Dans une ancienne parution du Reign of Mary, nous avions publié un article sur les fausses dévotions (n°128). Vous pouvez également lire cet article sur notre site internet. Le but de cet article était d’expliquer les enseignements de l’Eglise concernant les nouvelles dévotions, enseignements qui mettent en garde contre toute superstition ou novation. Plus spécifiquement, le fameux décret du Saint Office sur ce sujet, déplorait le fait que « de nouvelles formes de cultes et de dévotions, souvent fort grotesques, la plupart du temps d’inutiles imitations ou corruptions de dévotions déjà existantes et légitimement établies, aient pris place dans de nombreux endroits, notamment dans les temps récents, se multipliant chaque jours et de propageant parmi les fidèles, donnant l’occasion du plus grand scandale et du plus mauvais effet auprès des non-catholiques » (Saint Office, 26 mai 1937, AAS 29-304).

Dans cet extrait, nous pouvons voir qu’en plus de rejeter des nouvelles formes de dévotion doctrinalement suspectes, s’exprime une grave inquiétude pour ces dévotions apparaissant comme « d’inutiles imitations ou corruptions » de dévotions similaires et ayant déjà été approuvées. En se fondant sur ces raisonnements, durant le règne des papes Pie XI et Pie XII, le Saint Office a interdit diverses nouvelles dévotions, par exemple : la dévotion à la sainte tête de Notre Seigneur, la dévotion à l’amour annihilé de Jésus, le Rosaire des Très saintes stigmates de Notre Seigneur, la dévotion à l’amour miséricordieux de Jésus, etc. Il se peut fort que vous n’ayez jamais entendu parler de ces dévotions, pour la simple raison qu’elles furent supprimées par l’Eglise. Ceci nous conduit donc à la question de la dévotion connue sous le nom de « Divine miséricorde ». Cette dévotion est basée sur les prétendues révélations à la Sœur Faustine Kowalska, qui a vécu au début du 20e siècle à Cracovie, Pologne. Dans le décret du Saint Office, daté du 6 mars 1959, nous pouvons lire ce qui suit :

La Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office, après avoir examiné les prétendues visions et révélations de Sœur Faustine Kowalska, de l’institut de Notre-Dame de la Miséricorde, décédée en 1938 près de Cracovie, a décidé ce qui suit : Il faut interdire la diffusion des images et des écrits qui présentent la dévotion à la Divine Miséricorde dans la forme proposée par ladite Sœur Faustine. – AAS 51-271

Le décret fut signé par Mgr. Hugh O’Flaherty, en tant que notaire du Saint Office. C’est le même prélat représenté dans le film « The Scarlet and the Black »  (ndt : titre français : La Pourpre et le Noir), qui raconte l’histoire véridique de ses exploits pour sauver plus de 6500 soldats alliés et Juifs pendant l’occupation nazie de Rome, pendant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, il reçut de nombreuses décorations, notamment la U.S. Medal of Freedom. Mgr. O’Flaherty mourut en 1963. Il se peut que certain fasse objection à l’autorité de ce décret du Saint Office, parce qu’il fut publié en 1959, à une époque où le moderniste notoire Jean XXIII était déjà « pape ». Or, nous ne pensons pas que cela entrave le fait très réel que les personnes qui travaillaient au Saint Office durant ces jours précédant Vatican II, tels que le Cardinal Ottaviani, étaient des prélats et des théologiens très instruits et absolument orthodoxes, qui furent nommés par le pape Pie XII. (De la même manière, nous pouvons évoquer le décret du Saint Office qui, en 1962, condamna les écrits de Teilhard de Chardin). Or, ce décret de 1959, condamnant les écrits et la dévotion promue par Sœur Faustina, fut renversé en Avril 1978, principalement en raison de l’activisme de l’évêque de Cracovie, Karol Wojtila, lequel fut élu par les cardinaux et devint Jean-Paul II 6 mois plus tard.

Qui était Sœur Faustine ?

Née en 1905 au centre de la Pologne, Helena Kowalska était la 3e parmi les 10 enfants de sa famille. Son désir de devenir une religieuse devint finalement une réalité en 1925, lorsqu’elle entra dans la Congrégation des Sœurs de Notre Dame de la Miséricorde. Très vite, elle commence à recevoir les prétendues visions. A l’occasion de l’une d’entre elles, en 1931, elle reçoit l’instruction de faire peindre une image de Notre Seigneur. Vous avez probablement déjà vu cette image, que l’on trouve à peu près partout dans les librairies et dans les boutiques Novus Ordo. Cette image décrit Notre Seigneur avec des rayons de lumière rouge et blanche provenant de Son cœur. En 1933, Sœur Faustine fut transférée dans un couvent de l’ordre situé à Vilnius. Là, elle fit la rencontre d’un prêtre nommé Michel Sopocko, qui devint son directeur spirituel et un ardent défenseur de ses visions. Il l’aida à obtenir les services d’un artiste pour mettre l’image en peinture, bien qu’elle ne fût pas satisfaite du résultat. Il existe à ce sujet quelques controverses, dans la mesure où la peinture originale n’est plus promue à l’heure actuelle. Sœur Faustine mourut dans un couvent près de Cracovie le 5 Octobre 1938. Comme nous l’avons dit précédemment, le décret de 1959 condamnant cette dévotion fut renversé par le Vatican en 1978, principalement en raison de l’activisme de celui qui était alors évêque de Cracovie, Karol Wojtila. Il devint un ardent promoteur des apparitions. En 1965, il avait commissionné un théologien, le professeur Ignacy Rozycki, pour examiner les écrits de Sœur Faustine. La même année, le cardinal Wojtila ouvra le procès d’information sur sa vie, ce qui constitue le début du processus vers une éventuelle canonisation. De fait, en tant que Jean-Paul II, il la proclama sainte le 30 avril 2000.

Pourquoi est-ce que l’Eglise a rejeté cette dévotion ?

On se demande naturellement pourquoi l’Eglise a rejeté cette dévotion. Il n’y a pas de certitudes concernant les raisons ayant conduit à la condamnation du Saint Office en 1959, mais nous pouvons identifier plusieurs problèmes potentiels touchant à cette dévotion. Il y a tout d’abord des problèmes théologiques concernant les messages, notamment dans la formulation de ces messages. En 1934, Sœur Faustine commença un journal dans lequel elle rapportait ses expériences mystiques. Il apparait que différents éléments contenus dans ce journal étaient théologiquement suspectes. Les défenseurs modernes de la dévotion attribuent ce problème à une mauvaise traduction des messages depuis le polonais vers l’italien, dans la mesure où les théologiens du Saint Office examinèrent la traduction italienne. Toutefois, cet argument semble hautement improbable. (ndt : il est absurde de penser qu’il ne se trouvait pas un traducteur capable de traduire correctement du polonais à l’italien dans les années 1940) Si nous observons les messages, nous voyons que selon Sœur Faustine, Notre Seigneur promet à ceux qui iront à la confession et à la communion le Dimanche suivant le Dimanche de Pâques obtiendront la rémission des fautes et la rémission de la punition de leurs péchés :

Ce jour-là, les profondeurs mêmes de Ma tendre miséricorde sont ouvertes. Je verse un océan de grâces sur ces âmes qui approcheront la source de Ma miséricorde. L’âme qui ira à la confession et recevra la Sainte communion obtiendra le complet pardon des péchés et des punitions. Ce jour-là, toutes les écluses divines, par lesquelles s’écoule la grâce, sont ouvertes. – Journal de Sr. Faustine, 699.

Dans un article du National Catholic Reporter du 30 aout 2002, l’auteur (John L. Allen Jr.) fit référence aux 20 années pendant lesquelles cette dévotion était interdite (entre le décret de 1959 et le décret de 1978 le renversant) et admit qu’il existait des problèmes théologiques dans ces messages :

Officiellement, cette interdiction vieille de 20 ans est désormais expliquée comme un malentendu résultant d’une mauvaise traduction italienne du Journal, mais en réalité, il existait de sérieuses appréhensions théologiques : le fait que Faustine affirma que Jésus promit une totale rémission des péchés par la pratique de certains actes de dévotion que seuls les sacrements peuvent offrir, ou encore, le fait que les enquêteurs du Vatican perçurent une focalisation excessive sur la personne de Faustine.

En examinant les promesses authentiques du Sacré Cœur de Jésus, nous ne trouvons pas de telles choses, comme la rémission de tous les péchés temporels par la confession et la communion pratiquées en un certain jour. Bien sûr, il est évident que Notre Divin Seigneur pourrait faire de telles choses, s’Il le voulait. Le problème ici, est que la promesse [ndt : dans le message de St. Faustine] ne mentionne nullement la nécessite de la contrition ou de changer de vie. Une autre novation théologique peut être trouvée dans les écrits du Canon Ignacy Rozycki, lequel avait été nommé par Karol Wojtyla pour examiner le journal de Sœur Faustine. Plein d’enthousiasme, il proclame cette dévotion comme un « second baptême ». En d’autres termes, il soutient la même idée selon laquelle, le jour de la fête de la divine miséricorde, on peut obtenir la totale rémission des péchés et des châtiments, simplement en accomplissant les actes de dévotions et en recevant les sacrements de pénitence et de la sainte communion. Or, le terme de « second baptême a toujours été seulement utilisé par l’Eglise pour désigner la profession des vœux perpétuels prononcée à l’occasion de l’entrée dans un institut religieux approuvé.

Un autre problème potentiel peut être trouvé dans l’image de la divine miséricorde. Comme mentionné précédemment, l’image décrit Notre Seigneur avec Sa main gauche sur Son cœur, l’autre main s’élevant vers l’observateur. Du cœur sacré, émanent des rayons blancs (signifiant la grâce) et rouges (signifiant le Sang de la Rédemption). Une première objection peut être faite en remarquant que le Cœur Sacrée lui-même n’est pas visible. Les rayons émanent de la poitrine de Notre Seigneur, mais sans faire figurer clairement Son cœur. L’autre problème est que la plupart de ces images, notamment l’image originale, ne montrent aucune des stigmates sur les mains et les pieds de Notre Seigneur, ou alors elles sont si légères qu’elles ne peuvent être clairement perçues. Or, nous savons par la Sainte Ecriture, que Notre Seigneur a conservé ses blessures après Sa résurrection. L’image que nous avons le plus l’habitude de rencontrer n’est pas celle où les stigmates sont à peine visibles, car il ne s’agit pas de l’original. Il s’agit de l’œuvre d’un artiste nommé Adolf Hyla, et c’est cette image qui devint la plus populaire. Son œuvre, toutefois, fut vigoureusement rejetée par le père Sopocko, lequel avait travaillé avec Sœur Faustine, pour faire peindre l’image originale par l’artiste Eugène Kazimirowski. Est-ce que le rejet de la peinture de Hyla par le père Sopocko était dû au fait que ce dernier avait posé, vêtu d’une albe et d’une ceinture, pour représenter Notre Seigneur dans la peinture originale ? Quoiqu’il en soit, l’image originale ne représentait pas les stigmates sur les mains et les pieds de Notre Seigneur. Le pape Pie XII avait fait des commentaires sur de telles omissions dans le cas de crucifix. Après avoir déploré les erreurs des auteurs modernes, qui voulaient écarter la Passion du Christ et plutôt se focaliser seulement sur le Christ glorifié, il affirma : Ils « sont allés si loin qu’ils veulent vider les églises des images du Divin Rédempteur souffrant sur la croix » (Mediator Dei, 1947, n°162). Je crois que ces défauts dans l’image (l’omission du Sacré Cœur et des stigmates) sont des raisons additionnelles qui conduiront à la suppression de la dévotion.

Une troisième raison peut être trouvée dans la formulation du décret du Saint Office datant de 1937, décret mettant en garde contre les dévotions décrites comme d’ « inutiles imitations ou corruptions de dévotions similaires ayant déjà été légitimement établies ». Bien sûr, la dévotion au Sacré Cœur nous vient immédiatement en tête [ndt : parmi ces dévotions déjà établies]. Est-ce que la dévotion au Sacré Cœur d’exalte pas la Miséricorde infinie de notre Divin Rédempteur ? Quel est le besoin d’une autre dévotion se focalisant sur la miséricorde divine ? Une telle dévotion, ne servira-t-elle pas seulement à occulter la dévotion au Cœur Sacré ? Rappelons-nous également à quel point la dévotion au Sacré Cœur de Jésus fut intensément promue par Notre Sainte Mère l’Eglise. La première messe donnée en l’honneur du Sacré Cœur fut écrite par Saint Jean Eudes au 17e siècle. En 1856, le pape Pie IX étendit la fête à toute l’Eglise. Le pape Léon XIII consacra toute la race humaine au Cœur Sacré en 1899, en qualifiant cet acte comme le plus important de son pontificat. Le pape Pie XI éleva la fête du Sacré Cœur en une fête double de première classe, le plus haut rang existant. Pie XII consacra une encyclique entière à cette dévotion (Haurietis Aquas, publiée en 1956). Partout dans l’Eglise, se pratiquent des dévotions au Sacré Cœur, des observances lors du premier vendredi, etc. Ainsi, une autre dévotion à Notre Seigneur, entièrement tournée vers Sa miséricorde, ne peut que sembler occulter une dévotion déjà universellement reconnue et observée, et qui se focalise sur Son amour et Sa miséricorde. Cette dévotion de la « divine miséricorde » apparait alors comme une répétition superflue, une « imitation inutile », pour reprendre les termes du décret. Il se peut qu’on ne sache jamais les raisons exactes des enquêteurs du Saint Office, qui les conduisirent à rejeter cette dévotion. Il se peut que ce fût une, deux ou trois des raisons que nous avons fournies, ou d’autres encore. Quoiqu’il en soit, cette dévotion, après avoir été supprimée par le Saint Office en 1959, est maintenant largement promue par l’église conciliaire, dans laquelle la solide dévotion au Sacré Cœur, voulue de Dieu, est tout à fait oubliée. Restons méfiants à l’égard des dévotions novatrices et non-approuvées. Otez l’image de la divine miséricorde de vos foyers, si elles s’y trouvent, et utilisez plutôt l’image du Sacré Cœur. Ne priez pas le chapelet de la divine miséricorde ou d’autres dévotions en rapport avec cela. Au lieu de ça, priez plutôt la litanie du Cœur Sacré de Jésus et d’autres dévotions au Sacré Cœur. Enfin, assurez-vous de lire et de méditer régulièrement sur les Promesses du Sacré Cœur de Jésus [ndlr : voir en bas de page], car vous y trouverez tout ce dont vous avez besoin pour comprendre l’Amour et la Miséricorde infinies de Jésus.

Révérend Père Benedict Hughes, The divine mercy devotion : why did the Holy Office ban it, Congregatio Mariae Reginae Immaculatae, The Reign of Mary, n°151, été 2013, traduit de l’anglais par Fide Catholica [article original].

 

Les promesses du Cœur Sacré de Jésus

1/  Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires à leur état.

2/ Je mettrai la paix dans leur famille.

3/  Je les consolerai dans toutes leurs peines.

4/  Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à l’heure de la mort.

5/ Je répandrai d’abondantes bénédictions sur toutes leurs entreprises.

6/ Les pécheurs trouveront dans Mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde.

7/ Les âmes tièdes deviendront ferventes.

8/ Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection.

9/ Je bénirai Moi-même les maisons où l’image de Mon Sacré-Cœur sera exposée et honorée.

10/ Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs les plus endurcis.

11/ Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, et il n’en sera jamais effacé.

12/ Je te promets, dans l’excès de la miséricorde de Mon Cœur, que Son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis du mois, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, qu’ils ne mourront point dans Ma disgrâce, ni sans recevoir leurs Sacrements, et que Mon divin Cœur Se rendra leur asile assuré à cette dernière heure.

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