En pleine campagne électorale, le premier ministre du gouvernement de l’état sioniste joue la surenchère nationaliste et ethnocentriste. Dans un récent post sur Facebook, Netanyahou a affirmé :

Israel n’est pas un état pour tous les citoyens. Israël est un état-nation pour le peuple juif – et lui seul.

Netanyahou répondait à une célébrité juive locale, plutôt de gauche, qui lui reprochait le manque de représentativité des partis arabes dans les coalitions gouvernementales[1]. Vu de loin, les diatribes populistes anti-arabes de Netanyahou peuvent laisser croire à un clivage ethnique net de la société sioniste. La réalité est beaucoup plus complexe. Tout d’abord, il faut se souvenir qu’il existe encore un grand nombre de catholiques arabes en Terre Sainte, dont certains d’entre eux se sont à juste titre soulevés à Haïfa, en janvier, pour protester contre une exposition antichrétienne blasphématoire[2] (toutefois, il s’agit pour la plupart de conciliaires, sans parler des communautés schismatiques). En outre, les arabes vivant dans l’état sioniste ne sont pas tous anti-sionistes, loin de là. C’est le cas notoire de la communauté druze (la religion druze est l’une des sectes du shi’isme islamique) dont beaucoup de membres servent dans l’armée sioniste. Les gens oublient qu’à la fondation de l’entité sioniste, en 1948, les mouvements nationalistes arabes avaient depuis longtemps leur propre projet d’état. Près de 700000 arabes durent fuir ou furent expropriés à cette occasion. Beaucoup des descendants de cette époque, quand ils ne sont pas partis au Liban, en Jordanie ou ailleurs dans le monde, vivent dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie.

Mais d’autres sont demeurés à l’intérieur de l’entité sioniste, bon gré, mal gré, suscitant les suspicions des colons juifs. Aujourd’hui, cette communauté arabe de « citoyenneté israélienne », pose un problème pour le régime sioniste, qui en juin dernier, a fait passer au parlement une loi affirmant le caractère exclusivement juif de l’état « d’Israël ». Il ne faut pas perdre de vue, et nous le savons mieux que quiconque, qu’il s’agit là d’une affirmation ethnocentriste, en plus d’une preuve supplémentaire de l’hypocrisie des démocraties de l’Occident impie, qui ne trouvent évidemment rien à redire à cela, tandis qu’elles sont capables de qualifier de libéral-populiste Matteo Salvini de nouveau Mussolini. A cette occasion d’ailleurs, Netanyahou avait affirmé en somme, les mêmes mots[3] :

Israel est l’état-nation du peuple juif, qui honore les droits individuels de tous ses citoyens. Je répète, c’est notre pays. L’état juif.

D’un autre côté, l’essentiel des partis et des gouvernements libéraux-populistes en Europe sont très admiratifs du « modèle israélien », qui passe désormais pour le modèle et même le blanc-seing du néo-nationalisme décomplexé. Une admiration ou plutôt une soumission qui n’est toutefois jamais prise comme prétexte , ce qui exposerait beaucoup trop négativement les réalités paradoxales de la société sioniste.

[1] BLOOMBERG, Netanyahu tells arab citizens they’re not real israelis, 13 mars 2019, https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-03-13/netanyahu-tells-arab-citizens-they-re-not-real-israelis

[2] TIMES OF ISRAEL, Arab Christians clash violently with police in Haifa over ‘McJesus’ sculpture, 11 janvier 2019, https://www.timesofisrael.com/arab-christians-in-violent-clash-with-police-in-haifa-over-mcjesus-sculpture/

[3] AP, Israeli parliament passes contentious jewish nation bill, 19 juillet 2018, https://www.apnews.com/a9804a4476fb4123859aa7e3dd1ab871

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