statuer sur tout ce qui intéresse l’Eglise, en subordonnant même les évêques à son autorité. Or, il suffit d’ouvrir l’Evangile pour voir que Saint Pierre a reçu de Jésus-Christ cette primauté de juridiction ; et que l’évêque de Rome, en sa qualité de successeur de Saint Pierre, est l’héritier de sa principauté et de toutes les prérogatives de la Chaire Apostolique. Ainsi, la Religion et l’Eglise sont, comme parle Bossuer, le tout de l’homme, le tout de la famille et de la société ; elles sont aussi le tout de l’histoire.

Abbé R.F. Rohrbacher, De la religion et de l’Eglise dans leurs rapports avec l’Histoire ecclésiastique, in Histoire Universelle de l’Eglise, tome 1, édition de 1901, Louis Vivès, Paris, Considérations Générales, Préliminaires, Chapitre 1, pp.184-188

[1] Gousset, Théol.dogm., tom.1

[2] Traité de la Religion, introduction, §.3

[3] Duvoisin, L’autorité des livres de Moïse, part.3, chap. 2

[4] Discours sur l’histoire universelle, part.2, n°13 ; Heb. 13 ;8

[5] Matthieu 5 ;17

[6] De La justice dans la Révolution et dans l’Eglise, tome 1, p.28

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