Gardez-vous de croire qu’on ne puisse plaire à Dieu dans la profession des armes, David était un guerrier, lui à qui le Seigneur a rendu un si grand témoignage; beaucoup de justes de ce temps-là furent aussi des hommes de guerre, Il en était un, ce centurion qui dit au Seigneur : « Je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison; mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Tout soumis que je sois à l’autorité d’un autre, j’ai sous moi des soldats; je dis à celui-ci: « Va, et il va : et à un autre : Viens, et il vient; et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait. » Et le Seigneur dit de ce centurion : « Je vous le dis en vérité, je n’ai pas trouvé une si grande foi dans Israël (Matthieu 7;8-10): » C’était un homme de guerre que ce Corneille, à qui l’ange adressa ces paroles : « Corneille, tes aumônes ont été agréées, et tes prières ont été exaucées; » l’ange lui dit alors d’envoyer chercher le bienheureux apôtre Pierre pour apprendre de lui ce qu’il avait à faire; et Corneille envoya aussi auprès de Pierre un soldat qui craignait Dieu (Actes 10;48). C’étaient des gens de guerre ceux qui, voulant se faire baptiser, allaient auprès de Jean, le saint précurseur du Seigneur et l’ami de l’Époux, lui dont le Seigneur a dit que « parmi les enfants des femmes il n’y en a pas eu de plus grand (Matthieu 11;11); » ils lui demandèrent ce qu’ils devaient faire, et Jean leur répondit : « N’usez de violence ni de fraude contre personne; contentez-vous de votre paie (Luc 3;14). » Il ne leur défendit pas de porter les armes, puisqu’il leur prescrivit de se contenter de leur paie.

Il est vrai que ceux-là sont plus élevés au près de Dieu,qui,ayant renoncé à toutes ces fonctions du siècle, servent Dieu dans une parfaite continence. Mais, comme dit l’Apôtre : « Chacun a un don de Dieu qui lui est propre, l’un d’une manière, l’autre d’une autre (1 Corinthien 7;7). » Il en est donc qui, en priant pour vous, combattent contre d’invisibles ennemis; vous, en combattant pour eux, vous travaillez contre les barbares trop visibles. Plût à Dieu que la foi fût la même en tous ! On se donnerait moins de peine, et le diable avec ses anges serait plus aisément vaincu. Mais parce qu’en ce monde il est nécessaire que les citoyens du royaume des cieux soient soumis à de pénibles tentations au milieu des errants et des impies pour y être exercés et éprouvés comme l’or dans la fournaise (Sagesse 3;6), nous ne devons pas vouloir avant le temps vivre uniquement avec les saints et les justes, afin que nous le méritions en son temps.

Lors donc que vous vous armez pour le combat, songez d’abord que votre force corporelle est aussi un don de Dieu,; cette pensée vous empêchera de tourner le don de Dieu contre Dieu lui-même. Car si la foi promise doit être gardée à l’ennemi même à qui on fait la guerre , combien plus encore elle doit l’être à l’ami pour lequel on combat ! On doit vouloir la paix et ne faire la guerre que par nécessité, pour que Dieu vous délivre de la nécessité de tirer l’épée et vous conserve dans la paix. On ne cherche pas la paix pour exciter la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix. Restez donc ami de la paix, même en combattant, afin que la victoire vous serve à ramener l’ennemi aux avantages de la paix. « Bienheureux les pacifiques, dit le Seigneur, parce qu’ils seront appelés enfants de Dieu (Matthieu 5;9). » Si la paix de ce monde est si douce pour le salut temporel des mortels, combien est plus douce encore la paix de Dieu pour le salut éternel des anges ! Que ce soit donc la nécessite et non pas la volonté qui ôte la vie à l’ennemi dans les combats. De même qu’on répond par la violence à la rébellion et à la résistance, ainsi on doit la miséricorde au vaincu et au captifs, surtout quand les intérêts de la paix ne sauraient en être compromis.

Saint Augustin, Lettre au comte Boniface (Lettre CLXXXIX), 418 ap. NSJC.

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