Objection n°8 : Si les « papes » de Vatican 2 sont des faux papes, ils n’ont donc pas de juridiction valide. Les individus qu’ils ont nommés cardinaux ne sont donc pas de vrais cardinaux de l’Eglise, et n’ont donc aucune légitimité à procéder à l’élection d’un pape, pas plus que les individus qu’ils ont nommé « évêques ». D’autant plus que les cardinaux et évêques nommés du temps de Pie XII sont tous morts. Une telle situation semble empêcher l’élection d’un nouveau pape et donc contrevenir à la perpétuité de l’office papal et même à la visibilité de l’Eglise, ce qui est impossible.

Réponse à l’objection : En effet, si les « papes » de Vatican 2 furent de toute évidence des antipapes ou des faux papes, les individus qu’ils ont nommés cardinaux n’ont aucun pouvoir de juridiction dans l’Eglise, et aucune part dans l’élection du souverain pontife dans la mesure où tous adhèrent aux fausses doctrines de Vatican 2. Toutefois, l’élection du souverain pontife par le collège des cardinaux est une disposition relevant du droit ecclésiastique. Avant l’institution du collège électoral, l’élection du pape était le fait de la vox populi ou du clergé de Rome. Les théologiens enseignent ainsi que l’Eglise, à cause de son caractère indéfectible, a toujours en elle le pouvoir de se choisir un chef suprême, même si, à cause d’une catastrophe quelconque, les cardinaux étaient par exemple tous assassinés en même temps.


Preuve n°1 : L’Eglise, par sa nature même, et par le droit divin, a toujours la possibilité d’élire un pape, quelque soient les circonstances.

Le pouvoir d’élire le Pape appartient, de par la nature des choses, et donc de par le droit divin à l’Eglise prise avec son chef, le mode concret dont se fera l’élection, dit Jean de Saint-Thomas, n’a nulle part été marqué dans l’Ecriture : c’est le simple droit ecclésiastique qui déterminera quelles personnes dans l’Eglise pourront validement procéder à l’élection. – Mgr. Journet, L’Eglise du Verbe Incarné, volume 1, Excursus VIII.

Il est impossible que l’Eglise soit laissée sans Pape et sans le pouvoir d’élire le Pape. Tous les Cardinaux étant morts, leur succède de façon immédiate [dans le pouvoir d’élire le Pape] l’Eglise Romaine, par laquelle fut élu [le Pape saint] Lin avant toute disposition de droit humain à notre connaissance. L’Eglise romaine représente l’Eglise universelle dans le pouvoir électif. – Cardinal Cajetan, De comparatione auctoritatis Papæ et Concilii, n°744,745,746

Même si Saint Pierre n’avait rien déterminé en la matière avant son décès, l’Eglise avait le pouvoir de suppléer à sa personne et de désigner son successeur. Si par une quelconque catastrophe, une guerre ou une épidémie, tous les cardinaux devaient faire défaut, nous ne pouvons avoir aucun doute que l’Eglise pourrait se choisir un saint père. – Francisco de Vitoria, De Potestate Ecclesiae

De là, une telle élection devrait être conduite par toute l’Eglise, et non par quelque église particulière. Ceci parce que ce pouvoir est commun et concerne toute l’Eglise. Ainsi, cet acte doit être de la responsabilité de toute l’Eglise. – Vitoria, ibid.

Par voie exceptionnelle et de suppléance, ce pouvoir d’élire un pape revient à l’Eglise et au concile, soit en raison de l’absence de cardinaux électeurs, soit parce qu’il y a doute concernant ces derniers, ou bien parce que l’élection elle-même est incertaine, comme cela s’est passé à l’époque du grand schisme d’occident. – Cardinal Cajetan, De Comparatione Auctoritatis Papae et Concilii

Un bref examen de l’histoire montrera comment le principe de l’élection par l’Eglise romaine a été maintenu à travers toutes les vicissitudes des élections papes. Saint Cyprien nous apprend, à propos de l’élection du pape Saint Corneille (251), que les évêques provinciaux, le clergé et le peuple prirent tous part à l’élection : « Il fut fait évêque par le décret de Dieu et de Son Eglise, par le témoignage de presque tout le clergé, par le collège des anciens évêques et d’hommes de bonne réputation » (Ep. Iv ad Anton., n°8). Et une chose similaire est affirmée par les prêtres de Rome dans leur lettre à l’empereur Honorius, concernant la validité de l’élection de Boniface Ier (A.D. 418 ; P.L., XX, 750). – Père George Joyce, Encyclopédie Catholique, 1911, article « pape »

Si le collège des cardinaux devait disparaitre, la charge d’élire le pasteur suprême incomberait, non pas aux évêques assemblés en concile, mais au clergé romain restant. Au temps du concile de Trente, le pape Pie IV, pensant qu’il serait possible, s’il devait mourir, que le concile portât quelque revendication de ce droit, insista sur ce point dans une allocution consistoriale. – Encyclopédie Catholique, ibid.

Lorsqu’il serait nécessaire de procéder à l’élection du souverain pontife, s’il s’avérait impossible d’applique les directives du droit papal, comme ce fut le cas du temps du Grand Schisme d’Occident, on doit accepter sans difficulté que le pouvoir d’élection puisse être transféré à un concile général. – Cardinal Billot, De Ecclesia Christi

Parce que la loi naturelle impose qu’en de tels cas, le pouvoir du supérieur est transmis à l’inférieur immédiat, parce que cela est absolument nécessaire à la survie de la société, et pour éviter les tribulations causées par l’extrême nécessité. – Cardinal Billot, Ibid.

Parce que les actes humains pour lesquels on établit des lois consistent en des cas singuliers et contingents, variables à l’infini, il a toujours été impossible d’instituer une règle légale qui ne serait jamais en défaut. Mais les législateurs, attentifs à ce qui se produit le plus souvent, ont établi des lois en ce sens. Cependant, en certains cas, les observer va contre l’égalité de la justice, et contre le bien commun, visés par la loi. Ainsi, la loi statue que les dépôts doivent être rendus, parce que cela est juste dans la plupart des cas. Il arrive pourtant parfois que ce soit dangereux, par exemple si un fou a mis une épée en dépôt et la réclame pendant une crise, ou encore si quelqu’un réclame une somme qui lui permettra de combattre sa patrie. En ces cas et d’autres semblables, le mal serait de suivre la loi établie ; le bien est, en négligeant la lettre de la loi, d’obéir aux exigences de la justice et du bien public. C’est à cela que sert l’équité. Aussi est-il clair que l’équité est une vertu. L’équité ne se détourne pas purement et simplement de ce qui est juste, mais de la justice déterminée par la loi. Et même, quand il le faut, elle ne s’oppose pas à la sévérité qui est fidèle à l’exigence de la loi ; ce qui est condamnable, c’est de suivre la loi à la lettre quand il ne le faut pas. Aussi est-il dit dans le Code [Code publié par Justinien en 529] : « II n’y a pas de doute qu’on pèche contre la loi si, en s’attachant à sa lettre, on contredit la volonté du législateur ». II juge de la loi celui qui dit qu’elle est mal faite. Mais celui qui dit que dans tel cas il ne faut pas suivre la loi à la lettre, ne juge pas de la loi, mais d’un cas déterminé qui se présente. – Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, I-II, q. 120, art. 1

Toute loi est ordonnée au salut commun des hommes, et c’est seulement dans cette mesure qu’elle acquiert force et raison de loi; dans la mesure, au contraire, où elle y manque, elle perd de sa force d’obligation. […] C’est pourquoi, s’il surgit un cas où l’observation de telle loi soit préjudiciable au salut commun, celle-ci ne doit plus être observée. – Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, I-II, q. 96, art. 6

Il ne faut pas voir l’Eglise, lorsque meurt un pape, comme possédant le pouvoir pontifical en acte, dans un état de diffusion, ceci afin qu’elle puisse elle-même déléguer ce pouvoir au prochain pape, en qui ce pouvoir sera décondensé et établi définitivement. Lorsque le pape meurt, l’Eglise est veuve, et par considération pour la juridiction universelle et visible, elle est alors concrètement acéphale. Mais elle n’est pas acéphale à la manière des églises schismatiques, ni à la manière d’un corps en voie de décomposition. Le Christ la guide depuis les Cieux. Et, bien que ralenti, le pouls de la vie ne quitte pas l’Eglise : elle possède le pouvoir de la papauté en puissance, en ce sens que le Christ, Qui a voulu qu’elle dépende toujours d’un pasteur visible, lui a donné le pouvoir de désigner l’homme à qui Il confiera Lui-même les clefs du Royaume des Cieux, ainsi qu’Il le fit pour Pierre. Durant la vacance du siège apostolique, ni l’Eglise, ni le Concile ne peuvent contrevenir aux dispositions déjà établies pour déterminer le mode valide de l’élection (Cardinal Cajetan, in De Comparata, chap. XIII, n°202). Toutefois, en cas de permission (par exemple, si le pape n’a rien institué contre cela), ou dans le cas où il y aurait ambiguïté (par exemple, si on ne sait pas qui sont les vrais cardinaux, ni qui est le vrai pape, comme ce fut le cas au temps du grand schisme), le pouvoir d’appliquer la papauté à telle ou telle personne revient à l’Eglise universelle, l’Eglise de Dieu. Au cas où les conditions prévues seraient devenues inapplicables, le soin d’en déterminer de nouvelles échoirait à l’Eglise par dévolution, ce mot étant pris, comme le note Cajetan (Apologia de comparata auctoritate papæ et concilii, cap. XIII, n° 745), non pas au sens strict (c’est à l’autorité supérieure qu’il y a, au sens strict, dévolution en cas d’incurie de l’inférieur), mais au sens large, pour signifier toute transmission, même faite à un inférieur. – Mgr. Journet, L’Église du Verbe Incarné, ibid.


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