Beaucoup de ceux qui s’intéressent à la question juive sont enclins à demander s’il n’y aurait pas par hasard quelque chose, la moindre chose, dans le Talmud, qui ne serait pas beau et sublime, mais entièrement dicté par quelque chose comme la haine des Chrétiens. La confusion, dans l’opinion publique, à cet égard, est telle qu’à entendre ceux qui en dissertent si abondamment on pourrait penser qu’ils sont en train de discuter d’une race humaine très ancienne et très éloignée, et non pas du peuple d’Israël, qui vit au milieu de nous, en respectant un code moral constant par lequel la vie tant sociale que religieuse des juifs est réglée jusqu’à ce jour. Ceci étant, j’ai entrepris de démontrer que le Talmud comporte bien des enseignements au sujet des Chrétiens, en satisfaisant ainsi les désirs des personnes désireuses d’en savoir plus sur cette doctrine (le judaïsme), à partir de ses sources authentiques et originales. A cette fin, j’ai traduit les livres du Talmud les plus connus, qui font référence aux Chrétiens, et j’ai classé ces sources afin d’apporter un tableau aussi clair que possible de la manière dont les Chrétiens sont donnés à voir aux juifs, par le Talmud. Afin d’écarter l’accusation d’avoir utilisé une version falsifiée du Talmud ou de ne pas l’avoir traduit et interprété correctement, comme cela est généralement le cas lorsque l’on entreprend de révéler les secrets des enseignements juifs, j’ai placé le texte hébreu en regard du texte latin. J’ai divisé l’ensemble de l’ouvrage en deux parties, la première traitera des enseignements du Talmud sur les Chrétiens ; et la seconde traitera des règles que les juifs sont obligés de respecter lorsqu’ils vivent au milieu des Chrétiens. En introduction, je procéderai à une brève discussion du Talmud lui-même.

Qu’est-ce que le Talmud ?

Le TALMUD tire son nom du mot Lamud – ‘il a enseigné’, et signifie « L’Enseignement ». Par métonymie, ce nom s’applique au livre qui contient l’Enseignement, qui est appelé lui-même Talmud. C’est l’ouvrage doctrinal qui, seul, expose de manière exhaustive et explicite les connaissances et les enseignements (indispensables) au peuple juif. Quant à son origine, les Rabbins considèrent que Moïse en est le premier auteur. Ils affirment qu’à côté de la loi écrite reçue par Moïse de Dieu lui-même sur le Mont Sinaï, sur des tables de pierres, appelées Torah Schebiktab, Moïse aurait reçu également des interprétations de cette loi divine, ou ‘loi orale’, appelée en hébreu Torah Shebeal Peh. Les juifs disent que c’est la raison pour laquelle Moïse est resté si longtemps sur la montagne. En effet, Dieu (pas bête !) aurait eu suffisamment d’un jour pour lui refiler les tablettes ! Moïse aurait transmis cette loi (divine) orale à Josué ; Josué l’aurait enseignée à son tour aux soixante-dix Sages ; les soixante-dix Sages l’auraient transmise aux Prophètes, et les Prophètes à la Grande Synagogue. On tient pour certain (chez les juifs) qu’elle aurait été transmise successivement par certains rabbins au cours des générations, jusqu’à ce qu’il devînt impossible de la retenir oralement dans son entièreté. Quoi qu’il en soit de cette histoire des rabbins, il est bien connu qu’en Palestine existaient, avant la naissance du Christ, des écoles dans lesquelles la littérature sacrée était enseignée. Les commentaires des Docteurs de la Loi étaient notés sur des parchemins, des sommaires étaient rédigés, en guise d’aide-mémoire, et ces listes et premiers commentaires, une fois colligés, formèrent les prémisses du Talmud juif. Au second siècle après Jésus-Christ, le Rabbin Jehuda, lequel, en raison de la sainteté de sa vie, fut appelé Le Saint ou le Prince, réalisant que la qualité de l’enseignement doctrinal des juifs baissait, que leur loi orale se perdait, et que le peuple juif était en train d’être dispersé, fut le premier à envisager des moyens et des méthodes permettant de restaurer et de préserver leur loi orale. Il collecta toutes les listes aide-mémoire et tous les manuscrits et il en fit un livre qui fut appelé le Sepher Mischnaioth, Mischnaioth étant le pluriel du mot ‘Mischnah’, qui signifie ‘seconde’, c’est-à-dire « seconde loi ». En grec, ce terme se traduit par Deuterosis, d’où le Deutéronome. Il divisa ce livre en six parties, et chaque partie fut divisée en un grand nombre de chapitres. Nous les examinerons plus tard. La Mischnah représente le fondement et la principale partie de l’ensemble du Talmud. Ce livre a été accepté par les juifs partout, et ils y virent leur authentique code juridique. Il fut enseigné et glosé dans leurs académies en Babylonie (Irak actuel, lieu d’exil des juifs) – à Sura, à Iumbaditha et à Nehardea – ainsi que dans leurs académies en Palestine – à Tibériade, à Iamnia et à Lydda. Comme les interprétations se multipliaient avec le passage des siècles, les disputations et les arrêts des docteurs de la loi concernant la Mischnah furent colligés, et ces écrits constituèrent un supplément au Talmud, appelé la Guemarah. Ces deux parties (lois recensées + commentaires) sont si mêlées dans le corps du Talmud que la Mischnah est utilisé en premier, un peu à la manière d’un manuel juridique, puis on a recours à la Guemarah, qui fournit une analyse de différents avis sur une cause donnée, qui permettent d’aboutir à une décision arrêtée (c’est une sorte de jurisprudence, ndlr). Tous les préceptes de la Mischnah, toutefois, n’étaient pas pris en compte dans les discussions des différentes écoles judaïques. Ceux qui étaient tombés en désuétude en raison de la destruction du Temple, et ceux dont l’observance n’était possible qu’en Terre Sainte n’étaient généralement plus commentés. Leur explication était laissée à la venue d’Elias et au retour du Messie. C’est pourquoi certaines parties de la Mischnah n’ont pas de correspondant dans la Guemarah. En interprétation la Mischnah du Rabbi Jehuda, les écoles (juridiques et religieuses) de Palestine et de Babylonie suivirent chacune leur propre méthode, et c’est ainsi qu’elles contribuèrent à écrire au cours des siècles une Guemarah double (en deux versions) : la version de Jérusalem et la version de Babylone. L’auteur de la version de Jérusalem était le Rabbin Jochanan, qui dirigea la synagogue de Jérusalem durant quatre-vingts ans. Il écrivit 39 chapitres de commentaires sur la Mischnah, qu’il termina de mettre au point en l’an 230 après Jésus-Christ. La Guemarah de Babylone, en revanche, n’a jamais été compilée par qui que ce soit. Le Rabbin Aschi commença a y travailler en 327, et il y contribua pendant soixante ans. Il fut suivi par le Rabbin Maremar, aux environs de 427. Elle fut complétée par le Rabbin Abina aux environs de l’an 500. La Ghemarah de Babylone comporte trente-six chapitres d’interprétations. Cette double Guemarah, s’ajoutant à la Mischnah, compose ainsi un double Talmud : la version de Jérusalem est peu utilisée, en raison de sa brièveté et de son obscurité ; c’est la version babylonienne qui est tenue en très haute estime par les juifs, de tout temps. La Guémarah est suivie d’addenda appelés Tosephoths. C’est ce terme qui est utilisé pour désigner les avis du Rabbi Chaia sur la Mischnah. Les avis formulés par des docteurs extérieurs aux grandes écoles rabbiniques furent appelés Baraietoth, ou « opinions extérieures ». Ces Commentaires furent eux-mêmes complétés par des décisions appelées Piske Tosephoth (courtes thèses et simples principes). Durant environ cinq siècles après la rédaction du Talmud de Babylone, l’étude de la littérature fut grandement remise en cause en partie en raison des calamités publiques et en partie en raison de dissensions entre les juristes Mais au 11e  siècle, d’autres auteurs écrivirent de nouveaux suppléments au Talmud. Parmi ceux-ci, nous mentionnerons en raison de leur importance, les Tosephoth du Rabbi Ascher. Parallèlement apparurent le Perush du Rabbin Moische ben Maimon, appelés par les juifs Rambam (c’est une abréviation de son nom), par les chrétiens Maïmonide et par le Rabbi Schelomo, Iarchi ou Raschi. Ainsi, la Mischna, la Guemara, les Tosephoth, les notes en marge du Rabbi Ascher, les Piske Tosephoth et le Perusch (ce mot hébreu signifie ‘livre’) Hamischnaioth de Maimonide, réunis en un seul volume, constituent une vaste œuvre appelée le Talmud.

De quoi se compose le Talmud ?

Les six principales parties du Talmud, que nous avons mentionnées plus haut, sont les suivantes :

A/ ZERAIM: concerne les graines. Il traite de semences, de fruits, d’herbes, d’arbres ; de l’usage public et domestique des fruits, des différentes graines (semences), en bref, d’horticulture.

B/ MOED: concerne les fêtes, le moment où le Sabbath et les autres fêtes doivent commencer, doivent prendre fin et être célébrées.

C/ NASCHIM: concerne les femmes. Cette partie traite du mariage, de la répudiation, des devoirs des femmes, des maladies féminines, des relations conjugales.

D/ NEZIKIN: c’est un traité de droit, concernant les dommages. Il traite des dommages subis par les hommes et les animaux, des pénalités et des dédommagements.

E/ KODASCHIM: concerne le sacré. Traite des sacrifices et des divers rites sacrificiels.

F/ TOHOROTH: concerne la purification ; traite de la souillure et de la purification des vases et vaisselles, des draps et autres objets. Chacune de ces six parties, que les juifs appellent les « Schishah Sedarim – ce qui signifie « six ordres » ou « six ordonnancements » – est divisée en livres, appelés Massiktoth, ces livres se divisant eux-mêmes en chapitres, ou Perakim.

Chacune de ces six parties, que les juifs appellent Schishah Sedarim, c’est-à-dire six ordres ou ordonnances, sont divisées en livres et traités, appellés Massiktoth, et les livres en chapitres, appellés Perakim.

ZERAIM. Contient onze libres ou Masechtoth.

1/ BERAKTOTH : Bénédictions et prières. Traite des règles liturgiques.

2/ PEAH : Traite des récoltes et des glanages dans les champs. Les olives et les grappes doivent être laissées aux pauvres.

3/ DEMAI : Matières douteuses. Traite de savoir si les dîmes doivent être payées par tel ou tel.

4/ KILAIM : Mixtures. Traite de divers mélanges de graines.

5/ SCHEBIITH : Traite de l’année sabatique.

6/ TERUMOTH : Offrandes et oblations. Traite des offrandes pour les prêtres.

7/ MAASEROTH : Les dîmes dues aux lévites.

8/ MAASER SCHENI : La seconde dîme.

9/ CHALLAH : La pâte. Traite de la portion devant être donnée au prêtre.

10/ ORLAH : Les incirconcis. Traite des fruits d’un arbre durant les trois années après sa plantation.

11/ BIKKURIM : Les premiers fruits devant être apportés au Temple.

MOED. Contient douze livres.

1/ SCHABBATH : Le sabbat. Traite du genre de travaux prohibés en ce jour.

2/ ERUBHIN : Les combinaisons. Contient des préceptes concernant la nourriture consommée la veille du sabbat.

3/ PESHAHIM : Pâques. Traite des lois relatives à la fête de la pâque et de l’agneau pascal.

4/ SCHEKALIM : Shekel. Traite de la taille et du poids du shekel.

5/ YOMA : Jour des expiations. Traite des prescriptions pour ce jour.

6/ SUKKAH : Le tabernacle. Traite des lois relatives à la fête des tabernacles.

7/ BETSAH : L’œuf du jour de fête. Traite du type de travaux prohibés ou permis pendant les fêtes.

8/ ROSCH HASCHANAH : Le nouvel an. Traite de la fête du nouvel an.

9/ TAANITH : Les jeûnes. Traite des jeûnes publics.

10/ MEGILLAH : Le rouleau. Traite de la lecture du livre d’Esther. Contient la description de la fête de Pourim.

11/ MOED KATON : Fête mineure. Traite des lois relatives aux jours compris entre le premier et le dernier jour de Pesach et Succoth.

12/ CHAGIGAH : Comparaison des rites des trois fêtes de Pesah, Sukkoth et des tabernacles.

NASCHIM. Contient sept livres.

1/ JEBBAMOTH : Belles-sœurs. Traite des lois du mariage.

2/ KETHUBOTH : Actes du mariage. Traite des dots et des arrangements des mariages.

3/ KIDDUSCHIN : Fiançailles.

4/ GITTIN : Livret sur les divorces.

5/ NEDARIM : Vœux. Traite des vœux et de leurs annulations.

6/ NAZIR : Le nazirat. Traite des lois concernant les nazarites et ceux qui se séparent d’eux-mêmes du monde et se consacrent à Dieu.

7/ SOTAH : Les femmes suspectes d’adultère.

NEZIKIN. Contient dix livres.

1/ BABA KAMA : Première porte. Traite des dommages, des atteintes et de leurs remèdes.

2/ BABA METSIA : Porte du milieu. Traite des lois concernant la propriété, la confiance, les achats et les ventes, les prêts, les embauches et les locations.

3/ BABA BATHRA : Dernière porte. Traite des lois concernant l’immobilier et le commerce, principalement basées sur la loi traditionnelle. Concerne également la succession héréditaire.

4/ SANHEDRIN : Cours de justice. Traite des tribunaux et de leurs procédures, ainsi que la condamnation des crimes capitaux.

5/ MAKKOTH : Les coups (litt. « Bandes », « marques »). Traite des 40 coups (moins un) à infliger aux criminels.

6/ SCHEBUOTH : Serments. Traite des différents genres de serments.

7/ EDAIOTH : Témoignages. Contient une collection de lois traditionnelles et de décisions réunies à partir du témoignage de docteurs réputés.

8/ HORAIOTH : Décisions. Traite des sentences des juges et de la condamnation des transgresseurs.

9/ ABHODAH ZARAH : Idolâtrie.

10/ ABHOTH : Les pères. Traite des lois des pères. Aussi appelé « Pirke Abhoth ».

KODASCHIM. Contient onze livres.

1/ ZEBBASCHIM : Sacrifices. Traite du sacrifice d’animaux et de la façon d’en faire offrande.

2/ CHULIN : Matières profanes. Traite de la manière traditionnelle de mettre à mort les animaux pour l’usage ordinaire.

3/ MENACHOTH : Offrandes de viande. Traite des offrandes sous forme de boissons et de viande.

4/ BEKHOROTH : Le premier-né. Traite des lois concernant le premier-né chez les hommes et les animaux.

5/ ERAKHIN : Estimations. Traite de la manière par laquelle les personnes consacrées à Dieu par vœu sont légalement évaluées pour être rachetées.

6/ TEMURAH : Echange. Traite des lois concernant les choses sacrées ayant été échangées.

7/ MEILAH : Transgression (ou sacrilège). Traite des péchés passibles de la peine d’excision et de leur expiation par des sacrifices.

8/ KERITHUTH : Excisions. Traite des mêmes matières que précédemment.

9/ TAMID : Le sacrifice journalier. Décrit les offices au Temple selon le matin ou le soir.

10/ MIDDOTH : Mesures. Décrit les dimensions et d’autres détails du Temple.

11/ KINNIM : Nids d’oiseaux. Traite des sacrifices consistant en des offrandes de volailles ou d’offrandes aux pauvres, etc.

TOHOROTH. Contient douze livres.

1/ KELLIM : Vaisselles. Traite des conditions selon lesquelles les ustensiles et garnitures domestiques reçoivent le lavement rituel.

2/ OHOLOTH : Les tentes. Traite des tentes et des maisons, comment elles sont souillées et comment les purifier.

3/ NEGAIM : Plaies. Traite des lois relatives à la lèpre.

4/ PARAH : Le veau (ou génisse). Traite des lois relatives à la génisse rouge et à l’usage de ses cendres pour la purification de la souillure.

5/ TOHOROTH : Purifications : Traite de certains degrés moindre de souillures qui ne durent que jusqu’au coucher du soleil.

6/ MIKVAOTH : Puits. Traite des conditions selon lesquelles les puits et les réservoirs peuvent être utilisés pour les purifications rituelles.

7/ NIDDAH : Menstruations. Traite des souillures légales découlant de certains états chez les femmes.

8/ MAKSCHIRIN : Préparations. Traite des liquides servant à préparer les grains et les fruits, afin de recevoir le lavement rituel.

9/ ZABHIM : Concerne les pollutions nocturnes et des gonorrhées. Traite des souillures qui résultent de cette sorte de sécrétions.

10/ TEBHUL IOM : Ablutions quotidiennes.

11/ IADAIM : Mains. Traite de la souillure des mains et de leur purification selon les lois traditionnelles.

12/ OKETSIN : Traite des tiges et des coquilles de fruits et l’impureté rituelles qu’elles véhiculent.

Le Talmud au complet contient 63 livres en 524 chapitres. Il faut ajouter à cela quatre autres courts traités, qui n’ont pas été inclus dans le corpus traditionnel du Talmud. Ils furent ajoutés par des auteurs et des commentateurs ultérieurs. Ces quatre traités sont :

MASSEKHTEH SOPHERIM ou Traité des scribes : Traite des modes d’écriture des livres de la loi. Il contient 21 chapitres.

EBHEL RABBETI : Un vaste traité sur les complaintes. Contient 14 chapitres.

MASSEKHETH DEREKH ERETS ou Conduite de vie : Il est divisé entre RABBAH (majeures parties) et ZUTA (parties mineures). Il contient 16 chapitres. A la fin de ce traité se trouve un chapitre additionnel, nommé PEREK SCHALOM, traitant de la paix.

Parce que le Talmud est un corpus volumineux et désordonné, il devint nécessaire d’éditer un compendium qui pourrait permettre d’en faciliter l’étude. C’est ainsi qu’en 1032, le rabbi Isaac Ben Jacob Alphassi, publia un Talmud abrégé, qu’il intitula HALAKHOTH, c’est-à-dire Les Constitutions (les lois). Il omit tous les longs discours contenus et ne conserva que les parties qui concernaient les choses de la vie pratique. Toutefois, parce que son abrégé manquait d’ordre, il ne fut pas considéré comme une œuvre utile. Le premier à avoir édité un compendium bien ordonné sur les lois du judaïsme fut Maïmonide, connu sous le nom « d’aigle de la Synagogue ». En 1180, il produisit son célèbre ouvrage MISHNAH TORAH (Répétitions de la Loi), aussi appelé IAD CHAZAKAH ou La Main Forte. Cet ouvrage contient quatre volumes et des 14 livres, et inclut le Talmud complet. Maimonide inclut également énormément de considérations philosophiques dans son ouvrage et établit un grand nombre de lois à partir de son raisonnement. A cause de cela, il fut excommunié par ses semblables et fut condamné à mort. Il prit la fuite pour l’Egypte où il mourut en 1205. En dépit de cela, l’influence de son travail ne fit que croitre avec le temps, si bien qu’une version expurgée fut alors tenue dans la plus haute estime par les juifs. L’un des inconvénients de ses travaux était qu’ils contenaient un grand nombre de lois devenues hors d’usage depuis la destruction du Temple. Une édition de l’œuvre de Maimonide, en pleine adéquation avec les idées des rabbins, expurgée de ses innovations philosophiques et des vieilles lois tombées en désuétude, fut éditée en 1340 par Jacob Ben Ascher. Ce dernier l’intitula ARBAA TURIM ou Les quatre ordres. Ces quatre ordres sont :

1/ ORACH CHAIIM : Les graines de vie. Traite du quotidien dans le foyer et à la Synagogue.

2/ IORE DEAH : Traite des connaissances sur les aliments, les purifications et sur d’autres lois religieuses.

3/ CHOSCHEN HAMMISCHPAT : Opinions privées sur les lois civiles et pénales.

4/ EBHEN HAEZER : La pierre de secours. Traite des lois du mariage.

Parce qu’Alfassi, Maimonides et Jacob Ben Ascher s’opposaient sur de nombreux points, donnant lieu à des interprétations diverses, il devenait nécessaire d’avoir un livre pouvant contenir des solutions concises à ces controverses, et qui pourrait fournir aux juifs un livre de lois digne de ce nom. Joseph Karo, un rabbin de Palestine (1488-1577) répondit à ce besoin en publiant son très estimé commentaire sur le Arbaa Turim. Il l’intitula SCHULCHAN ARUKH ou La Table apprêtée. Mais parce que les coutumes des juifs orientaux étaient très différentes de celles des juifs d’Occident, le Schulchan Arukh de Joseph Karo ne convenait pas tous les juifs. Pour cette raison, le rabbi Mosche Isserles rédigea un commentaire de la Schulchan Arukh, intitulé DARKHE MOSCHE ou Voie de Moïse. Ce commentaire fut alors accepté en Occident tout comme l’ouvrage de Joseph Karo l’avait été en Orient. A notre époque, la Schulchan Arukh est considérée comme le code de loi obligatoire des juifs. Ils l’utilisent principalement dans leurs études. Un grand nombre de commentaires ont été écrits sur ce livre.

Valeur du Talmud dans le judaïsme

Il important de savoir que cet ouvrage a toujours été considéré comme saint chez les juifs. Ils l’ont toujours tenu, et le tiennent toujours, comme plus important que les Ecritures Saintes. Le Talmud lui-même, l’affirme très clairement. Dans le traité Babha Metsia, n°33a, on lit :

Ceux qui se consacrent à la lecture de la Bible font preuve d’une certaine vertu, mais très faible. Ceux qui étudient la Mischnah vont preuve d’une vertu pour laquelle ils seront récompensés. En revanche, ceux qui prennent sur eux-mêmes pour étudier la Gemarah font preuve de la plus haute des vertus.

De même, dans le traité Sopherim 15 ;7, folio 13b :

L’Ecriture Sainte est semblable à de l’eau, la Mischnah à du vin et la Gemarah à du vin parfumé.

Les écrits des rabbins témoignent de ce dicton bien connu et très réputé : « Mon fils, accorde foi aux paroles des scribes plutôt qu’aux paroles de la Loi. » On trouve la justification de ce dicton dans le traité Sanhédrin 10 ; 3, n°88b :

Celui qui transgresse les paroles des scribes pêche plus gravement que ceux qui transgressent les paroles de la Loi.

Ainsi, lorsqu’il existe des contradictions entre la Loi et les docteurs, tous deux doivent être considérés comme les paroles de Dieu Lui-même. Dans le traité Erubhin, n°13, où il est relaté qu’il y avait divergence d’opinions entre les deux écoles de Hillel et de Schamai, on conclut ainsi :

Les paroles des deux sont les paroles du Dieu vivant.

Dans le livre Mizbeach, chapitre 5, on trouve l’opinion suivante :

Il n’y a rien de supérieur au saint Talmud.

Les adhérents contemporains du talmudisme parlent pratiquement de la même manière.

Valeur du Talmud chez les chrétiens

Ce que les Chrétiens ont pu penser du Talmud est amplement démontré par de nombreux édits et décrets publiés à son sujet, par lesquels les magistrats suprêmes de l’Eglise et de l’Etat le proscrivirent à de nombreuses reprises, condamnant ce Second Traité de la Loi juive aux flammes. En 553, l’Empereur Justinien interdit la diffusion des livres du Talmud dans l’ensemble de l’Empire Romain. Au 13e  siècle, les Papes Grégoire IX et Innocent IV condamnèrent le Talmud pour contenir toutes sortes de blasphèmes contre la vérité chrétienne. Ils ordonnèrent que le livre soit brûlé car ils l’accusaient de « répandre toutes sortes d’hérésies horribles ». Plus tard, le Talmud fut condamné par de nombreux autres Pontifes romains : Jules III, Paul IV, Pie IV, Grégoire XIII, Clément VIII, Alexandre VII, Bénédict XIV et d’autres, qui publièrent de nouveaux Index des Livres Interdits, conformément aux dispositions des Pères du Concile de Trente, et c’est encore le cas à notre époque. Au début du 16e  siècle, lorsque la paix de l’Eglise fut perturbée par de nouvelles religions (le protestantisme), les juifs commencèrent à distribuer le Talmud ouvertement, grandement aidés par l’art nouvellement apparu de l’imprimerie. La première édition du Talmud complet, contenant tous ses blasphèmes contre la religion chrétienne, fut publiée à Venise en 1520. Pratiquement tous les livres juifs publiés au seizième siècle, qui fut pour eux un siècle faste, sont complets et authentiques.

Premières falsifications volontaires du Talmud

Vers la fin du 16e  et le début du 17e siècles, lorsque de nombreux hommes célèbres entreprirent d’étudier très sérieusement le Talmud, les juifs, craignant pour eux-mêmes, commencèrent à en expurger les chapitres. Ainsi le Talmud publié à Bâle en 1578 a été censuré en de nombreux passages. Lors d’un Synode de l’Eglise, réuni en Pologne en 1631, les rabbins d’Allemagne et de nombreux autres pays déclarèrent que rien de ce qui pourrait vexer les Chrétiens et causer la persécution d’Israël (par contrecoup) ne devrait être imprimé. C’est pour cette raison que les ouvrages juifs publiés par la suite sont très incomplets. Les rabbins expliquent de mémoire ce que ces informations manquantes signifiaient, bien qu’ils possèdent encore les ouvrages originaux, plus anciens et complets, auxquels il est extrêmement rare que les Chrétiens aient accès. Néanmoins, des livres juifs furent publiés, plus tard, avec très peu de mutilations, en Hollande, où les juifs expulsés d’Espagne furent bien accueillis. Le Talmud publié en Hollande en 1644-1648 est presque similaire à la version vénitienne. Le dernier truc inventé pour tromper les censeurs fut l’introduction du mot haiah (« était ») dans certains endroits du texte, afin d’indiquer où se trouvaient les passages censurés. Mais, ce faisant, ils ne faisaient que nettoyer l’extérieur de la tasse. Car, en maints passages, ils ne peuvent s’empêcher de montrer ce qu’ils veulent cacher, en utilisant des mots comme « gam attah » (‘encore maintenant’ ; pour indiquer que cette loi est encore en vigueur) ; et « aphilu bazzeman hazzeh » (‘même jusqu’à ce jour’ ; indiquant que « cette loi tient toujours »), et autres ficelles du même acabit.

La Kabbale juive et le Zohar

Nous devons ajouter quelques remarques encore, au sujet du livre des juifs très connu, appelé le Zohar. D’après certains rabbins, Moïse, après avoir été instruit de l’interprétation de la loi sur le Mont Sinaï, ne transmit pas cette information à Joshua ni aux Sages, mais à Aaron, Aaron la transmit à Eleazar et ainsi de suite, jusqu’à ce que ces enseignements oraux aient été mis par écrit sous la forme d’un livre appelé le Zohar, qui tire son nom du verbe zehar, « briller ». Il s’agit en effet d’une illustration des livres de Moïse, commentaire du Pentateuque. On a dit que l’auteur en était le Rabbi Schimeon ben Jochai, un disciple du Rabbi Akibha qui, cinquante ans après la destruction du Temple, mourut en martyr aux environ de l’an 120 après Jésus-Christ, lors de la guerre menée par l’empereur Hadrien contre les juifs. Toutefois, les noms d’hommes qui ont vécu bien des siècles plus tard apparaissant dans ce livre, et étant donné que ni Rambam (le Rabbin Mosche ben Nachman) ni le Rabbin Ascher, qui sont morts aux environs de l’an 1248, ne le mentionnent, il est vraisemblable que ceux qui affirment que le Zohar serait apparu à la fin du 13e  siècle sont plus près de la réalité. Cela est d’autant plus vraisemblable qu’environ à la même époque est apparu un livre similaire quant au contenu et au style proche de la manière chaldéenne. Le Zohar comporte trois gros volumes in octavo.

Autres livres importants du judaïsme talmudique

Un grand nombre d’autres ouvrages ont été publiés par les rabbins juifs. Ils sont utilisés dans l’étude de la loi juive et sont tenus en très haute estime, car ils permettent d’expliquer un grand nombre de passages obscurs dans le Talmud. Certains sont cités dans ce livre, notamment :

BAR : Commentaire d’un commentaire (litt. Elucidation)

HALAKHOTH/HILKHOTH : Sentences ou dissertations. Contient différents livres de l’Ecriture Sainte et du Talmud, commentées par différents rabbins : Maimonide, BEshai, Edels, Moïse de Kotzen, Kimchi et d’autres. Dans la plupart des cas, les citations sont tirées des HILKHOTH AKUM de Maimonide. Elles contiennent des dissetations sur les étoiles, les planètes et le statut des nations. Il existe une autre dissertation, les HILKOTH MAAKHALOTH ASAVOROTH, sur les aliments prohibés.

IUCHASIN ou SEPHER IUCHASIN : Dissertations sur les lignées. Traite de l’histoire sacrée ou de l’histoire des hébreux et des juifs depuis le début du monde jusqu’en 1500. Imprimé à Cracovie en 1580.

JALKUT : Une collection de commentaires tirés de différents anciens livres. Il est présumé n’avoir qu’un sens allégorique. Son auteur est le rabbi Shimeon de Francfort.

KED HAKKEMACH : Baril de farine. Répertorie les lieux de différentes communautés selon leurs considérations théologiques, classées par ordre alphabétique. Son auteur est le rabbi Bechai de Lublin.

MAGEN ABRAHAM : Bouclier d’Abraham. Son auteur est Perizola.

MIZBEACH HAZZAHABH : l’autel d’or. Un livre kabbalistique. Son auteur est le rabbi Schelomon ben Rabbi Mordechai. Imprimé à Bâle en 1544.

MAIENE HAIESCHUAH : Fontaines du Sauveur. Un commentaire sur le livre de Daniel, par le rabbi Isaac Abarbanel. Contient de nombreuses attaques contre les chrétiens. Imprimé en 1551.

MIKRA GEDOLAH : La grande convocation. Une bible hébraïque avec des commentaires de Salomon Iarchi et rabbi Ezra.

MASCHMIA IESCHUAH : Le prédicateur du Salut. Explications sur tous les prophètes et sur la redemption future. Son auteur est le rabbi Abarbanel.

NIZZACHON : La victoire. Attaques contre les chrétiens et contre les Evangiles. Son auteur est le rabbi Lipman. Imprimé en 1559.

SEPHER IKKARIM : Livres sur les articles de foi (litt. Fondamentaux). Contient une attaque extrêmement acerbe contre la foi chrétienne.

EN ISRAEL : L’œil d’Israël. Un livre très réputé. Contient une seconde partie intitulée BETH JAKOBH, ou Maison de Jacob. Recoupe les plus vibrantes histoires talmudiques. Imprimé à Venise en 1547.

SCHAARE ORAH : Les portes de la lumière. Un célèbre livre kabbalistique. Auteur : Ben Joseph Gekatilia.

SCHEPHAA TAL : Abondance de Rosée. Un livre kabbalistique. Une clé de compréhension du Zohar et d’autres livres similaires. Son auteur est le rabbi Schephtel Horwitz de Prague.

TOLDOTH IESCHU : Les générations de Jésus. Un court pamphlet plein de blasphèmes et de malédictions. Contient une histoire de Jésus-Christ, pleine de mensonges et de calomnies.

Sources principales

Pour la préparation de mon étude, j’ai utilité les sources suivantes :

TALMUD, éditions d’Amsterdam, 1644-48, en 14 volumes.

SCHULKHAN ARUKH, de rabbi Joseph Karo, édition de Venise, 1594. Sans commentaires.

IORE DEAH, nombreuses citations, édition de Cracovie.

ZOHAR, édition d’Amsterdam, 1805, 3 volumes.

MIKRA GEDOLAH, édition d’Amsterdam, 1792, 12 volumes, édition de Bâle, 1620, 2 volumes, édition de Venise.

HILKHOTH AKUM, de Maimonide, édition Vossius, 1675.

Comme ouvrages auxiliaires, j’ai utilisé :

JOHANNES BUXDORFIUS, Lexicon Chaldaicum, Talmudicum et Rabbinicum, Bale, 1640. b. De Abreviaturis Hebraicis; Operis Talmudis Recensio; Biblicothea Rabbinica. Bale, 1712. c. Synagoga Judaica. Bale, 1712.

JOH. CHRISTOPHORI WAGENSEILII, Sota. Aldtorfi Noricum, 1674.

GEORGII ELIEZ EDZARDI, Tractatus talmudici « AVODA SARA. » Hamburg, 1705.

JACOBI ECKER, Der Judenspiegel im Lichte der Wahrheit, (Le miroir des Juifs à la lumière de la Vérité). Paderborn, 1884.

AUGUST ROHLING, Die Polemik und das Manschenopfer des Rabbinismus, (Les polémiques et les sacrifices humains du rabbinisme).Paderborn, 1883.

Je n’ai utilisé que les ouvrages de personnes tenues dans la plus haute estime chez les juifs eux-mêmes, c’est-à-dire les ouvrages des  personnes auxquelles les juifs ont recours lorsqu’ils polémiquent avec des chrétiens, en citant de façon impartiale les sentences de ces érudits.

R.P. Justin Bonaventure Pranaitis, Christianus in Talmude Iudaeorum sive Rabbinicae doctrinae de Christianis secreta, Imprimerie de l’Académie Impériale des Sciences, Saint Petersburg, 1892. Imprimatur : 13 Avril 1892, Saint Petersbourg, par Mgr. Kozlowsky, archevêque métropolite de Mogilev.


Commentaire biographique sur le Révérend Père Pranaitis :

Justin Bonaventure Pranaitis était un prêtre lituanien, professeur d’hébreu à l’Académie Impériale de théologie de Saint-Petersbourg. Né le 27 juillet 1861 dans une famille de paysans lituaniens, il fit ses études à Gryszki, puis à Mariampol. Il entre au séminaire de Sejny en 1878, puis poursuit ses études à l’Académie de théologie catholique de Saint-Petersbourg en 1883. Là, il étudie notamment les langues orientales, en particulier l’hébreu. Il a pour cela, un professeur de la plus haute réputation académique, puisqu’il s’agit du juif et grand orientaliste Daniel Chwolson. En 1886, il est ordonné prêtre. Après ses diplômes obtenus, il occupe la chaire de langue hébraïque dans cette université, en plus d’être professeur de liturgie et professeur de catéchisme. A Saint-Petersbourg, il sera le fondateur d’une chapelle pour les élèves catholiques du 2e corps des cadets. C’est en 1892 que le père Pranaitis publie en latin son désormais célèbre Christianus in Talmude Iudaeorum sive Rabbinicae doctrinae de Christianis secreta, communément connu sous le titre « Le Talmud démasqué ». Cet ouvrage est publié à l’Académie Impériale avec l’imprimatur de Mgr. Kozlowski, l’archevêque métropolite de Moguilev. Cet ouvrage fut traduit en diverses langues par la suite. Ce livre, du R.P. Pranaitis, constitue un indispensable compendium permettant à tout un chacun de connaitre la composition du Talmud, et pour les catholiques tout spécialement, d’identifier les blasphèmes et autres hérésies notoires que contient le livre essentiel du judaïsme apostat. En ce sens, le R.P. Pranaitis a rendu une œuvre apologétique capitale, très utile pour ceux qiu cherchent à œuvrer à la conversion des juifs. Ce livre s’inscrit dans la continuité des travaux majeurs d’autres grands théologiens et apologètes catholiques de la fin du 19e siècle, en particulier le père Jacob Ecker et du professeur August Rohling. Comme ces deux derniers, et peut-être plus encore qu’eux, le R.P. Pranaitis eut à subir l’inimité féroce d’activistes du judaïsme talmudique. Plusieurs auteurs juifs, ces dernières décennies, se sont appliqués à ternir autant que possible son image. Les pages Wikipédia francophones, germanophones et surtout anglophones qui lui sont consacrées, relaient notoirement ces accusations, qui n’ont d’autre source que des auteurs juifs clairement décidés à salir sa mémoire. La première accusation consiste à affirmer que le père Pranaitis aurait été exilé à Tver et défroqué pour des faits d’extorsion de fonds. Cette information n’a pas d’autre source qu’un ouvrage publié en 1934, en Russie soviétique, sous le titre de « La Russie Tsariste et l’affaire Beillis », par un certain A. Tager. Cet ouvrage de propagande bolchévique présente des prétendus extraits du procès. Or, ces extraits pour le moins fantaisistes, semblent à la fois vouloir défendre l’accusé Beilis (dans cette affaire retentissante à l’époque, cet individu était accusé de crimes rituels et d’enlèvements) et ridiculiser le R.P. Pranaitis, en faisant passer cet auguste hébraïsant, titulaire d’une chaire universitaire dans l’une des plus grandes universités d’Europe, pour un parfait ignare de la langue hébraïque.  Pour autant, des universitaires juifs, tels qu’Albert Libermann, dans une publication à Cambridge en 1991 (The Jew accused : Three anti-semitic affairs, Dreyfus, Beilis Frank) ou encore Rebekah Marks Costin (Mendel Beilis and the blood libel) n’ont eu évidemment aucun scrupule à colporter ces grossiers mensonges, qui sont au fond, les seuls arguments qu’on ait jamais pu opposer aux travaux incontestables du père Pranaitis. Ces vains mensonges se fracassent d’ailleurs sur l’impeccabilité des sources talmudiques de première main dont disposait le révérend père. Par ailleurs, les travaux de l’érudit juif Adin Steinsalz sur le Talmud ont depuis de nombreuses années, largement prouvé que les apologètes catholiques ont toujours honnêtement exposé le contenu véritable du Talmud, en démasquant toujours les misérables tentatives de certains juifs d’en dissimuler les formules les plus blasphématoires. Du reste, la situation du R.P. Pranaitis n’était pas simple, comme prêtre catholique dans la Russie pré-bolchévique. Nous avons consacré de nombreux articles dédiés à l’histoire de la fragile communauté catholique russe de ces années-là, prise entre l’hostilité de la police secrète tsariste, et la brutale répression des révolutionnaires bolchéviques. Pour autant, le mensonge selon lequel le Révérend Père Pranaitis aurait été défroqué par sa hiérarchie, et exilé à Tver en 1894 par les autorités tsaristes pour faits d’extorsion de fonds, ne tient pas la route, pour des raisons évidentes. Tout d’abord, le père Pranaitis fut promptement innocenté de cette affaire, qui était, soit une injustice, soit un possible coup monté contre lui : cette affaire survient en effet, deux ans après la parution de son livre exceptionnel. Non seulement il fut innocenté, mais il fut rapatrié l’année même de son exil, et fut décoré de l’Ordre de Saint-Stanislas par le Tsar Nicolas II lui-même, dès son retour à Saint-Pétersbourg. Quant à cette histoire de défrocage, elle est ridicule et expose les inventeurs de cette calomnie comme de bien mauvais menteurs. Ce qui est vrai, c’est qu’à la fin des années 1890, il ne faisait pas bon d’être un prêtre catholique dans une Russie aux portes de la révolution. C’est peut-être ces raisons qui ont conduit le révérend-père vers une ardente activité missionnaire, qui le fera passer par la Sibérie, par le Turkestan, par la Chine et le Japon. En 1902, il est nommé curé à Tachkent, auprès des communautés polonaises et lituaniennes. Il devient ainsi l’un des premiers évagélisateurs modernes de l’Ouzbékistan, qui était alors appellé le Turkestan russe. C’est ainsi qu’en Octobre 2002, les quelques 3000 catholiques d’Ouzbékistan ont célébré le 100e anniversaire de l’arrivée du premier prêtre dans leur pays. Et ce prêtre, c’était le brave père Bonaventure Pranaitis. Un article des Missions Etrangères nous informe qu’il y célébra sa première messe le 12 octobre 1902 et qu’il fit passer la communauté catholique de 600 personnes, en 1897, à 4900 en 1911. Il entreprit la construction d’une église en 1912, mais celle-ci ne fut jamais terminée, à cause de l’éclatement, en 1917, de la révolution communiste.

D’ailleurs, 1912 fut également l’année où le père Pranaitis fut convoqué comme expert lors du procès Beilis. Il dut très certainement ressentir l’atmosphère pesante et de plus en plus dangereuse de la Russie pré-bolchévique. Il continua son apostolat au Turkéstan, mais en 1916, il revint à Saint-Peterbourg. Il décéda dans la foi catholique le 28 janvier 1917 d’une brève maladie, alors que la révolution de février allait éclater. Certains catholiques, en Pologne comme dans le monde hispanique, pensent qu’il fut empoisonné, ce qui n’est certainement pas impossible.

Source : Michael Hagemeister: Justinas Bonaventūra Pranaitis. In: Biographisch-Bibliographisches Kirchenlexikon (BBKL). Band 21, Bautz, Nordhausen 2003, pp. 1221–1226.