Réfutation des élucubrations conciliaires d’Athanasius Schneider

Par Adrien Abauzit

« Le Saint Siège n’est jugé par personne ».

Code de droit canon, Livre IV, première partie, Livre I, section I, Titre I, article 1556.

« Pour marcher sans encombre sur la voie droite et royale de la justice divine, nous devons garder les ordonnances et la pensée de nos saints Pères comme des flambeaux toujours brillants qui illuminent nos pas. C’est pourquoi nous les regardons et les estimons, à l’exemple du grand et très sage Denys, comme une seconde parole de Dieu ».

IVème concile de Constantinople, canon 1

« Leur doctrine apostolique a été reçue par tous les Pères vénérés, révérée et suivie par les saints docteurs orthodoxes. Ils savaient parfaitement que ce siège de Pierre demeurait pur de toute erreur, aux termes de la promesse divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : « J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu, affermis tes frères » [Saint Luc 22,32]. »

Concile Vatican I, constitution dogmatique, Pastor Aeternus

« On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église’ [Mt 16, 18]. Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique »

Concile Vatican I, constitution dogmatique, Pastor Aeternus

« Car tout en reniant et en renversant la véritable autorité de juridiction dans la personne du Pontife romain, et des évêques successeurs de saint Pierre et des Apôtres, et en la transférant au peuple, ou pour user de leur langage, à la communauté, ils rejettent avec opiniâtreté et attaquent le magistère infaillible et du Pontife romain et de toute l’Eglise enseignante, et, donnant un démenti au Saint-Esprit dont le Christ avait promis à l’Eglise l’assistance éternelle, par une audace incroyable, ils soutiennent que le Pontife romain, aussi bien que tous les évêques ensemble, les prêtres associés à eux dans l’unité de foi et de communion, sont tombés dans l’hérésie en acquiesçant aux définitions du concile œcuménique du Vatican et en les professant »1.

Pie IX

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe… On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église’ [Mt 16, 18]. Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine… nous espérons mériter de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège apostolique, en qui réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne «  »

Liber Satisfactionis (869), profession de foi des Pères du IVe concile de Constantinople

« Mais, pour la foi et la règle des mœurs, Dieu a fait participer l’Église à son divin magistère et lui a accordé le divin privilège de ne point connaître l’erreur. »2

Léon XIII

« En fait, tous ceux qui résistent obstinément aux prélats légitimes de l’Église, en particulier le pasteur suprême, et qui refusent d’exécuter leurs ordres, ne reconnaissant pas leur dignité, ont toujours été considérés comme schismatiques par l’Église catholique. »3

Pie IX

« Comme l’ont fait les partisans de la faction arménienne de Constantinople, personne ne pourra les considérer comme à l’abri du crime de schisme, même s’ils n’ont pas été condamnés en tant que tels par l’autorité apostolique »4.

Pie IX

« Il est évident que, de par la volonté et l’ordre de Dieu, l’Église est établie sur le bienheureux Pierre, comme l’édifice sur son fondement. Or, la nature et la vertu propre du fondement, c’est de donner la cohésion à l’édifice connexion intime de ses différentes parties ; c’est encore d’être le lien nécessaire de la sécurité et de la solidité de l’œuvre tout entière : si le fondement disparaît, tout l’édifice s’écroule. Le rôle de Pierre est donc de supporter l’Église et de maintenir en elle la connexion, la solidité d’une cohésion indissoluble. »

Léon XIII, Satis cognitum

Athanasius Schneider [cf. image de couverture], « évêque » nouvel ordo d’Astana, a fait publier sur divers sites5 un nouveau texte, fort intéressant quant à l’état d’esprit d’une partie de la contre-église conciliaire.

Dans ce texte, Athanasius Schneider spécule sur une impossibilité : l’attitude des catholiques face… à un pape hérétique !

Rappelons que selon le Magistère de l’Église :

– le Siège de Pierre est « pur de toute erreur ».

– l’Église possède « le divin privilège de ne point connaître l’erreur ».

– la parole des papes est « comme une seconde parole de Dieu ».

– c’est donner « un démenti au Saint-Esprit dont le Christ avait promis à l’Eglise l’assistance éternelle » que d’accuser un pape de tomber dans l’hérésie.

Mais tout cela ne semble pas perturber Athanasius Schneider.

Autant le dire tout de suite : je me méfie de plus en plus de ce personnage. Ses interventions orales ou écrites sont particulièrement dangereuses, car l’intéressé mélange une dose plus ou moins forte de scolastique à la religion conciliaire qu’il professe, ce qui est de nature à tromper certaines âmes de bonne volonté, séduites par un apparent retour au catholicisme.

La lecture du texte ici discuté est particulièrement désagréable, car elle a pour axes principaux des accusations diffamatoires visant le pape Honorius – possibles qu’au prix du piétinement du Magistère –, elles-mêmes fondées sur des faux. On se croirait face à un dreyfusard !

Au surplus, un raisonnement de bon sens aurait dû s’imposer à Athanasius Schneider : même si le Bon Dieu avait permis qu’un hérétique puisse atteindre le trône de Saint Pierre, celui-ci n’aurait pas pu être pape, car l’Église est la société des croyants. Or, un hérétique, par définition, n’a pas la foi, et en conséquence ne fait pas partie de la société des croyants. Bref, la farce du « pape hérétique » ne peut tromper que les esprits mal formés.

Ce texte cependant reste intéressant car il représente de toute évidence un effort désespéré pour ne pas se rendre à l’évidence : à savoir que la secte conciliaire n’est pas l’Église catholique et que le personnage à sa tête n’est pas un pape mais un imposteur.

Même si Bergoglio n’est pas expressément visé, il est clair qu’Athanasius Schneider l’accuse d’hérésie et cherche en conséquence un modus videndi. Sous couvert d’une réflexion théorique, nul besoin d’être grand clerc pour deviner que ce texte s’adresse aux conciliaires déboussolés par les délires de plus en plus clownesques de Bergoglio. Il y a même lieu de penser que nous sommes en présence d’un appel à ne pas faire « schisme ».

Plutôt que de répondre simplement aux problématiques posées par le cataclysme actuel sur la base du Magistère de l’Église, Athanasius Schneider se perd dans des élucubrations selon lesquelles des fidèles catholiques pourraient doctrinalement s’opposer à un pape, bien que celui-ci soit protégé par l’assistance divine de l’infaillibilité pontificale !

Le souci de l’auteur est de rabaisser par tous les moyens l’autorité et le pouvoir du pape, afin de justifier la possibilité pour un catholique de ne pas lui donner son assentiment. Ceci est pure folie, car sur le plan du principe, c’est plaider le schisme6. En outre, ainsi que je le rappellerai infra par des textes du Magistère, un catholique est par définition soumis au pape.

Sur la base de textes conciliaires, Athanasius Schneider expose une doctrine spécieuse, fusionnant apparence de scolastique, libre examen et gallicanisme.

Les catholiques ne seront pas trompés.

Athanasius Schneider : « Comment traiter le problème d’un pape hérétique de manière concrète ? Voilà une question qui n’a pas encore été réglée selon un consensus général au sein de la tradition catholique tout entière. À ce jour, aucun pape ni concile œcuménique n’ont fait de déclaration doctrinale à ce sujet, et ils n’ont pas davantage émis de norme canonique contraignante au sujet de l’éventuelle gestion d’un pape hérétique pendant la durée de sa charge. »

Si « aucun pape ni aucun concile œcuménique n’ont fait de déclaration doctrinale » au sujet de la « gestion d’un pape hérétique », c’est précisément parce qu’un pape ne peut pas être hérétique. Ceci étant, à défaut de texte sur la gestion d’un pape hérétique, rappelons tout de même la bulle de Paul IV, Cum ex Apostolatus Officio (1559), par laquelle il est consacré qu’un hérétique ne peut pas devenir Pape : « De plus, si jamais un jour il apparaissait qu’un évêque, faisant même fonction d’archevêque, de patriarche ou de primat ; qu’un cardinal de l’Église Romaine, même légat ; qu’un SOUVERAIN PONTIFE LUI-MÊME, avant sa promotion et élévation au cardinalat ou au souverain pontificat, déviant de la foi catholique, est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et avec l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est NULLE, SANS VALEUR, NON AVENUE. Son entrée en charge, consécration, gouvernement, administration, tout devra être tenu pour ILLÉGITIME ».

A.S : « Il n’existe pas d’exemple historique d’un pape ayant perdu la papauté pour cause d’hérésie ou sous l’accusation d’hérésie. Le pape Honorius Ier (625-638) a été excommunié de manière posthume par trois conciles œcuméniques (le troisième concile de Constantinople en 681, le deuxième concile de Nicée en 787, et le quatrième concile de Constantinople en 870) en raison de son soutien à l’hérésie monothéliste, soutien qui avait contribué à la diffusion de cette hérésie. Dans la lettre par laquelle le saint pape Léon II (+ 682-683) confirma les décrets du troisième concile de Constantinople, il frappait d’anathème le pape Honorius (« anathematizamus Honorium »), s’exprimant ainsi à propos de son prédécesseur : « Honorius qui n’a pas purifié cette Église apostolique par l’enseignement de la tradition apostolique, mais a tenté de subvertir la foi immaculée en une trahison impie (texte grec : a permis que l’Église immaculée soit souillée par une trahison impie) » (Denzinger-Schönmetzer, n. 563).

Le Liber Diurnus Romanorum Pontificum, collection très diverse de formulaires utilisés par la chancellerie papale jusqu’au XIe siècle, contient le texte du serment pontifical obligeant chaque nouveau pape, au moment d’assumer sa charge, de jurer qu’il « reconnaissait le sixième concile œcuménique frappant d’anathème éternel les initiateurs de l’hérésie (le monothélisme) Sergius, Pyrrhus, etc., ainsi qu’Honorius » (PL 105, 40-44).

Dans certains bréviaires jusqu’au XVIe ou au XVIIIe siècle, Honorius était mentionné comme hérétique dans la leçon de matines du 28 juin, fête du saint pape Léon II : « In synodo Constantinopolitano condemnati sunt Sergius, Cyrus, Honorius, Pyrrhus, Paulus et Petrus, nec non et Macarius, cum discipulo suo Stephano, sed et Polychronius et Simon, qui unam voluntatem et operationem in Domnino Jesu Christo dixerunt vel praedicaverunt. » La persistance de la lecture de ce bréviaire au cours de nombreux siècles montre que de nombreuses générations de catholiques n’ont pas considéré scandaleux qu’un pape particulier, dans un cas très rare, ait été jugé capable d’hérésie ou de soutien à l’hérésie. En ces temps-là, les fidèles et la hiérarchie de l’Église savaient faire une claire distinction entre l’indestructible unité de la foi catholique dont le magistère du siège de Pierre a reçu l’assurance divine, et l’infidélité et la trahison d’un pape donné, dans l’exercice de son office magistériel.

Dom John Chapman a expliqué dans son livre The Condemnation of Pope Honorius (« La condamnation du pape Honorius », Londres, 1907) que le même troisième conseil œcuménique de Constantinople qui avait frappé d’anathème le pape Honorius avait fait une claire distinction entre l’erreur d’un pape particulier et l’infaillibilité de la foi du Siège apostolique en tant que tel. Dans la lettre par laquelle ils demandaient au pape Agathon (678-681) d’approuver les décisions conciliaires, les pères du troisième concile œcuménique de Constantinople affirment que Rome a une foi indéfectible, promulguée d’autorité à l’ensemble de l’Église par les évêques du Siège apostolique, les successeurs de Pierre. On peut poser la question : comment était-il possible que le troisième concile œcuménique de Constantinople puisse affirmer cela en condamnant dans le même souffle un pape pour hérésie ? La réponse est évidente. Le pape Honorius Ier était faillible, il avait tort, il était hérétique, précisément parce qu’il n’a pas, comme il aurait dû le faire, affirmé d’autorité la tradition pétrinienne de l’Église romaine. Il n’en avait en rien appelé à cette tradition, se contentant au contraire d’approuver et de faire prendre de l’importance à l’hérésie. Mais une fois désavouées par ses successeurs, les paroles du pape Honorius Ier devenaient inoffensives par rapport à la réalité de l’infaillibilité de la foi du Siège apostolique. Elles se retrouvaient réduites à leur véritable valeur, celle de l’expression de son opinion personnelle.

Le saint pape Agathon ne se laissa pas embrouiller ni troubler par le comportement déplorable de son prédécesseur Honorius Ier, qui avait aidé à la diffusion de l’hérésie. Malgré ce fait, le pape Agathon conserva sa vision surnaturelle de l’inerrance du siège de Pierre par rapport à l’enseignement de la foi, comme il devait l’écrire aux empereurs de Constantinople : « Voilà la véritable règle de la foi, que notre mère spirituelle a toujours conservée et défendue dans le succès comme dans l’adversité. Par la grâce du Dieu tout puissant, cette Église ne tombera jamais dans l’erreur et ne s’écartera jamais du droit chemin de la tradition apostolique. Elle n’a jamais succombé et ne s’est jamais trouvée corrompue par les nouveautés des hérétiques. Au contraire, dès les origines de la foi chrétienne, elle a reçu le soutien de ses fondateurs, les princes des apôtres du Christ, et elle demeure sans tache jusqu’à la fin, conformément à la promesse de Notre-Seigneur et Sauveur, et à la parole qu’il adressa dans les saints Evangiles au prince de ses disciples : “Pierre, Pierre, voilà que Satan vous a recherché pour vous cribler comme on crible le froment ; mais j’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point : lors donc que vous vous serez converti, ayez soin d’affermir vos frères” (Luc XXII, 32). » (Ep. “Consideranti mihi” ad Imperatores.) »

Athanasius Schneider empile des faits dont la matérialité est discutable, voire inexistante, pour tenter de donner corps à son propos relevant de l’hérésie.

Avant de rentrer dans les détails historiques, pour ne donner aucun répit aux phrarisiens, il est indispensable de répéter un point de foi.

Le IVème concile de Constantinople consacre infailliblement que la parole des papes est « comme une seconde parole de Dieu ».

Le concile Vatican I, dans sa constitution dogmatique Pastor Aeternus, affirme infailliblement que le Siège de Pierre est « pur de toute erreur ».

Léon XIII, par la suite, précise infailliblement que « pour la foi et la règle des moeurs, Dieu a fait participer l’Église à son divin magistère et lui a accordé le divin privilège de ne point connaître l’erreur »7.

Chercher à démontrer le contraire de ce qu’enseigne le Magistère est une démarche de nature hérétique.

Lors des débats du concile Vatican I, le cas d’Honorius a été invoqué par les ennemis de l’infaillibilité, mais leur argumentation a été jugée inopérante.

Pour en revenir au texte, Honorius n’a jamais été « excommunié ». De même, Honorius n’a jamais soutenu l’hérésie. Où l’auteur est-il allé chercher pareilles sornettes ?

Au pire, il est reproché à Honorius deux lettres dans lesquelles il n’aurait pas tranché entre le monothélisme et la foi catholique.

Saint Alphonse de Liguori, l’abbé Constant ou l’abbé Bégin ont pourtant tordu le cou depuis longtemps à ces accusations calomnieuses visant Honorius.

Pour faire simple : 1) Ces lettres, selon Saint Alphonse, sont orthodoxes8. 2) Ces lettres privées, en tout état de cause, n’engageaient pas l’infaillibilité pontificale9.

Indiquons ensuite que le sens du mot hérésie à l’époque était plus large qu’aujourd’hui. Pouvait être visé par ce mot non l’hérétique, mais celui qui par son attitude favorisait l’hérésie.

Par ailleurs, et c’est plus important, plusieurs figures catholiques de premier plan pensent que les actes du IIIème et IVème concile de Constantinople, ainsi que du IIème concile de Nicée, qui « condamnent » Honorius, sont falsifiés ; à commencer par Saint Alphonse de Liguori, qui cite lui-même un certain nombre d’historiens et de théologiens partageant cette analyse : « Mais, nonobstant cela, répliquent nos adversaires, Honorius a été condamné comme hérétique dans l’Action treizième du VIe Concile œcuménique, en même temps que Cyrus, Sergius, Pyrrhus, et autres Monothélites. — Or, Baronius, Bini, Frassen, et autres, prétendent que le nom d’Honorius a été frauduleusement inséré dans cette Action treizième par les ennemis de l’Église Romaine. Bien plus, Bellarmin tient ce fait pour certain, et il motive son assertion par plusieurs raisons, notamment parce que la condamnation d’Honorius est en opposition avec ce que Saint Agathon, un de ses successeurs, a écrit à l’empereur Constantin Pogonat, à savoir, que la foi des Pontifes Romains n’avait jamais failli et qu’elle ne pouvait jamais faillir, conformément à la promesse de Jésus-Christ : L’Église Apostolique du Christ, lui dit-il, ne sera jamais convaincue de s’être écartée du sentier de la tradition apostolique, mais elle se conserve toujours sans tache, selon la promesse que le Seigneur même a laite au Prince de ses disciples : « Pierre, j’ai prié pour toi, etc. : » […] Cette lettre fut approuvée par le Concile, et les Pères déclarèrent qu’elle avait été dictée par le Saint-Esprit. — En outre, Bellarmin tire un argument de ce que le Concile de Rome, qui fut célébré par le pape Saint Martin avant le VIe Concile général dont il est ici question, condamna les hérétiques précités, Cyrus, Sergius, etc., mais sans nommer Honorius »10.

Voilà effectivement un argument intéressant. En 649, le pape Martin Ier fait condamner le monothélisme et ses zélateurs par un concile réuni à Rome. Tous ces mêmes zélateurs qui seront plus tard excommuniés par le IIIème concile de Constantinople, voient déjà leur nom figurer sur la liste des condamnés… Tous ? Non : le nom d’Honorius n’est pas mentionné. Dès lors, ses accusateurs doivent répondre à cette question : sur quels éléments nouveaux se seraient basés les Pères conciliaires du IIIème concile de Constantinople pour soudainement s’en prendre à Honorius ? Nous risquons d’attendre longtemps la réponse…

L’insertion du nom d’Honorius dans les textes de conciles ultérieurs est également de toute évidence frauduleuse.

Dans la reproduction des actes du IIème concile de Nicée (787), nous trouvons cette phrase : « Nous confessons aussi dans le Christ deux volontés et énergie, selon la propriété des natures, de la façon dont le sixième concile de Constantinople l’a proclamé, excluant Sergius, Honorius… »11.

Comment les Pères conciliaires auraient-ils pu écrire cela, alors qu’Honorius n’a jamais enseigné ou « proclamé » l’hérésie monothélite ? Il y a là une impossibilité matérielle. Personne n’a d’ailleurs jamais réussi à dire où, quand et comment Honorius aurait « intégré le monothélisme au dogme catholique » : et pour cause.

Enfin, concernant le IVème concile de Constantinople (869), il faut savoir que les Pères conciliaires devaient, pour y participer, signer une profession de foi, le Libellus Satisfactionus, dont voici un extrait : « la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique ». Si Honorius, qui a été pape entre 625 et 638, avait été hérétique ou avait paru comme tel aux Pères du concile, jamais ces derniers n’auraient signé le Libellus Satisfactionus.

Mieux encore. Le premier canon du concile dispose infailliblement que la parole des Papes est « comme une seconde parole de Dieu ». Ceci vise donc aussi Honorius et confirme qu’il n’a jamais professé l’hérésie. Si le concile avait véritablement condamné Honorius, alors cela aurait signifié que deux textes du Magistère puissent être contradictoires, ce qui n’est pas possible, car comme Pie XI l’enseigne infailliblement : « Dieu [qui] ne peut se contredire »12.

Au sujet d’Honorius, il convient aussi de citer l’œuvre de l’historien Fernand Mourret, Histoire générale de l’Église. Selon ce dernier, lors de la crise du monothélisme, on « vit successivement le spectacle d’un Pape fléchissant non dans la foi, mais dans le gouvernement de l’Église »13.

Fernand Mourret nous confirme que ce qui est reproché à Honorius ne relève pas de la profession de l’hérésie.

L’abbé Darras, dans sa titanesque Histoire générale de l’Église, conclue lui-aussi à la « complète orthodoxie des lettres d’Honorius »14.

L’orthodoxie d’Honorius est également rappelée par ses successeurs, qui ont salué sa mémoire.

Ecoutons l’abbé Bégin à ce sujet : « Si Honorius eût été hérétique monothélite, le pape Saint Martin I, qui gouverna l’Église onze ans seulement après la mort d’Honorius, n’aurait pas pu affirmer, en plein synode, que tous ses prédécesseurs avaient repoussé avec constance et fermeté l’erreur de ces sectaires »15.

Fernand Mouret quant à lui souligne que le pape Saint Agathon, référence pour Athanasius Schneider lui-même, rend hommage à Honorius : « Agathon convoqua plusieurs conciles provinciaux préparatoires, puis, au milieu de l’année 680, à l’issue d’un synode romain, dépêcha à l’empereur des légats, porteurs d’une lettre où le pontife, après avoir allumé la doctrine des deux volontés dans le Christ, disait : « Considérez donc, ô prince très clément, que le Seigneur et Sauveur de tous, de qui vient la foi, ayant promis que la foi de Pierre ne défaudrait pas, l’a averti de confirmer ses frères. Aussi bien, chacun le sait, les pontifes apostoliques, prédécesseurs de mon infirmité, n’ont-ils jamais manqué à ce devoir ». Cette dernière phrase, écrite quarante ans après la mort du pape Honorius, et à la veille du concile qui devait l’anathématiser, est remarquable, elle affirme qu’aucun des pontifes romains, donc pas même Honorius, n’a failli à son devoir de Pape »16.

« On doit seulement remarquer, et cela suffit pour montrer que le dogme de l’infaillibilité pontificale est de ce chef à l’abri de toute attaque, que nulle part le Pape Honorius n’est condamné comme ayant enseigné l’hérésie ex cathedra. L’adhésion solennelle faite par les Pères du Concile à la lettre du Pape Agathon, où il est dit que nul de ses prédécesseurs n’a manqué à son devoir de confirmer ses frères dans la foi, corroborerait, s’il en était besoin, cette interprétation »17.

En résumé, le mot de la fin revient à l’abbé Constant : « Il n’est pas hors de doute qu’Honorius ait été condamné au sixième concile général, deuxième de Constantinople.

En admettant la sincérité des actes du concile, Honorius a été condamné non pour avoir enseigné l’hérésie, mais pour en avoir favorisé la propagation par son silence.

Il paraît certain que la lettre présentée au concile n’était pas telle que le secrétaire d’Honorius l’avait écrite.

Telle que nous l’avons, cette lettre est susceptible d’un sens catholique.

Elle ne renferme aucune décision de foi, mais indique seulement une règle de conduite »18.

Honorius a-t-il été trop tendre avec l’hérésie ? C’est possible. Mais Pie XII ne l’a-t-il pas été avec le modernisme ? Cela fait-il pour autant de Pie XII un hérétique ? Restons sérieux.

A.S : « Dom Prosper Guéranger a donné une explication théologique courte et lucide de ce cas concret d’un pape hérétique. Il affirme : « Quels applaudissements dans l’abîme, quand, un jour, [Honorius Ier] le représentant de Celui qui est la lumière parut de complicité avec les puissances des ténèbres pour amener la nuit ! Un nuage avait semblé s’interposer entre le ciel et les monts où Dieu réside en son vicaire ; sans doute, l’apport social de l’intercession n’avait point été ce qu’il devait être.” L’Année Liturgique, Paris 1911, Le temps après la Pentecôte, Tome 3, p. 403.) »

Il suffit de savoir lire pour se rendre compte que Dom Guéranger ne dit absolument pas ce que lui fait dire Athanasius Schneider. En aucun cas il ne qualifie Honorius d’hérétique.

Lisons-le : il évoque qu’Honorius « parut » complice des puissances des ténèbres et qu’un « nuage » a « semblé » s’interposer entre lui et le ciel.

Dom Guéranger ne parle ici que d’apparences. Jamais il n’accuse Honorius d’avoir été hérétique ! Ce type de méthode « dreyfusarde » est inacceptable, tant au regard de la mémoire d’Honorius que de celle de Dom Gueranger.

D’ailleurs, pour l’honneur de ce dernier, signalons que lorsqu’il trancha au sujet d’Honorius, il le disculpa de l’accusation d’hérésie ! Lisons-le : « Après la mort de saint Agathon, durant la vacance du Siège apostolique, le Concile agit avec une remarquable violence contre Honorius, et ne fit aucune difficulté de condamner d’hérésie Honorius, dans le mémo décret où il anathématisait Sergius, Pyrrhus et les autres. 

Enfin le Siège apostolique fut rempli, et saint Léon II, successeur de saint Agathon, vit arriver à Rome les Actes du Concile qui allait se terminer et sollicitait la continuation romaine. Le nouveau Pontife accorda cette confirmation à la doctrine du Concile ; mais quant au décret, qui enveloppait Honorius avec les fauteurs du monothélisme, le Pape le réforma, et tout en maintenant la note d’hérétiques infligée à Sergius, Pyrrhus et les autres, il mit à part Honorius, et le réprouva seulement pour avoir, par sa faiblesse, compromis les intérêts de la foi. Le sixième Concile réside tout entier dans cette lettre confirmatoire de saint Léon II ; le reste n’appartient qu’à l’histoire de cette assemblée »19.

Je répète donc : Athanasius Schneider fait dire à Dom Guéranger le contraire de ce qu’il dit !

De tout cela, retenons que la base empirique – pour ne pas dire également théologique – sur laquelle Athanasius Schneider fonde tout son raisonnement… est inexistante ! Par voie de conséquence, tout ce qui suit ne pouvait qu’être bancale.

A.S : « Il y a en outre un autre fait de poids : pendant deux mille ans, il n’y a pas eu un seul cas d’un pape déposé pendant la durée de son office à cause du crime d’hérésie. Le pape Honorius Ier a été déclaré anathème seulement après sa mort. Le dernier exemple d’un pape hérétique ou semi-hérétique est celui du pape Jean XXII (1316-1334) qui avait enseigné sa théorie selon laquelle les saints ne jouiraient de la vision béatifique qu’après le Jugement dernier lors du Second avènement du Christ. La manière dont ce cas particulier a été traité à l’époque était celle-ci : il y eut des admonestations publiques (l’université de Paris, le roi de France Philippe VI), une réfutation des théories papales erronées à travers des publications théologiques, et une correction fraternelle de la part du cardinal Jacques Fournier, qui devait lui succéder sous le nom de Benoît XII (1332-1342). L’Église, dans les cas concrets très rares d’un pape coupable d’erreurs théologiques graves ou d’hérésie, parvenait décidément à vivre avec un tel pape. La pratique de l’Église jusqu’à présent a été de laisser le jugement définitif à propos d’un pape hérétique régnant aux soins de ses successeurs ou d’un concile œcuménique ultérieur, comme ce fut le cas pour le pape Honorius Ier. La même chose se fût probablement produite pour le pape Jean XXII s’il n’avait pas rétracté son erreur. »

Autre farce de l’auteur, cette fois-ci sur la prétendue hérésie de Jean XXII.

Jean XXII, nous dit Athanasius Schneider, aurait enseigné l’hérésie. Il a peut-être fait des erreurs dans des sermons, mais les sermons n’ont jamais engagé l’infaillibilité pontificale. Lorsque Jean XXII enseigne sa théorie sur la vision béatifique et les saints, il professe une erreur, mais l’Église ne s’étant pas encore prononcée sur cette question à cette époque, il s’agit d’une hérésie matérielle et non d’une hérésie formelle, seule véritable forme d’hérésie. En outre, si comme le fait remarquer Athanasius Schneider, Jean XXII a rétracté son erreur, c’est bien la preuve qu’il n’était pas pertinace, or, la pertinacité est une condition indérogeable pour caractériser l’hérésie.

Qualifier Jean XXII d’hérétique ou de semi-hérétique est un pur scandale. A noter au passage que la notion de « semi-hérétique » est totalement étrangère à la doctrine de l’Église. Où Athanasius Schneider va-t-il puiser son inspiration ?

De même, Saint Thomas d’Aquin, dans ses écrits, avait nié l’Immaculée conception. L’Église, à l’époque, ne s’était pas encore prononcée sur le dogme. Cela fait-il de Saint Thomas d’Aquin un hérétique ? Non, car il s’agissait d’une hérésie matérielle.

Si par ailleurs, pour citer l’auteur « pendant deux mille ans, il n’y a pas eu un seul cas d’un pape déposé pendant la durée de son office à cause du crime d’hérésie », c’est tout simplement parce que le siège de Pierre est resté « pur de toute erreur »20.

Pour ce même motif, il n’y a jamais eu de « cas concrets très rares d’un pape coupable d’erreurs théologiques graves ou d’hérésie », ni de « pratique de l’Église » consistant à « laisser le jugement définitif à propos d’un pape hérétique régnant aux soins de ses successeurs ou d’un concile œcuménique ultérieur ».

Ceci est pure invention de l’auteur.

A.S : « Des papes ont plusieurs fois été déposés par le pouvoir séculier ou par des clans criminels. Cela s’est produit particulièrement au cours de ce qu’on appelle l’âge des ténèbres (Xe et XIe siècles) où des empereurs germaniques déposèrent plusieurs papes indignes, non point à cause de leur hérésie mais en raison de leur vie scandaleuse et immorale, et de leurs abus de pouvoir. Cependant, ils ne furent jamais déposés selon une procédure canonique, car cela est impossible en raison de la structure divine de l’Église. Le pape reçoit son autorité directement de Dieu et non de l’Église ; par conséquent, l’Église ne peut le déposer, pour quelque raison que ce soit.

C’est un dogme de foi que le pape ne peut proclamer l’hérésie ex cathedra. Il s’agit là de la garantie divine selon laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur la cathedra veritatis, c’est-à-dire le Siège apostolique de l’apôtre saint Pierre. Dom John Chapman, expert de l’histoire de la condamnation du pape Honorius Ier, écrit : « L’infaillibilité est en quelque sorte la pointe d’une pyramide. Plus les énoncés du Siège apostolique sont solennels, plus nous pouvons être certains de leur véracité. Lorsqu’ils atteignent le maximum de solennité, c’est-à-dire : lorsqu’ils sont strictement ex cathedra, la possibilité de l’erreur est entièrement éliminée. L’autorité d’un pape, même dans les occasions où il n’est pas effectivement infaillible, doit être suivie et révérée sans réserve. Qu’elle puisse se trouver du mauvais côté est une contingence dont la foi et l’histoire ont montré qu’elle est possible » (The Condemnation of Pope Honorius, Londres 1907, p. 109). » »

Comment l’auteur arrive-t-il à concilier cette citation avec le reste de son texte ?

A.S : « Si un pape répand des erreurs doctrinales ou des hérésies, la structure divine de l’Église fournit déjà un antidote : le ministère de suppléance des représentants de l’épiscopat et le sensus fidei invincible des fidèles. »

Où Athanasius Schneider est-il allé chercher de telles élucubrations ? Quel texte du Magistère affirme que des évêques formant un « ministère de suppléance » peuvent réprimander un « pape diffusant des hérésies » ? Ceci est à nouveau une pure invention de l’auteur !

En atteste le fait que l’auteur n’a rigoureusement aucun exemple à citer. Historiquement, les évêques s’opposant aux papes ont fini schismatiques, comme par exemple Ignaz von Döllinger, l’un des inspirateurs de l’« église » des « vieux catholiques ».

Dans l’encyclique Quartus supra, texte frappé du sceau de l’infaillibilité pontificale, Pie IX rappelle cette règle de toujours : « En fait, tous ceux qui résistent obstinément aux prélats légitimes de l’Église, en particulier le pasteur suprême, et qui refusent d’exécuter leurs ordres, ne reconnaissant pas leur dignité, ont toujours été considérés comme schismatiques par l’Église catholique »21.

Pie IX précise par ailleurs que la désobéissance entraîne le schisme ipso facto, nul besoin de décision officielle de l’Église pour caractériser le schisme : « Comme l’ont fait les partisans de la faction arménienne de Constantinople, personne ne pourra les considérer comme à l’abri du crime de schisme, même s’ils n’ont pas été condamnés en tant que tels par l’autorité apostolique ».

Ne soyons pas dupe. Ce passage du texte a un contenu subliminal disant ceci : « Bergoglio est hérétique, mais fidèles conciliaires, rassurez-vous, des évêques assurent un ministère de suppléance pour conserver le dépôt de la foi ».

Il apparaît donc bien que, c’est parce qu’il refuse d’ouvrir les yeux quant à la non-catholicité de la secte conciliaire qu’Athanasius Schneider se perd dans des raisonnements hétérodoxes.

A.S : « Sur cette question, le facteur numérique n’est pas décisif. Il suffit qu’il y ait quelques évêques seulement qui proclament l’intégrité de la foi, corrigeant ainsi les erreurs d’un pape hérétique. »

Certains évêques « qui proclament l’intégrité de la foi » ? Mais qui est juge du fait que les évêques « proclament l’intégrité de la foi » ? D’autres évêques, prétendant eux-aussi à l’intégrité de la foi, pourraient s’opposer aux premiers protestataires. Sans qu’un juge final puisse trancher la question, on en finirait jamais.

Au surplus, il est rigoureusement et infailliblement interdit par le code de droit canon à qui que ce soit de juger le Saint Siège : « Le Saint Siège n’est jugé par personne »22.

Il est clair qu’ici Athanasius Schneider n’est pas en train de parler du catholicisme. Ce qu’il décrit ici n’est rien d’autre qu’un mélange de gallicanisme et de libre examen, propre à la religion conciliaire.

L’« église » dont il nous parle n’est pas l’Église catholique, puisque celle-ci est une.

A.S : « Il suffit que des évêques instruisent et protègent leurs troupeaux des erreurs d’un pape hérétique, et leurs prêtres et les parents de familles catholiques feront de même. »

A-t-on, dans l’histoire de l’Église, jamais vu pareil spectacle d’évêques, autoproclamés protecteurs de la foi, s’opposant à juste titre à « un pape catholique devenu hérétique » ? L’auteur sera incapable de citer un seul cas, et pour cause : c’est théologiquement impossible, le pape étant immunisé contre l’erreur par une assistance divine. A nouveau, Athanasius Schneider nous décrit ici la peste du gallicanisme, ni plus, ni moins.

Si des évêques se permettaient de mettre en cause le pape de la sorte, je le répète, ils finiraient par faire schisme ou se feraient excommunier.

De grâce, que l’on ne nous oppose pas le cas de Mgr Lefebvre. Même s’il semblait ne pas l’avoir compris23, Mgr Lefebvre ne s’est pas opposé à des papes, mais à des imposteurs habillés en soutane blanche. Pas de méprise !

Enfin, en quoi des évêques, non protégés par l’infaillibilité, seraient-ils plus orthodoxes qu’un pape protégé par l’assistance divine de l’infaillibilité ?

A.S : « En outre, parce que l’Église est aussi une réalité surnaturelle et un mystère, un organisme surnaturel unique, le corps mystique du Christ, des évêques, des prêtres et des fidèles laïcs – outre les corrections, les appels, les professions de foi et la résistance publique – doivent également et nécessairement accomplir des actes de réparation vis-à-vis de la majesté divine, ainsi que des actes d’expiation pour les actes hérétiques d’un pape. »

Où l’auteur est-il allé chercher que les clercs et fidèles laïcs – à qui pourraient bien s’opposer d’autres clercs et d’autres laïcs… – devaient faire pénitence pour un pape hérétique ? Nous attendons les sources magistérielles de l’auteur. Nous risquons d’attendre ad vitam aeternam.

Du reste, je me répète, des catholiques qui opposeraient au pape une « résistance publique » finiraient schismatiques, ni plus ni moins24. Les catholiques ont l’obligation de se soumettre au pape. Lisons à ce sujet des extraits du catéchisme de Spirago : « Les devoirs envers le Pape sont les suivants : lui obéir dans les choses religieuses, lui rester fidèles, le respecter et le soutenir dans sa charge pénible par nos prières et nos aumônes ».

« Il faut obéir au pape dans les choses religieuses. « Les fidèles de tout rite et de tout rang sont soumis au pape et tenus vis-à-vis de lui à une obéissance sincère. » (Conc. Vatic. IV, 3). Le pape est au corps mystique du Christ, à l’Église (1. Cor. XII, 27) ce que la tête est au corps humain : la tête régit tous les membres, le pape tous les fidèles. Comme il est le vicaire du Christ, c’est par lui que nous apprenons la volonté de Dieu ; personne mieux que le pape ne peut s’appliquer les paroles de S. Paul : « Nous sommes les ambassadeurs du Christ, et c’est Dieu qui vous exhorte par nous » (II. Cor. V, 20). Pour les affaires civiles nous ne sommes pas les sujets du pape mais de l’État. — Nous devons rester fidèlement attachés au pape, car il est le chef de l’Église et le rocher sur lequel elle est bâtie (S. Matth. XVI, 18) ; se séparer du pape comme les Grecs (1053), c’est se séparer de Dieu. On peut appliquer aux pauvres schismatiques les plaintes de Dieu à Samuel : « Ce n’est pas toi qu’ils ont repoussé mais moi, afin que je ne règne pas sur eux. » (I. Rois VIII, 7). — Il faut respecter le pape, d’après l’ordre du Christ qui disait à ses apôtres : « Qui vous méprise me méprise, et celui qui me méprise, moi, méprise mon Père qui m’a envoyé. » (S. Luc. X, 16). Or, comme le pape est le premier parmi les représentants de Jésus-Christ, c’est à lui que revient le respect le plus profond. C’est à cause de sa dignité que nous l’appelons Sa Sainteté. — Il faut enfin soutenir le pape par la prière et l’aumône. […] Les ennemis de l’Église appellent les catholiques fidèles au pape ultramontains, parce que le pape demeure outre les monts, au-delà des Alpes ; ils prétendent par ce sobriquet les dénoncer comme de mauvais patriotes. Les catholiques sont au contraire des citoyens d’autant plus dévoué à la patrie qu’ils sont plus fidèles à la religion. « Plus la crainte de Dieu est grande, disait Origène, plus sont grands les ‘ services qu’un citoyen rend à César. » — Les devoirs envers le pape sont la règle de nos devoirs vis-à-vis de nos pasteurs. Les fidèles sont tenus aussi à pourvoir à leur entretien, ,,Jésus-Christ a ordonné que ceux qui prêchent l’Évangile vivent de l’Évangile (I. Cor. IX, 14) et l ‘ouvrier est digne de son salaire. (I. Tim. V, 18). »

A.S : « Selon la constitution dogmatique Lumen Gentium (cf. n° 12) du concile Vatican II, le corps entier des fidèles ne peut se tromper en matière de foi, lorsque, des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs, ils affichent un accord universel en matière de foi et de morale. Même si un pape répand des erreurs théologiques et des hérésies, la foi de l’Église dans son ensemble restera intacte en raison de la promesse du Christ à propos de l’assistance spéciale du Saint Esprit, de l’Esprit de vérité, dans son Église (cf. Jn 14, 17 ; 1 Jn 2, 27). »

Nous arrivons enfin au fondement des élucubrations d’Athanasius Schneider. Pour les soutenir, il ne s’appuie bien entendu pas sur le Magistère de l’Église, mais sur les hérésies conciliaires, à savoir, en l’espèce, le point 12 de Lumen Gentium, texte bourrés d’hérésies farfelues.

Voici l’extrait en question : « La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs », elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel. »

Alerte Schutzpa conciliaire ! Selon ce texte, « la collectivité des fidèles » « ne peut se tromper dans la foi » ! Ne trichons pas sur le sens des mots.

L’Église étant indéfectible, il y aura effectivement toujours des catholiques jusqu’à la fin du monde. Mais cela ne signifie pas que l’Église ne puisse être réduite à des proportions domestiques25. A sa naissance, l’Église se limitait aux 3.000 premiers fidèles laïcs et aux premiers clercs.

L’indéfectibilité de l’Église n’a en outre jamais empêché les grandes apostasies : apostasie du Moyen-Orient et du Maghreb sous les coups de l’Islam ; apostasie d’une partie de l’Europe de l’Est avec le schisme (1054), apostasie d’une partie du monde germanique, du monde scandinave et du monde anglo-saxon avec la Réforme.

La totalité de la collectivité des catholiques ne peut donc pas se tromper dans la foi, mais des communautés entières du catholicisme peuvent apostasier : l’histoire le prouve.

Athanasius Schneider opère à une inversion du dogme : à le lire, c’est la collectivité des catholiques qui serait garant de la foi, et non le pape. Or, c’est à Saint Pierre et à ses successeurs qu’a été promise l’infaillibilité et non à la collectivité des catholiques.

Imagine-t-on vraiment une « collectivité de fidèles » faire la leçon à un pape protégé par l’assistance divine de l’infaillibilité pontificale ?

A.S : « Lorsque, par l’insondable permission de Dieu, à un certain moment de l’histoire et dans un cas très rare, un pape répand des erreurs et des hérésies à travers son magistère quotidien ou ordinaire non infaillible, la divine Providence éveille en même temps le témoignage de certains membres du collège épiscopal, et aussi des fidèles, afin de compenser les manquements temporels du magistère papal. »

L’auteur s’écarte toujours plus du Magistère de l’Église lorsqu’il parle de « magistère quotidien ou ordinaire non infaillible » :

  1. Le « magistère quotidien » est une notion qui n’existe pas dans la religion catholique.

  1. Le « magistère ordinaire non infaillible » n’existe pas non plus.

  1. Le magistère ordinaire de l’Église est infaillible, et s’exerce chaque jour. Pie XI l’enseigne dans Mortalium animos26 : « En effet, le magistère de l’Église lequel, suivant le plan divin, a été établi ici-bas pour que les vérités révélées subsistent perpétuellement intactes et qu’elles soient transmises facilement et sûrement à la connaissance des hommes s’exerce chaque jour par le Pontife Romain et par les évêques en communion avec lui ; mais en outre, toutes les fois qu’il s’impose de résister plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou d’imprimer dans l’esprit des fidèles des vérités expliquées avec plus de clarté et de précision, ce magistère comporte le devoir de procéder opportunément à des définitions en formes et termes solennels. 

Certes, cet usage extraordinaire du magistère n’introduit aucune nouveauté à la somme des vérités qui sont contenues, au moins implicitement, dans le dépôt de la Révélation confié par Dieu à l’Église ; mais ou bien il rend manifeste ce qui jusque-là pouvait peut-être paraître obscur à plusieurs, ou bien il prescrit de regarder comme de foi ce que, auparavant, certains mettaient en discussion.»

A.S : « Il faut dire qu’une telle situation est très rare, mais non point impossible, comme l’a prouvé l’histoire de l’Église. »

L’histoire a précisément prouvé le contraire.

A.S : « L’Église est véritablement un seul corps organique, et lorsqu’il y a un échec et un manque à la tête du corps (le pape), le reste du corps (les fidèles), ou d’éminentes parties du corps (les évêques) suppléent aux manques pontificaux temporaires. »

Il me paraît important de souligner au lecteur qu’Athanasius Schneider plaide l’inverse de la foi catholique : l’ultime protecteur de la foi catholique est le pape et non les évêques ou les laïcs. C’est au pape que l’infaillibilité est promise et non à des évêques ou des laïcs s’opposant à lui, auquel, je remarque, que d’autres évêques et d’autres laïcs pourraient porter la contradiction…

La « tête du corps » ne peut pas être infectée.

A.S : « L’un des exemples les plus célèbres et les plus tragiques d’une telle situation s’est produit lors de la crise arienne au quatrième siècle, lorsque la pureté de la foi a été maintenue non tant par l’ecclesia docens (le pape et l’épiscopat) mais par l’ecclesia docta (les fidèles), comme l’a déclaré le bienheureux John Henry Newman. »

Quelle tristesse que de voir Athanasius Schneider reprendre à son compte la lamentable tarte à la crème accusant le pape Saint Libère d’avoir adhéré à l’hérésie arienne.

Si le « bienheureux » – rappelons pour le lecteur non averti que les « béatifications conciliaires » ne valent rien – John Henry Newman a soutenu pareille ineptie, c’est qu’il était bien mal informé sur la question.

A l’instar d’Honorius, Saint Libère est un pape accusé d’hérésie – comme si un saint pouvait être hérétique… – sur une base inexistante. Les accusations visant Saint Libère ont été anéanties notamment par l’abbé Constant et l’abbé Bégin. Le lecteur m’autorisera à le renvoyer au deuxième chapitre de mon ouvrage, L’infaillibilité pontificale, dans lequel je fais la synthèse des arguments réfutant les calomnies de l’ennemi.

Mais il y a bien mieux. Saint Libère a été lavé de tout soupçon par Pie IX lui-même, dans un texte ex cathedra, l’encyclique Quartus supra : « les Ariens qui ont calomnié le pape Liberius, notre prédécesseur, auprès de l’empereur Constantin, parce qu’il avait refusé de condamner saint Athanase, évêque d’Alexandrie, et de communier avec ces hérétiques »27. Il faut plaindre les personnes se disant catholiques contraintes de reprendre les calomnies émanant de protestants, de libéraux et de gallicans, pour les besoins de leur cause. Hontes aux « catholiques » réduits à diffamer des papes pour faire avancer leurs pions !

A.S : « La théorie ou l’opinion (de la perte de l’office papal par déposition ou par déclaration d’une perte ipso facto) identifie implicitement le pape à l’Église tout entière, ou manifeste une attitude malsaine de papo-centrisme – en dernière analyse, de papolatrie. Les représentants d’une telle opinion (et notamment certains saints) sont ceux qui faisaient montre d’un ultramontanisme exagéré ou d’un papo-centrisme qui faisait du pape une sorte de demi-dieu, incapable de commettre une quelconque erreur, y compris dans le domaine extérieur à l’objet de l’infaillibilité pontificale. Ainsi, le fait pour un pape de commettre des erreurs doctrinales – ce qui inclut aussi en théorie et logiquement la possibilité de commettre l’erreur doctrinale la plus grave, c’est-à-dire une hérésie, est aux yeux de ceux qui partagent cette opinion (sur la déposition du pape et la perte de son office en raison de l’hérésie) insupportable ou impensable, même si le pape commet ses erreurs dans un domaine étranger à l’objet de l’infaillibilité pontificale. »

Ici l’auteur joue de sophismes ce qui implique quelques clarifications pour ne pas tout mélanger.

  1. D’abord, la théorie de la perte « de l’office papal par déposition ou par déclaration de perte ipso facto » est insoutenable depuis Vatican I, puisque le concile consacre clairement l’infaillibilité et qu’il enseigne que le Siège de Pierre était « pur de toute erreur ». Personne depuis ce concile ne peut spéculer sur cette question.

  1. Qui l’auteur vise-t-il précisément lorsqu’il parle de « papolatres » ? Les derniers catholiques professant qu’un pape ne peut pas être hérétique et qui en voient en lui l’ultime rempart de la foi ?

  1. Le pape peut commettre des erreurs doctrinales en tant que docteur privé, mais jamais dans le cadre de ses fonctions de pape. Ecoutons Saint Alphonse à ce sujet : « bien que le Pontife Romain puisse errer comme simple particulier ou docteur privé, ainsi que dans les pures questions de fait qui dépendent principalement du témoignage des hommes, cependant, lorsque le Pape parle comme docteur universel définissant ex cathedra, c’est-à-dire en vertu du pouvoir suprême transmis à Pierre d’enseigner l’Église, nous disons qu’il est absolument infaillible dans la décision des controverses relatives à la foi et aux mœurs »28.

En d’autres termes, aucun catholique sérieux ne prétend qu’un pape ne puisse commettre d’erreur en dehors du champ d’application de l’infaillibilité pontificale.

  1. Il n’y a nul papo-centrisme, ni « papolatrie » à dire cela, il s’agit simplement de rappeler l’enseignement de l’Église. Le pape est le fondement de l’Église, c’est pourquoi il ne peut défaillir. Ecoutons à nouveau Saint Alphonse de Liguori : « Saint Pierre est la pierre ou le fondement de l’Église, il s’ensuit qu’il ne peut faillir ; car, si le fondement était sujet à faillir, l’Église elle-même pourrait un jour subir le même sort ; or, c’est là ce qui est impossible, vu la promesse énoncée dans le même texte : Les Portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle : Et Portœ inferi non prœvalebunt adversus eam. Mais si Pierre ne peut faillir, les Pontifes ses successeurs ne le peuvent pas davantage ; car Jésus-Christ ayant une fois promis que l’enfer ne prévaudrait jamais contre l’Église, la promesse doit nécessairement être considérée comme faite pour toujours, aussi longtemps que durera l’Église »29.

Pour reprendre les termes d’Athanasius Schneider, les catholiques n’identifient pas le pape à l’Église, mais au pilier de l’Église.

  1. Il est bon de rappeler à Athanasius Schneider qu’un catholique est par définition soumis au pape, comme l’ont par exemple rappelé Léon XIII et Pie XI : « Il est nécessaire de s’en tenir avec une adhésion inébranlable à tout ce que les Pontifes romains ont enseigné ou enseigneront, et, toutes les fois que les circonstances l’exigeront, d’en faire profession publique »30, « dans cette unique Église du Christ, personne ne se trouve, personne ne demeure, si, par son obéissance, il ne reconnaît et n’accepte l’autorité et le pouvoir de Pierre et de ses légitimes successeurs »31.

Ceci n’est pas de la papolatrie, mais le Magistère infaillible de l’Église catholique, auquel tout catholique doit se soumettre sous peine de tomber dans l’hérésie.

  1. En tout état de cause, un pape hérétique n’existe pas, dès lors, un pape ne peut pas être destitué pour hérésie.

A.S : « La théorie ou l’opinion théologique selon laquelle un pape hérétique peut être déposé ou perdre son office n’avait pas cours pendant le premier millénaire. Elle est apparue seulement au cours du haut Moyen Âge, un moment où le papo-centrisme a atteint un sommet, où inconsciemment, le pape était identifié avec l’Église en tant que telle. C’était déjà la racine de l’attitude mondaine du prince absolu énonçant la devise : « L’État, c’est moi ! », soit, en termes ecclésiastiques : « L’Église, c’est moi ! » »

L’auteur spécule, car il est rigoureusement impossible qu’un pape soit hérétique. Personne du reste n’a jamais identifié le pape à l’Église. Athanasius Schneider fait un procès d’intention aux catholiques du Moyen-âge, étant précisé qu’il ne définit pas clairement ce qu’il appelle le papo-centrisme.

Pour rappel, voici la définition de l’Église donnée par le catéchisme de Saint Pie X : « la société ou la réunion de tous les baptisés qui, vivant sur la terre, professent la même foi et la même loi de Jésus-Christ, participent aux mêmes sacrements et obéissent aux pasteurs légitimes, principalement au Pontife Romain. »

L’Église est donc une société surnaturelle. Difficile lorsque l’on sait cela, d’identifier une personne, fut-elle pape, à l’Église toute entière, qui est une société.

A.S : « L’opinion selon laquelle un pape hérétique perd ipso facto son office s’est répandue jusqu’à devenir opinion commune depuis le haut Moyen Âge jusqu’au XXe siècle. Cela reste une opinion théologique et ne constitue pas un enseignement de l’Église. »

Exact, car selon l’enseignement de l’Église, un pape ne peut pas être hérétique. Mais avant Vatican I, il est compréhensible que la question se soit posée puisque le Magistère n’avait pas tranché la question.

A.S : « À ce titre, elle ne peut pas revendiquer la qualité d’enseignement pérenne et constant de l’Église en tant que tel, puisqu’aucun concile œcuménique, aucun pape n’a soutenu explicitement une telle opinion. L’Église, cependant, a condamné un pape hérétique, mais seulement de manière posthume et non pendant la durée de son office. »

Si l’Église n’a en effet jamais enseigné dans le cadre de son Magistère qu’un pape hérétique pouvait être destitué, elle a fait bien mieux en déclarant infailliblement que le Siège de Pierre était « pur de toute erreur »… ce qu’Athanasius Schneider semble ignorer, si je m’en fie à son obstination à faire passer Honorius pour un hérétique.

Répétons si nécessaire : les condamnations visant Honorius sont soit falsifiées soit dénaturées.

A.S : « Même si certains saints docteurs de l’Église (par exemple, saint Robert Bellarmin, saint François de Sales) ont partagé cette opinion, cela ne prouve pas qu’elle est certaine, ni qu’il y ait un consensus doctrinal général à son sujet. Même les docteurs de l’Église ont pu se tromper : tel est le cas de saint Thomas d’Aquin en ce qui concerne l’Immaculée Conception, la matière du sacrement de l’ordre ou le caractère sacramentel de l’ordination épiscopale. »

Je radote : la question d’un pape hérétique a pu hanter des catholiques avant le concile Vatican I, mais depuis cette date, la question a été tranchée et ne se pose plus.

A.S : « Il y a eu une période dans l’Église où par exemple, il existait une opinion théologique communément partagée, mais objectivement erronée affirmant que la remise des instruments constituait la matière du sacrement de l’ordre. C’était cependant une opinion qui ne pouvait s’appuyer sur l’antiquité et l’universalité, bien qu’une telle opinion fût pendant une période limitée soutenue par un pape (par le décret d’Eugène IV) ou par des livres liturgiques (pendant une période limitée). Cette opinion commune a cependant été corrigée plus tard par Pie XII en 1947. »

Il convient ici de faire preuve de la plus grande des précisions pour désamorcer le sophisme d’Athanasius Schneider, car Pie XII n’a pas « corrigé » le concile de Florence (1431 – 1441).

Les sacrements, nous enseigne infailliblement le concile de Trente, ont été institués par Jésus-Christ : « Si quelqu’un dit, que les Sacremens de la nouvelle Loy n’ont pas esté tous instituez par nostre Seigneur Jesus-Christ ; Ou qu’il y en a plus ou moins de sept, à savoir, LE BAPTESME, LA CONFIRMATION, L’EUCHARISTIE, LA PENITENCE, L’EXTREME-ONCTION, L’ORDRE, & LE MARIAGE ; Ou que quelqu’un de ces sept, n’est pas proprement, & véritablement un Sacrement : Qu’il soit Anathême. »32

Pour qu’un sacrement soit valide, il doit réunir trois conditions : « Pour faire un sacrement, il faut la matière, la forme et un ministre qui ait l’intention de faire ce que fait l’Église »33.

Léon XIII précise qu’intention de faire ce que fait l’Église il y a, lorsque la matière et la forme sont respectées.

Depuis toujours, la matière du sacrement de l’ordre a été l’imposition des mains. Mais au fil des siècles, l’Église a rajouté la remise des instruments. C’est pourquoi Saint Thomas évoque dans ses écrits la remise des instruments comme matière du sacrement.

En pratique, la remise des instruments s’est ajoutée à l’imposition des mains : « En fait, la remise des instruments coexistait avec l’imposition des mains. Plusieurs décrétales prévoient le cas où l’un des rites a été omis : l’ordination n’était pas refaite, mais le rite devait être suppléé. Selon Innocent III : « Lorsqu’on a conféré le diaconat en omettant l’imposition des mains, il n’y a rien à réitérer, mais on doit suppléer prudemment à ce qui a été omis par inadvertance »34 »35.

Ceci étant, Eugène IV, au concile de Florence, dans la bulle Exultate Deo, ne mentionne que la remise des instruments comme matière du sacrement de l’ordre. Est-ce à dire que l’Église a changé la matière de ce sacrement ? Non, car comme Pie XII l’enseigne, l’Église a toujours considéré comme valides, même pendant le concile de Florence, les ordinations faites par les Grecs schismatiques, réalisées uniquement par l’imposition des mains : « De plus, nul n’ignore que l’Église romaine a toujours tenu pour valides les ordinations faites dans le rite grec sans la tradition des instruments. Aussi le Concile de Florence, où a été conclue l’union des Grecs avec l’Église romaine, ne leur a-t-il pas imposé de changer le rite de l’ordination ni d’y insérer la tradition des instruments. Bien plus, l’Église a voulu que même à Rome les Grecs fussent ordonnés selon leur propre rite. De là il ressort que, même dans la pensée du Concile de Florence, la tradition des instruments n’est pas requise de par la volonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la substance et pour la validité de ce sacrement. Si dans le temps elle a été nécessaire, même pour la validité, de par la volonté et le précepte de l’Église, on sait que ce qu’elle a établi, l’Église peut aussi le changer et l’abroger. »

Le lecteur remarquera que Pie XII laisse entendre que la tradition des instruments a été « insérée » dans la matière du sacrement. La matière du sacrement était donc double. C’est pourquoi, dans son Catéchisme de persévérance36, Mgr Gaume écrit que : « L’imposition des mains et l’attouchement des vases sacrés sont la matière »37.

Le catéchisme de Spirago, référence en la matière, publié en 1903 avec l’imprimatur, enseigne lui-aussi que la matière du sacrement de l’ordre a un double objet : « Dans l’ordination, l’évêque impose les mains aux prêtres futurs et invoque le Saint-Esprit ; en outre il fait des onctions sur leurs mains et leur remet les vases sacrés. Par-là les ordinands reçoivent, avec des grâces abondantes, la puissance sacerdotale, et en particulier le pouvoir d’offrir le saint sacrifice de la messe et de remettre les péchés. »

Le catéchisme se fait encore plus précis lorsqu’il décrit la cérémonie d’ordination : « L’évêque confère les ordres pendant la sainte messe. Ceux qui vont être ordonnés prêtres se prosternent d’abord le visage contre terre, puis l’évêque impose les deux mains sur la tête de chacun, entonne l’hymne Veni Creator Spiritus, pendant le chant de laquelle il fait des onctions en forme de croix dans l’intérieur des mains des ordinands et leur donne par là le pouvoir de bénir et de toucher la sainte Hostie. Il leur fait ensuite toucher le calice et la patène, leur donne le pouvoir d’offrir le saint sacrifice de la messe et leur adresse en outre les paroles de Jésus-Christ : « Recevez le S. Esprit : les péchés seront remis, etc. » Enfin les nouveaux prêtres promettent à l’évêque obéissance et respect. L’onction des mains et la tradition des vases sacrés sont des cérémonies accessoires qui n’existaient pas avant le IXe siècle, et qui ne se trouvent pas aujourd’hui dans l’Église grecque. L’ordination ne donne pas seulement le pouvoir sacerdotal, mais aussi la grâce. « L’ordination donne le S. Esprit. » (Conc. Tr, XIII, 2) ».

Dans sa lettre apostolique sur les ordinations anglicanes, Apostolicae Curae, Léon XIII cite l’imposition des mains comme matière du sacrement38, mais rappelle néanmoins le double objet au sujet l’ordination d’un ex-évêque anglican : « Que Jean-Clément Gordon reçoive ex integro et absolute tous les Ordres, même les Ordres sacrés et surtout le sacerdoce, et s’il n’a pas été confirmé, qu’il reçoive d’abord le sacrement de Confirmation ». Cette décision, remarquons-le bien, n’a tenu aucun compte du défaut de tradition des instruments, auquel cas l’usage prescrivait de renouveler l’ordination sous condition ».

Il est donc bien enseigné :

Que l’objet de la matière du sacrement est double.

Que la remise des instruments est une cérémonie accessoire.

Que les Grecs, dont les sacrements sont valides, n’ont pas inséré cette tradition et qu’ils se sont toujours limités à l’imposition des mains.

En 1947, dans la constitution apostolique Sacramentum ordinis, Pie XII décide de revenir à la pratique par laquelle le sacrement de l’ordre n’a plus qu’un seul objet, l’imposition des mains.

Son raisonnement est le suivant :

1°) « la tradition des instruments n’est pas requise de par la volonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ ».

2°) L’Église, pendant une période donnée, a jugé utile d’insérer la tradition des instruments.

3°) Mais « ce qu’elle a établi, l’Église peut aussi le changer et l’abroger. » Dès lors, puisque l’Église a établi la tradition des instruments, elle est libre de l’abroger. Il n’y a pas de correction, car pour qu’il y ait correction, il aurait fallu qu’il y ait erreur.

Pie XII n’a donc pas « corrigé » le concile de Florence, car jamais le concile de Florence n’a imposé aux Grecs de renoncer à l’imposition des mains, qui n’a d’ailleurs jamais cessé d’être pratiquée dans l’Église.

A.S : « La théorie – de la déposition du pape hérétique ou de la perte ipso facto de son office pour cause d’hérésie – est seulement une opinion théologique, qui ne remplit pas les catégories théologiques nécessaire de l’antiquité, de l’universalité, et du consensus (semper, ubique, ab omnibus). Il n’y a pas eu de déclarations du magistère universel ordinaire ou du magistère pontifical pouvant soutenir les théories de la déposition d’un pape hérétique ou de sa perte d’office ipso facto pour cause d’hérésie. »

C’est exact, et pour cause, je me répète, un pape ne peut pas être hérétique.

A.S : « Selon une tradition canonique médiévale, qui a été plus tard intégrée au Corpus Iuris Canonici (la loi canonique en vigueur dans l’Église latine jusqu’en 1918), un pape pouvait être jugé en cas d’hérésie : « Papa a nemine est iudicandus, nisi deprehendatur a fide devius », c’est-à-dire : « Le pape ne peut être jugé par quiconque, à moins qu’il ne soit repris pour avoir erré dans la foi » (Decretum Gratiani, Prima Pars, dist. 40, c. 6, 3. pars). Cependant le code de droit canonique de 1917 a éliminé la norme du Corpus Iuris Canonici qui évoquait le cas du pape hérétique. Le code de droit canonique de 1983 ne contient pas davantage une telle norme.

L’Église a toujours enseigné que même une personne hérétique, qui est automatiquement excommuniée pour cause d’hérésie formelle, peut néanmoins validement administrer les sacrements et qu’un prêtre hérétique ou formellement excommunié peut même dans un cas extrême poser un acte de juridiction en accordant à un pénitent l’absolution sacramentelle. Les normes de l’élection papale qui ont eu cours jusqu’à Paul VI inclusivement, admettaient que même un cardinal excommunié pouvait participer à l’élection du pape et qu’il pouvait lui-même être élu pape : « Aucun cardinal électeur ne peut d’aucune manière être exclu de la participation active et passive à l’élection du Souverain Pontife pour le motif ou sous le prétexte de n’importe quelle excommunication, suspense, interdit ou autre empêchement ecclésiastique ; ces censures doivent être considérées comme suspendues, mais seulement en ce qui concerne cette élection » (Paul VI, Constitution Apostolique Romano Pontifice eligendo, n. 35). Ce principe théologique doit être appliqué également au cas d’un évêque hérétique ou d’un pape hérétique, qui en dépit de leurs hérésies peuvent validement poser des actes de juridiction ecclésiastique et qui par conséquent ne perdent pas ipso facto leur office pour cause d’hérésie. »

Aveu intéressant, contrairement à certains théologiens de la Fraternité Saint Pie X, Athanasius Schneider admet que l’hérésie formelle exclue « automatiquement » de l’Église.

Les considérations sur les textes conciliaires n’engagent que l’auteur.

A.S : « La théorie ou l’opinion théologique qui permet la déposition d’un pape hérétique ou la perte de son office ipso facto pour cause d’hérésie est en pratique inapplicable. Si elle était appliquée en pratique, elle créerait une situation semblable à celle du Grand Schisme dont l’Église a déjà fait l’expérience désastreuse à la fin du XIVe et au début du XVe siècle. »

La situation n’est pas semblable avec celle du Grand schisme, puisqu’aucun pape ou antipape pendant cette période, n’ont été accusés d’hérésie, sur laquelle les catholiques auraient été appelés à se prononcer.

A.S : « En effet, il y aura toujours une partie du collège des cardinaux et une part considérable de l’épiscopat mondial et aussi des fidèles qui ne seront pas d’accord pour qualifier une erreur (ou des erreurs) du pape d’hérésie (ou d’hérésies) formelle, et par conséquent ils continueront de considérer le pape du moment comme le seul pape légitime. »

Voilà qui est curieux. Athanasius Schneider fait ici le raisonnement qu’il refusait de faire plus haut, lorsqu’il faisait de la collectivité des fidèles les garants de la foi catholique face au pape : sans un pape pour trancher, il est inévitable que plusieurs camps théologiques s’affrontent.

A.S : « Un schisme formel, avec deux prétendants ou davantage au trône papal – ce qui sera la conséquence inévitable de la déposition d’un pape, même canoniquement réalisée – fera nécessairement davantage de tort à l’Église dans son ensemble qu’une période relativement courte et très rare où un pape répand des erreurs doctrinales ou des hérésies. La situation d’un pape hérétique sera toujours relativement courte en comparaison avec les deux mille ans d’existence de l’Église. On doit laisser l’intervention, dans ce cas rare et délicat, à la divine Providence. »

Il faut encore le marteler : un pape hérétique n’existe pas. Le sous-entendu cependant, ne nous échappera pas. A mots couverts, il est dit ceci : « Certes, Bergoglio est hérétique, mais ne faites pas « schisme », les dégâts pour la secte conciliaire [qui est l’Église catholique dans la tête de l’auteur] seraient considérables ».

A.S : « La tentative en vue de déposer un pape hérétique à n’importe quel prix est le signe d’un comportement bien trop humain, qui au bout du compte est le reflet d’un refus de porter la croix temporelle d’un pape hérétique. Elle peut également être le reflet de l’émotion bien trop humaine de la colère. Dans tous les cas, elle proposera une solution bien trop humaine, et en tant que telle, elle ressemble quelque peu au comportement dans le domaine politique. L’Église et la papauté sont des réalités qui ne sont pas purement humaines, mais également divines. La croix d’un pape hérétique – même si elle est limitée dans la durée – est la plus grande croix imaginable pour l’Église tout entière. »

L’insistance de l’auteur est significative : il supplie les adversaires de Bergoglio de ne pas faire « schisme ».

A.S : « Une autre erreur affectant l’intention ou la tentative de déposer un pape hérétique consiste en l’identification indirecte ou subconsciente de l’Église avec le pape, ou à faire du pape le point de focalisation de la vie quotidienne de l’Église. Cela revient au bout du compte et subconsciemment, à céder à un ultramontanisme, un papo-centrisme, une papolatrie malsains, c’est-à-dire un culte de la personnalité du pape. »

L’auteur revient à ce qu’il appelle le papo-centrisme et joue encore de sophismes. Ce n’est pas le pape en tant que personne qui est le point de focalisation de la vie quotidienne de l’Église, mais son enseignement infaillible, duquel dépend le salut des âmes. Du reste, le pape, comme nous le rappelle Saint Alphonse de Liguori, est le fondement sans lequel l’édifice de l’Église ne peut tenir.

A.S : « Il y a bien eu des périodes dans l’histoire de l’Église ou pour une durée considérable le siège de Pierre a été vacant. Par exemple, du 29 novembre 1268 au 1er septembre 1271, il n’y eut pas de pape et en ce temps-là il n’y eut pas davantage d’antipape. Par conséquent, les catholiques ne doivent pas faire du pape, et de ses paroles et de ses actions, leur point de focalisation quotidien. »

Il est bon de rappeler que l’Église puisse connaître de longues périodes pendant lesquelles le Siège est vacant… Athanasius Schneider aurait également pu rappeler la vacance de presque quatre ans, entre la mort Saint Marcellin (25 octobre 304) et l’intronisation de saint Marcel Ier le 27 mai 308.

A 13 reprises, l’Église a connu des vacances de siège de plus d’un an. Avant 1958, l’Église a connu près d’un demi-siècle de vacance de Siège39.

L’Église et sa hiérarchie n’ont pas cessé d’exister et de fonctionner, malgré l’absence de pape.

A.S: « On peut déshériter les enfants d’une famille. Mais on ne peut pas déshériter le père d’une famille, pour coupable ou monstrueux que soit son comportement. Telle est la loi de la hiérarchie que Dieu a établie jusque dans la création. Cette même loi est applicable au pape, qui pendant la durée de son office est le père spirituel de toute la famille du Christ sur terre. Dans le cas d’un père criminel monstrueux, les enfants doivent s’écarter de lui ou éviter le contact avec lui. Cependant, ils ne peuvent dire : « Nous allons élire un nouveau et bon père pour notre famille. » Cela irait contre le bon sens et contre la nature. »

La comparaison entre un père de famille criminel et le pape ne tient pas, car un pape ne peut pas être criminel au sens où l’entend l’auteur : il ne peut pas tomber dans l’hérésie.

En conséquence, un catholique ne peut s’éloigner ni du pape, ni de son Magistère infaillible : « Telle a été toujours la coutume de l’Église, appuyée par le jugement unanime des saints Pères, lesquels ont toujours regardé comme exclu de la communion catholique et hors de l’Église quiconque se sépare le moins du monde de la doctrine enseignée par le magistère authentique »40.

A.S : « Le même principe devrait être applicable par conséquent à la question de la déposition d’un pape hérétique. Le pape ne peut être déposé par personne, seul Dieu peut intervenir et Il le fera en son temps, car Dieu ne peut défaillir en sa ProvidenceDeus in sua dispositione non fallitur »). Au cours du concile Vatican I, Mgr Zinelli, relateur de la commission conciliaire sur la foi, évoqua en ces termes la possibilité d’un pape hérétique : « Si Dieu permet un si grand mal (à savoir, un pape hérétique) les moyens pour remédier à cette situation ne manqueront pas » (Mansi 52, 1109).

La déposition d’un pape hérétique encouragera au bout du compte l’hérésie du conciliarisme, du sédévacantisme, et une attitude mentale semblable à celle qui caractérise une communauté purement humaine ou politique. Elle favorisera également une mentalité comparable au séparatisme dans le monde protestant, ou à l’autocéphalisme dans la communauté des Églises orthodoxes. »

Selon Athanasius Schneider, la thèse selon laquelle on pourrait déposer un pape hérétique serait « sédévacantiste ». Or c’est tout le contraire : les « sédévacantistes » – entendre les derniers catholiques à défendre le Magistère et à s’y soumettre – soutiennent qu’un pape NE PEUT PAS ETRE HERETIQUE, ce qui par voie de conséquence, entraine l’impossibilité de déposer un pape pour motif théologique.

A.S : « La théorie ou l’opinion permettant la déposition et la perte d’office se révèle en outre comme ayant à sa racine la plus profonde – encore que ce soit inconsciemment – une sorte de « donatisme » appliqué au ministère papal. La théorie donatiste identifiait quasiment les ministres sacrés (prêtres et évêques) à la sainteté morale du Christ Lui-même, exigeant par conséquent pour que leur office soit valide l’absence d’erreurs morales ou d’inconduite dans leur vie publique. Ladite théorie exclut de manière semblable la possibilité qu’un pape fasse des erreurs doctrinales, c’est-à-dire des hérésies, déclarant du même coup son office invalide ou vacant, comme le faisaient les donatistes en déclarant l’office sacerdotal ou épiscopal invalide ou vacant en raison d’erreurs dans la vie morale

On peut imaginer qu’à l’avenir l’autorité suprême de l’Église (le pape ou un concile œcuménique) puisse stipuler les normes canoniques suivantes – ou des normes qui leur ressemblent – pour le cas d’un pape hérétique ou manifestement hétérodoxe :

Un pape ne peut être déposé d’aucune manière et pour aucune raison, même pour raison d’hérésie.

Tout pape nouvellement élu, en prenant son office, est obligé en vertu de son ministère d’enseignant suprême de l’Église de prononcer un serment de protection de la totalité du troupeau du Christ des dangers des hérésies et d’éviter dans ses paroles et ses actions toute apparence d’hérésie, conformément à son devoir de raffermir dans la foi tous les pasteurs et les fidèles.

Un pape qui répand des erreurs théologiques manifestes ou des hérésies ou qui aide à la diffusion d’hérésies par ses actions et omissions doit obligatoirement être corrigé de manière fraternelle et privée par le doyen du collège des cardinaux.

À la suite de corrections privées infructueuses, le doyen du collège des cardinaux est obligé de rendre sa correction publique.

En même temps que la correction publique, le doyen du collège des cardinaux doit appeler à la prière pour que le pape retrouve la force de confirmer sans ambiguïté l’Église tout entière dans la foi.

En même temps, le doyen du collège des cardinaux doit publier une formule de profession de foi, rejetant des erreurs théologiques enseignées ou tolérées par le pape (sans nécessairement nommer le pape).

Si le doyen du collège des cardinaux manque ou échoue à faire cette correction, l’appel à la prière, et la publication d’une profession de foi doivent être faits par n’importe quel cardinal, évêque ou groupe d’évêques et si même les cardinaux et les évêques manquent ou échouent à le faire, n’importe quel membre des laïcs catholiques ou groupe de laïcs catholiques doit le faire.

Le doyen du collège des cardinaux ou un cardinal, ou un évêque ou un groupe d’évêques, ou un laïc catholique ou un groupe de laïcs catholiques ayant fait la correction, appelé à la prière et publié la profession de foi ne peuvent être sujets à une quelconque sanction ou peine canonique, et ils ne peuvent être accusés de manque de respect envers le pape pour cette raison. 

Dans le cas extrêmement rare d’un pape hérétique, la situation spirituelle de l’Église peut être décrite grâce aux paroles du saint pape Grégoire le Grand (590-604), qui en son temps qualifia l’Église de « vieux navire tout brisé, qui fait eau de toute part ; et dans la grosse tempête qui le secoue chaque jour ses planches pourries ont des craquements de naufrage » (Registrum I, 4, Ep. Ad Ioannem episcopum Constantinopolitanum). »

L’épisode de l’Évangile racontant comment Notre Seigneur calme la mer déchaînée et sauve Pierre, qui coulait dans l’eau, nous enseigne que même dans le cas le plus dramatique et humainement désespéré d’un pape hérétique, tous les pasteurs de l’Église et les fidèles doivent croire et avoir confiance en Dieu quant à l’intervention de sa Providence, sachant que le Christ calmera la tempête qui fait rage, restaurant chez les successeurs de Pierre, ses vicaires sur terre, la force de confirmer tous les pasteurs et les fidèles dans la foi catholique et apostolique.

Le saint pape Agathon (678-681) qui eut la tâche difficile de limiter les dommages causés par le pape Honorius Ier à l’intégrité de la foi, a laissé les paroles vives d’un ardent appel à chaque successeur de Pierre, qui doit toujours avoir à l’esprit son grave devoir de garder intacte la pureté virginale du dépôt de la foi : « Malheur donc à moi, si je néglige de prêcher la vérité de mon Seigneur, qu’ils ont, eux, prêchée intacte ! Malheur à moi si j’ensevelis dans le silence le trésor que j’ai reçu mission de distribuer à ceux qui le feront fructifier, je veux dire cette vérité que par mes enseignements je dois faire profondément pénétrer dans les âmes des chrétiens… Que dirai-je lors de mon examen futur par le Christ Lui-même, si je rougis – à Dieu ne plaise ! – de prêcher ici la vérité de ces paroles ? Quelle satisfaction pourrais-je invoquer à mon profit, et pour les âmes qui m’ont été confiées, lorsqu’Il demandera des comptes stricts de l’office que j’ai reçu ? » (Ep. “Consideranti mihi” ad Imperatores). 

Lorsque le premier pape, saint Pierre, était matériellement enchaîné, l’Église tout entière implorait sa libération : « Pierre était donc gardé dans la prison ; mais l’Église faisait sans interruption des prières à Dieu pour lui » (Actes, 12, 5). Lorsqu’un pape répand des erreurs, voire des hérésies, il est dans des chaînes spirituelles, ou une prison spirituelle. Donc, l’Église tout entière doit prier sans cesse pour sa libération de cette prison spirituelle. L’Église entière doit faire preuve d’une persévérance surnaturelle dans cette prière, et une confiance surnaturelle dans le fait que c’est Dieu qui en définitive gouverne son Église, et non le pape. »

Lorsque le pape Honorius Ier (625-638) adopta une attitude ambiguë vis-à-vis de la diffusion de la nouvelle hérésie du monothélisme, saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, envoya un évêque de Palestine à Rome, lui disant ces paroles : « Allez au Siège apostolique, où sont les fondations de la sainte doctrine, et ne cessez de prier tant que le Siège apostolique n’aura pas condamné la nouvelle hérésie. »

Ces spéculations relatives à une impossibilité – un « pape hérétique » – n’engagent que son auteur. Je ne peux m’empêcher d’entendre en creux : « Prions pour libérer Bergoglio des chaînes de son hérésie ».

A.S : « Face au cas tragique d’un pape hérétique, tous les membres de l’Église, à commencer par les évêques et jusqu’aux simples laïcs, doivent utiliser tous les moyens légitimes, telles les corrections privées et publiques du pape fautif, les prières constantes et ardentes ainsi que les professions publiques de la vérité afin que le Siège apostolique puisse de nouveau clairement professer les vérités divines confiées par Notre Seigneur à Pierre et à tous ses successeurs. « Car le Saint Esprit n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour qu’ils fassent connaître, sous sa révélation, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le dépôt de la foi » (Ier Concile du Vatican, Constitution Dogmatique Pastor Aeternus, Ch. 4). »

Selon Athanasius Schneider, il appartient aux catholiques, évêques et laïcs, de donner des leçons de catéchisme au pape, comme si celui-ci ne bénéficiait pas de l’assistance divine pour se protéger de l’erreur, et comme si les évêques et fidèles étaient eux infaillibles. Ce que décrit Athanasius Schneider est une mise à l’envers de la religion catholique.

Implicitement, le message est toujours le même : il faut dénoncer publiquement les erreurs de Bergoglio afin que celui-ci les corrige.

A.S : « Il faut rappeler à chaque pape et à tous les membres de l’Église les mots sages et intemporels du concile œcuménique de Constance (1414-1418) concernant le pape en tant que première personne de l’Église liée par la foi, tenue de garder scrupuleusement l’intégrité de la foi :

« Puisque le pontife romain exerce un si grand pouvoir parmi les mortels, il est bon qu’il soit d’autant plus lié par les liens irréfutables de la foi et par les rites qui doivent être observés en ce qui concerne les sacrements de l’Église. C’est pourquoi nous décrétons et ordonnons, afin que la plénitude de la foi puisse briller dans un futur pontife romain avec une singulière splendeur dès les premiers instants où il sera devenu pape, que désormais quiconque sera élu pontife romain fasse en public la confession et profession suivante » (39e session du 9 octobre 1417, ratifiée par le pape Martin V).

Lors de cette même session, le Concile de Constance décréta que tout pape nouvellement élu devrait faire un serment de foi, proposant la formule suivante, dont nous citons les passages les plus essentiels :

« Moi N. élu pape je professe et promets de cœur et de bouche au Dieu tout-puissant, dont j’entreprends de gouverner l’Église avec son secours, et en présence du bienheureux Pierre Prince des apôtres, que tant qu’il plaira au Seigneur de me conserver cette vie fragile, je croirai et tiendrai fermement la foi catholique selon la tradition des apôtres, des conciles généraux et des saints Pères, (…) dont je conserverai la foi tout entière, jusqu’à donner ma vie et répandre mon sang pour elle. Je jure pareillement de poursuivre exactement le rite transmis des sacrements ecclésiastiques de l’Église catholique. »

Combien est opportun un tel serment papal, et combien urgent est-il de mettre un tel serment en pratique, spécialement en notre temps ! Le pape n’est pas un monarque absolu, qui peut faire et dire ce qu’il veut, qui peut changer la doctrine ou la liturgie selon son bon vouloir. »

Effectivement, un pape ne peut pas « changer la doctrine ou la liturgie selon son bon vouloir. » On remarquera pourtant que Paul VI « a changé » la doctrine et la liturgie selon son bon vouloir, ce qui signe bien son imposture.

A.S : « Malheureusement, au cours des siècles passés – contrairement à la tradition apostolique des temps anciens – le fait pour les papes de se comporter comme des monarques absolus ou comme des demi-dieux en est venu à être si communément accepté qu’il a fini par façonner la vision théologique et spirituelle du moment des évêques et des fidèles, spécialement parmi les gens pieux. »

« Le fait pour les papes de se comporter comme des monarques absolus ou comme des demi-dieux ».

Comment peut-on parler ainsi au sujet des souverains pontifes ? Qui l’auteur vise-t-il précisément par son accusation ?

A.S : « Le fait que le pape doit être le premier dans l’Église à éviter les nouveautés, obéissant de manière exemplaire à la tradition de la foi et de la liturgie, a parfois été effacé de la conscience des évêques et des fidèles par l’acceptation aveugle et pieuse d’une sorte d’absolutisme papal.

Le serment papal du Liber Diurnus Romanorum Pontificum considère comme l’obligation principale et la qualité la plus insigne d’un nouveau pape sa fidélité inébranlable à la tradition telle qu’elle lui a été transmise par tous ses prédécesseurs : « Nihil de traditione, quod a probatissimis praedecessoribus meis servatum reperi, diminuere vel mutare, aut aliquam novitatem admittere; sed ferventer, ut vere eorum discipulus et sequipeda, totis viribus meis conatibusque tradita conservare ac venerari. » Ne rien changer à la tradition reçue, à ce que j’ai trouvé gardé avant moi par mes prédécesseurs qui plurent à Dieu, ne pas y porter atteinte, ni l’altérer, ni permettre d’innovation ; avec une affection fervente en tant que leur vrai disciple et successeur, sauvegarder avec révérence le bien transmis, de toute ma force et de tous mes efforts. »)

Le même serment papal désignait en termes concrets la fidélité à la lex credendi (la règle de la foi) et à la lex orandi (la règle de la prière). En ce qui concerne la lex credendi (la règle de la foi), le texte du serment affirme :« Verae fidei rectitudinem, quam Christo autore tradente, per successores tuos atque discipulos, usque ad exiguitatem meam perlatam, in tua sancta Ecclesia reperi, totis conatibus meis, usque ad animam et sanguinem custodire, temporumque difficultates, cum tuo adjutorio, toleranter sufferre. » (« Je promets de garder avec toute ma force, fût-ce au prix de la mort et en répandant mon sang, l’intégrité de la vraie foi, dont l’auteur est le Christ et qui par vos successeurs et disciples a été transmis à mon humble personne, et que j’ai trouvée dans votre Église. Je promets également de supporter avec patience les difficultés du temps. »)

En ce qui concerne la lex orandi, le serment papal affirme : « Disciplinam et ritum Ecclesiae, sicut inveni, et a sanctis praecessoribus meis traditum reperi, illibatum custodire. » (« Je promets de garder intactes la discipline et la liturgie de l’Église telle que je les ai trouvées et qu’elles m’ont été transmises par mes saints prédécesseurs. »)

Au cours de ces cent dernières années, il y a eu quelques exemples d’une forme d’absolutisme papal concernant les changements apportés à la tradition liturgique de l’Église. Si nous considérons la lex orandi, il y a eu des modifications radicales faites par les papes Pie X, Pie XII et Paul VI, et concernant la lex credendi, par le pape François. »

Alerte Schutzpa conciliaire ! L’auteur cherche à mettre sur le même plan les réformes engagées par Saint Pie X et Pie XII, toutes orthodoxes et conformes au Magistère de l’Église, même si critiquables d’un point de vue pratique selon certains, avec la création de la nouvelle religion, la religion conciliaire. L’enseignement de l’Église ne peut pas être mis sur le même plan que sa répudiation.

Le lecteur catholique ne sera pas dupe.

A.S : « Pie X est devenu le premier pape de l’histoire de l’Église latine à faire une réforme si radicale de l’ordre du psautier (cursus psalmorum) qu’elle aboutit à la construction d’un nouveau type de divin Office en ce qui concerne la distribution des psaumes. »

Je dois reconnaître que je n’ai pas trouvé grand-chose concernant cette réforme de Saint Pie X, introduite par la constitution apostolique Divino Afflatu (1911). Même si elle est peut-être critiquable (je n’ai pas qualité pour l’apprécier), j’en déduis qu’elle n’a pas fait polémique et que son orthodoxie n’a jamais été remise en cause.

Notons que dans la liste des papes que se seraient pris pour des demi-Dieux, Athanasius Schneider semble intégrer Saint Pie X.

A.S : « Le cas suivant est celui du pape Pie XII, qui a approuvé pour l’usage liturgique une version latine radicalement modifiée du texte millénaire et mélodieux du psautier de la Vulgate. La nouvelle traduction latine, qu’on appelle le « psautier de Pie XII », était un texte artificiellement fabriqué par des universitaires qui, dans son artificialité, était à peine prononçable. Cette nouvelle traduction latine, critiquée judicieusement au moyen de l’adage « accessit latinitas, recessit pietas », a été ensuite de facto rejetée par toute l’Église sous le pontificat de Jean XXIII. »

En 1945, par le Motu proprio In cotidianis precibus, Pie XII promulgue une nouvelle traduction des psaumes, réalisée sous la houlette du funeste cardinal Béa. Immédiatement critiqué, le texte ne fut jamais imposé par Pie XII.

Quoique l’on pense de cette réforme qui n’a eu quasiment aucune conséquence pratique, comment peut-on mettre son importance sur le même plan que celle du « concile » Vatican II ?

A.S : « Pie XII a également modifié la liturgie de la Semaine sainte, un trésor liturgique millénaire de l’Église, en introduisant des rituels partiellement inventés ex novo. »

L’abbé Olivier Riout a consacré un ouvrage à cette question. Un certain nombre de prêtres catholiques refusent de célébrer la réforme de la Semaine sainte de Pie XII, car, avec le recul, elle paraît avoir été faite pour accoutumer les esprits à des bouleversements liturgiques ultérieures, ainsi que le note l’abbé Riout : « Qui pouvait deviner, en 1954, que la réforme de la Semaine sainte avait pour but de préparer les esprits à la révolution liturgique qui se déroulera quelques années plus tard sous Paul VI ? »41.

Cependant, si la réforme de la Semaine sainte a été critiquée, personne n’a jamais remis en cause sa validité et son orthodoxie.

On peut donc penser qu’elle a été mal venue, mais qu’elle reste catholique.

A.S : « Des changements liturgiques sans précédent ont cependant été exécutés par Paul VI au moyen d’une réforme révolutionnaire du rite de la messe et du rite de tous les autres sacrements, une réforme liturgique qu’aucun pape avant lui n’avait osé mettre en œuvre avec une telle radicalité. »

Je suis heureux de lire ceci sous la plume de l’auteur : « Des changements liturgiques sans précédent ont cependant été exécutés par Paul VI au moyen d’une réforme révolutionnaire du rite de la messe et du rite de tous les autres sacrements, une réforme liturgique qu’aucun pape avant lui n’avait osé mettre en œuvre avec une telle radicalité. »

En qualité de simple laïc, je trouve plus opportun qu’un clerc traite du fond de ces questions. Pour ne pas qu’on m’accuse de me défiler, j’indiquerai néanmoins le principal grief fait aux faux sacrements conciliaires (« messe » et « ordre ») et rappellerai que leur objectif est l’extinction du sacerdoce catholique.

Ainsi qu’évoqué supra, pour être valide, un sacrement doit réunir trois conditions : matière, forme et intention.

La matière et la forme de chaque sacrement ont été rappelées par l’Église dans différents textes. L’intention du ministre qui effectue le sacrement est considérée présente, s’il respecte la matière et la forme du sacrement.

La soi-disante « messe Paul VI » est invalide, car sa « forme » n’est pas conforme avec la forme rappelée par Exultate Deo du concile de Florence. Plus précisément, dans la « messe Paul VI », le « prêtre » n’est pas « in personna Christi » puisque les paroles de la consécration sont dites d’un point de vue narratif. L’auteur des paroles ne se les attribue plus, contrairement à ce qui est prévu pour une messe Saint Pie V.

Le soi-disant « sacrement de l’ordre » conciliaire est invalide, car la forme de ce « sacrement » n’est pas conforme à la forme rappelée par Pie XII dans la constitution apostolique, Sacramentum ordinis (1947)42. Pourtant, Pie XII avait bien terminé ce texte en écrivant que « nul n’aura donc le droit d’altérer la présente Constitution par Nous donnée ni de s’y opposer par une audace téméraire ».

En guise de « forme »43 à son faux sacrement, Paul VI utilise une formule qui ne fait aucunement mention des « effets sacramentels, à savoir le pouvoir d’ordre et la grâce de l’Esprit-Saint, paroles que l’Église accepte et emploie comme telles ».

Lisons-là, dans plusieurs traductions :

« Et maintenant, Seigneur, répand sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus-Christ, qu’il a lui-même donné aux Apôtres qui établirent l’Église en chaque lieu comme ton sanctuaire »44.

« Envoie maintenant sur cet élu la puissance qui vient de toi, l’Esprit souverain que tu as donné à Jésus-Christ, ton Fils-bien aimé, et qui de lui-même a donné aux Apôtres, qui ont fondé l’Église en tout lieux, comme ton sanctuaire »45.

Pas un mot, pas une virgule, ne fait mention au pouvoir d’ordre censé être transféré au futur « évêque ». Pas un…

Je supplie le lecteur de retenir ceci : C’EST POUR UN MOTIF RIGOUREUSEMENT IDENTIQUE QUE LEON XIII A JUGE LE SACREMENT DE L’ORDRE ANGLICAN INVALIDE !

Lisons la lettre apostolique du Saint-Père à ce sujet : « Or, jusqu’à nos jours, la plupart des anglicans ont regardé comme forme propre de l’ordination sacerdotale la formule : Reçois le Saint-Esprit ; mais ces paroles sont loin de signifier, d’une façon précise, le sacerdoce en temps qu’Ordre, la grâce qu’il confère ou son pouvoir, qui est surtout le pouvoir de consacrer et d’offrir le vrai corps et le vrai saint du Seigneur, dans le sacrifice, qui n’est pas le simple commémoration du sacrifice accompli sur la Croix »46.

On ne saurait être plus explicite.

Résumons :

– La forme « Reçois le Saint-Esprit » est jugée inappropriée au sacrement de l’ordre par Léon XIII, car, conformément à ce que rappelais Pie XII, « ces paroles sont loin de signifier, d’une façon précise, le sacerdoce en temps qu’Ordre, la grâce qu’il confère ou son pouvoir ».

– Les formes citées supra se bornent à une formule proche, en substance, de « Reçois le Saint-Esprit », et ne font aucune mention au « sacerdoce en temps qu’Ordre, la grâce qu’il confère ou son pouvoir ».

Une conclusion s’impose. 2 + 2 feront toujours 4. Les conditions requises pour qu’un sacrement soit valide ne sont pas réunies. Le couperet tombe : le prétendu « sacrement de l’ordre » conciliaire est invalide.

Ce « manque » concernant la forme du « sacrement » n’est guère surprenant quand on sait sur quoi s’est basé Paul VI pour instituer le dit « sacrement »… Dans la prétendue constitution apostolique Pontificalis romani, Montini nous apprenons que le forme du sacre a été piochée dans une prière issue de la « Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome ». Or, léger problème, selon certaines études citées par le comité Rore Santifica, la soi-disante tradition d’Hypolite de Rome… n’est pas un document authentique. Ainsi que nous allons le voir, la description du document faite par un conciliaire nous conforte dans cette conclusion.

Je préviens le lecteur que nous allons atteindre là une farce digne des plus belles farces dreyfusardes.

Qu’est donc précisément ce document, appelé Tradition apostolique d’Hippolyte de Rome ? Pour le savoir, donnons la parole à un « clerc » conciliaire, le « père » Jean-Claude Pompanon, peu suspect d’être sur les mêmes positions que votre serviteur.

Cela vaut son pesant d’or :

« D’une compilation canonique en usage à Alexandrie (L’ordonnance ecclésiastique égyptienne), les critiques (E. Schwartz en 1910 et R.H. Connoly en 1916) ont extrait un ensemble de documents archaïques qu’ils identifient avec la « Tradition apostolique » : un écrit perdu depuis l’Antiquité, mentionné avec d’autres œuvres d’Hippolyte dans une inscription trouvée à Rome sur le socle d’une statue du IIIe siècle. (cf. B. Botte, dans : Hippolyte, La Tradition apostolique, S. Chrétiennes, Cerf, n°11 bis, p.11-17).

Le texte publié dans les S. Chrétiennes est donc la reconstitution d’un rituel dont l’original est perdu, « mais que l’on croit deviner (reconstruire par « retroversion ») derrière de nombreux documents parallèles et visiblement apparenté ». (Jean-Claude Fredouille, R. Michel Roberge, La documentation patristique, p.30).

Selon A. Salles (Revue de l’histoire des religions, 1955, vol. 148, p.181-213), le texte généralement reçu sous le nom de « Tradition apostolique » est un document liturgique du IIIe siècle, apparenté à la liturgie orientale, en particulier égyptienne, et non pas un document romain. La liturgie baptismale romaine du IVe siècle est trop différente de ce document pour en être issue : elle appartient à une autre famille liturgique.

Selon J.M Hanssens (La liturgie d’Hippolyte, Romme, p.112(127), il s’agit d’un document alexandrin du début du IIIe siècle, et la liturgie qu’il décrit n’est pas une liturgie réelle mais idéale.

J.A Jungmann (Liturgie des christlichen Frühzeit bis auf Gregor den Grossen, Fribourg, 1967, p.67) maintenant au contraire que la « Tradition apostolique » est un ordo ecclésiastique publié à Rome vers 215 et qu’elle reproduit l’usage de l’Église de Rome vers l’an 200. (cf. B. Botte, S. Chr. 11 bis, p.16-17).

Le titre de cet écrit et son attribution à Hippolyte sont donc hypothétiques., Cependant, quelle que soit son origine, l’ancienneté de ce rituel en fait un document d’une importance capitale. Le nouveau rituel des ordinations épiscopales s’étant inspiré de ce document à l’origine discutée, des chrétiens peu avertis en ont conclu que les ordinations utilisant ce riturel étaient invalides. » 47

En résumé, la « Tradition d’Hippolyte de Rome », est, selon un spécialiste :

– Une « compilation »/« reconstitution » (SIC)

– de « documents archaïques »,

– « identifié[e] »,

– avec un « écrit perdu depuis l’Antiquité »,

– mais « mentionné » sur le « socle d’une statue du IIIe siècle »,

– dont « l’original est perdu »,

– et dont l’attribution à Hippolyte est finalement « hypothétique ».

On croit rêver ! Tout cela est-il bien sérieux ? Comment est-il possible de fonder un texte aussi indispensable à la survie de l’Église, que celui de la forme du sacrement de l’ordre, sur la base d’un texte « reconstitué », retrouvé sur le socle d’une statue (SIC), dont l’original est perdu, dont l’auteur est inconnu, et dont, pour résumer, l’authenticité est de toute évidence incertaine pour ne pas dire nulle ?

Un tel manque de rigueur et d’exactitude, pour un sujet si capital pour le salut des âmes, ne peut pas être imputé à de l’amateurisme : les modernistes qui ont fondé la religion conciliaire étaient tout sauf stupides. Ils ont sciemment agi en créant un « sacrement » invalide.

Pour plus de précisions concernant le sacrement de l’ordre, je renvoie donc aux travaux irréfutés de Rore Sanctifica.

Ainsi, les fausses réformes de l’imposteur Montini ne peuvent, par définition, être mises sur le même plan que les réformes introduites par des papes catholiques. D’un côté nous avons des réformes, peut-être inopportunes, mais toujours orthodoxes, de l’autre, nous avons la substitution de sacrements valides par de faux sacrements, ayant pour objectif la disparition, avec le temps, du sacerdoce catholique.

A.S : « Un changement théologique révolutionnaire a été fait par le pape François dans la mesure où il a approuvé la pratique de certaines Églises locales d’admettre dans des cas particuliers des adultères sexuellement actifs (qui cohabitent dans ce qu’on appelle des « unions irrégulières ») à recevoir la sainte communion. 

Même si ces normes locales ne représentent pas une norme générale au sein de l’Église, elles signifient néanmoins une négation pratique de la vérité divine de l’indissolubilité absolue d’un mariage sacramentel validé consommé. »

L’auteur rappelle ici à juste titre que Bergoglio, dans son enseignement supposément infaillible en matière de foi et de mœurs, considère que les relations sexuelles hors mariage ne sont plus des péchés mortels pour les divorcés remariés civilement. Amoris laetitia les considère comme des membres vivants de l’Église (point n°299), donc en état de grâce, malgré leurs relations sexuelles hors mariage. La morale catholique est ouvertement violée. Ce point ne fait pas débat.

A.S : « Son autre altération en matière de questions doctrinales est relative au changement de la doctrine biblique, d’une constance bimillénaire, sur le principe de la légitimité de la peine de mort. »

En effet, la peine de mort est autorisée par l’Église, mais prohibée dans la secte conciliaire. Dans le catéchisme de Saint Pie X, il est infailliblement enseigné qu’: « Il est permis de tuer son prochain quand on combat dans une guerre juste ; quand, par ordre de l’autorité suprême, on exécute une condamnation à mort, châtiment de quelque crime, et enfin quand on est en cas de nécessaire et légitime défense contre un injuste agresseur ».

Tandis que Bergoglio enseigne, par le « catéchisme de l’Église catholique » (article 2267) : « Aujourd’hui on est de plus en plus conscient que la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves. En outre, s’est répandue une nouvelle compréhension du sens de sanctions pénales de la part de l’État. On a également mis au point des systèmes de détention plus efficaces pour garantir la sécurité à laquelle les citoyens ont droit, et qui n’enlèvent pas définitivement au coupable la possibilité de se repentir.

C’est pourquoi l’Église enseigne, à la lumière de l’Évangile, que « la peine de mort est inadmissible car elle attente à l’inviolabilité et à la dignité de la personne »] et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde. »

La contradiction est manifeste, bien que Pie XI, dans Divini illius magistri (1929) enseigne infailliblement que « Dieu [qui] ne peut se contredire ».

A.S : « Le changement doctrinal suivant est représenté par l’approbation par le pape François de la phrase du document inter-religieux d’Abu Dhabi du 4 février 2019, qui affirme que la diversité des sexes ainsi que la diversité des races et la diversité des religions correspondent à la sage volonté de Dieu. Cette formulation en tant que telle exige une correction papale officielle, sans quoi elle contredira évidemment le Premier commandement du Décalogue et l’enseignement sans équivoque et explicite de Notre Seigneur Jésus-Christ, de telle sorte qu’elle contredit la Révélation divine. »

Formidable ! Athanasius Schneider reconnait que le texte signé par Bergoglio à Abu Dhabi est contraire à la Révélation divine… Ajoutons qu’il est vrai que la division religieuse ne peut pas résulter de la volonté de Dieu, car cela signifierait que Dieu puisse faire le mal. Or ceci est impossible. Le Bon Dieu peut permettre le mal, en vue d’un plus grand bien, mais jamais le faire ou le vouloir: « Dieu lui-même, dans sa providence, quoique infiniment bon et tout-puissant, permet néanmoins l’existence de certains maux dans le monde, tantôt pour ne point empêcher des biens plus grands, tantôt pour empêcher de plus grands maux »48.

A.S : « Sur cette toile de fond demeure l’épisode impressionnant et qui donne à réfléchir de la vie du pape Pie IX, qui à la demande d’un groupe d’évêques suggérant une modification minime du Canon de la messe (il s’agissait d’introduire le nom de saint Joseph), répliqua : « Je ne peux pas faire cela. Je ne suis que le pape ! »

Chaque pape et tous les fidèles devraient dire assidûment, spécialement en notre temps, la prière ci-dessous de Dom Prosper Guéranger, dans laquelle il loue le saint pape Léon II pour sa défense énergique de l’intégrité de la foi à l’issue de la crise causée par le pape Honorius Ier :

« Prévenez, ô Léon, le retour de situations à ce point douloureuses. Soutenez le pasteur au-dessus de la région des brouillards perfides qui s’élèvent de la terre ; entretenez dans le troupeau cette prière qui sans cesse doit monter à Dieu pour lui de l’Église (Act. XII, 5) : et Pierre, fût-il enseveli au fond des plus obscurs cachots, ne cessera point de contempler le pur éclat du Soleil de justice ; et le corps entier de la sainte Église sera dans la lumière. Car, dit Jésus, le corps est éclairé par l’œil : si l’œil est simple, le corps entier resplendit (Matth. VI, 22).

« Nous connaissons maintenant la force du roc qui porte l’Église ; nous savons que les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle (Matth. XVI, 18). Car jamais l’effort de ces puissances de l’abîme n’alla plus loin que dans la triste crise [du pape Honorius] à laquelle vous avez mis un terme ; or leur succès, si douloureux qu’il fût, n’était point à l’encontre des promesses divines : ce n’est point au silence de Pierre [du pape Honorius et au son soutien de l´hérésie], mais à son enseignement, qu’est promise l’immanquable assistance de l’Esprit de vérité » (L’Année Liturgique, Paris 1911, Le temps après la Pentecôte, Tome 3, pp. 403-404).

Le cas extrêmement rare d’un pape hérétique ou semi-hérétique doit en définitive être enduré dans la souffrance à la lumière de la foi au caractère divin et en l’indestructibilité de l’Église et de l’office pétrinien. Saint Léon le Grand formula cette vérité, en disant que la dignité de saint Pierre n’est pas amoindrie dans ses successeurs quelle que soit leur indignité : « Cuius dignitas etiam in indigno haerede non deficit » (Serm. 3, 4). »

A nouveau, qu’est-ce qu’un semi-hérétique ? Cette notion n’existe pas dans le catholicisme.

A.S : « On pourrait se trouver dans la situation véritablement extravagante d’un pape qui pratique l’abus sexuel de mineurs ou de subordonnés au Vatican. Que devrait faire l’Église dans une telle situation ? L’Église devrait-elle tolérer un prédateur sexuel papal de mineurs ou de subordonnés ? Pendant combien de temps l’Église devrait-elle tolérer un tel pape ? Devrait-il perdre la papauté ipso facto en raison de l’abus sexuel de mineurs de subordonnés ? Dans une telle situation une nouvelle théorie ou opinion canonique ou théologique pourrait apparaître, visant à permettre la déposition d’un pape et la perte de son office en raison de crimes moraux monstrueux (par exemple, l’abus sexuel de mineurs et de subordonnés). Une telle opinion serait la contrepartie de l’opinion permettant la déposition d’un pape et la perte de son office à cause de l’hérésie. Cependant, une telle nouvelle théorie ou opinion (la déposition d’un pape et la perte de son office en raison de crimes sexuels) ne correspondrait certainement pas à l’esprit et à la pratique pérennes de l’Église. »

Alerte schutzpa conciliaire ! L’auteur sème la confusion.

Première mise au point : aucun pape n’a jamais été déposé par l’Église.

Les papes sont des hommes, donc par définition, et dans des mesures différentes selon les cas, ils sont pécheurs. Les papes n’ont aucune assistance divine leur attribuant l’« impeccabilité ». Des papes ont eu des mœurs douteuses, à commencer par Jean XII. Aucun théologien d’envergure à ma connaissance n’a jamais fait des mœurs douteuses un motif de déposition du pape.

En matière d’enseignement en matière de foi et de mœurs, les papes bénéficient d’une assistance divine qui les protège contre l’erreur.

Ultime radotage : en tout état de cause, un pape ne peut pas être hérétique.

A.S : « La tolérance d’un pape hérétique comme une croix n’équivaut pas à la passivité ou à l’approbation de ses mauvaises actions. On doit faire tout ce qui est possible pour remédier à la situation d’un pape hérétique. Porter la croix d’un pape hérétique ne signifie en aucune circonstance le consentement à ses hérésies ou la passivité. » 

La même question se pose toujours : qui décide que l’enseignement d’un pape soit hérétique ou pas ? Ne devine-t-on pas que si pareille hypothèse était possible, évêques et fidèles auraient immanquablement des désaccords entre eux, faute de juge suprême tranchant la discussion ?

Depuis quand les catholiques ont-il le droit de trier dans l’enseignement de l’Église ce qui relève de la vérité catholique ou de l’hérésie ? Depuis quand d’ailleurs se glisserait dans l’enseignement de l’Église des hérésies ? Parle-t-on bien de la même chose ? L’enseignement de l’Église catholique est par définition orthodoxe, comme nous le rappelle infailliblement Léon XIII : « [Les chrétiens ] reçoivent de l’Église la règle de leur foi ; ils savent avec certitude qu’en obéissant à son autorité et en se laissant guider par elle, ils seront mis en possession de la vérité »49.

A.S : « De même des gens ont à supporter, par exemple, un régime inique ou athée telle une croix (combien de catholiques ont vécu sous un tel régime dans l’Union soviétique, et supporté cette situation comme une croix en esprit d’expiation) ; ou des parents qui doivent supporter comme une croix un enfant adulte devenu incroyant ou immoral ; ou des membres d’une famille obligés de supporter comme une croix, par exemple, un père alcoolique. Les parents ne peuvent pas « déposer » leur enfant dévoyé de son appartenance à leur famille, de même que les enfants ne peuvent pas « déposer » leur père dévoyé de l’appartenance à leur famille ou de son titre de « père ».

La voie plus sûre qui consiste à ne pas déposer un pape hérétique représente une vision plus surnaturelle de l’Église. Cette voie, avec ses contre-mesures et contre-réactions pratiques et concrètes, ne signifie d’aucune façon la passivité ou la collaboration avec les erreurs papales, mais un engagement très actif et une vraie compassion à l’égard de l’Église, qui, au temps d’un pape hérétique ou semi-hérétique, fait l’expérience de son Golgotha. Plus un pape répand des ambiguïtés doctrinales, des erreurs ou même des hérésies, plus lumineuse sera la foi catholique pure qui brille dans les petits dans l’Église : la foi d’enfants innocents, de sœurs religieuses, la foi tout spécialement des religieuses cloîtrées, qui sont les joyaux cachés de l’Église, la foi des laïcs héroïques et vertueux de toutes conditions sociales, la foi de prêtres et d’évêques individuels. Cette flamme pure de la foi catholique, souvent nourrie de sacrifices et d’actes d’expiation, brillera plus vive que la lâcheté, l’infidélité, la rigidité spirituelle et l’aveuglement d’un pape hérétique.

L’Église est d’un tel caractère divin qu’elle peut exister et vivre pendant une période de temps limitée nonobstant un Pape régnant hérétique, précisément en raison de cette vérité : le pape n’est pas synonyme de l’Église et il ne lui est pas identique. L’Église est d’un tel caractère divin que même un pape hérétique n’est pas capable de détruire l’Église, même s’il endommage gravement sa vie, et pourtant son action n’a qu’une durée limitée. »

L’Église est d’un tel caractère divin qu’un pape hérétique ne peut pas exister.

A.S : « La foi de l’Église tout entière est plus grande et plus forte que les erreurs d’un pape hérétique et cette foi ne peut pas être vaincue, pas même par un pape hérétique. La constance de l’Église tout entière est plus grande et plus durable que le désastre relativement passager d’un pape hérétique. La vraie pierre sur laquelle réside l’indestructibilité de la foi et de la sainteté de l’Église est le Christ lui-même, le pape n’étant que son instrument, de même que chaque prêtre ou évêque est seulement un instrument du Christ, le Souverain Prêtre.

La santé doctrinale et morale de l’Église ne dépend pas exclusivement du pape, puisque de par la loi divine la santé doctrinale et morale de l’Église est garantie dans les situations extraordinaires d’un pape hérétique par la fidélité de l’enseignement des évêques, et au bout du compte aussi par la fidélité de la totalité des fidèles laïcs, comme l’ont suffisamment démontré le bienheureux John Henry Newman et l’histoire. »

Où l’auteur est-il allé chercher pareilles aberrations ? Nous l’avons vu : dans Lumen gentium. Selon l’auteur, les évêques et les fidèles laïcs sont les garants de la foi catholiques contre le pape ! Or, le Magistère enseigne l’inverse : le pape est l’ultime bouclier de la foi.

A.S : « La santé morale et doctrinale de l’Église n’est pas à ce point dépendante des erreurs doctrinales relativement passagères d’un pape unique qu’elle impliquerait de ce fait la vacance du siège papal. Tout comme l’Église peut supporter un temps son pape, comme cela s’est déjà produit dans l’histoire pour une période pouvant aller jusqu’à plusieurs années, de même l’Église est par constitution divine si forte qu’elle peut également supporter un éphémère pape hérétique.

L’acte de déposition d’un pape pour cause d’hérésie ou la déclaration de la vacance du siège papal en raison de la perte de la papauté ipso facto de la part d’un pape hérétique constituerait une nouveauté révolutionnaire dans la vie de l’Église, et ce en regard d’une question de haute importance concernant la constitution et la vie de l’Église. »

Précision au passage. Les imposteurs, de Jean XXIII à Bergoglio, n’ont jamais perdu leur charge de pape : ils n’ont jamais été pape.

A.S : « Il faut suivre, dans une affaire aussi délicate – même si elle est de nature pratique et non strictement doctrinale – la voie plus sûre (via tutior) du sens pérenne de l’Église. Nonobstant le fait que trois conciles œcuméniques successifs (le troisième concile de Constantinople en 681, le deuxième concile de Nicée en 787, et le quatrième concile de Constantinople en 870), et le saint pape Léon II en 682, ont excommunié le pape Honorius Ier pour cause d’hérésie, ils n’ont pas déclaré, pas même implicitement, qu’Honoris Ier avait perdu la papauté ipso facto pour cause d’hérésie. En fait, le pontificat d’Honorius Ier a été considéré valide même après son soutien à l’hérésie dans ses lettres au patriarche Serge en 634, puisqu’il a régné encore quatre ans après cela, jusqu’en 638. »

Ce soi-disant soutien d’Honorius dans les fameuses lettres au patriarche Sergius est un mythe réduit en poussière par Saint Alphonse de Liguori et beaucoup d’autres. A nouveau, donnons la parole à Saint Alphonse : « Si Honorius avait embrassé dans ses lettres l’erreur de Sergius, il aurait failli comme homme privé dans ces mêmes lettres, qui n’étaient pas des encycliques, mais des écrits privés, et nullement comme Pontife et Docteur universel de l’Église. Mais, en présence des passages que nous avons empruntés ci-dessus à ces lettres d’Honorius, il nous est impossible de comprendre comment on pourrait le condamner comme hérétique »50.

Athanasius Schneider fonde toute sa théorie sur un postulat erroné. Un mauvais arbre produit de mauvais fruits.

A.S : « Le principe suivant, formulé par le saint pape Étienne Ier (+ 257), bien que dans un contexte différent, doit constituer une ligne directrice quant au traitement du cas très délicat et rare d’un pape hérétique : « Nihil innovetur, nisi quod traditum est », c’est-à-dire : « Que l’on n’innove rien en dehors de ce que porte la tradition. » »

Monsieur Schneider, conciliaires de bonne foi, de grâce, ouvrez les yeux et cessez de repousser l’échéance : la secte conciliaire n’est pas l’Église catholique !

Notes :

1 Etsi multa luctuosa, 21 novembre 1873, lettre encyclique de Pie IX.

2Libertas praestantissimum, lettre encyclique du 20 juin 1888, pape Léon XIII.

3 Quartus Supra, lettre encyclique du 6 janvier 1873, pape Pie IX.

4 Ibid.

5 Notamment celui de Guy Pagès. Athanasius Schneider en a également parlé sur TV Libertés.

6 Le catéchisme de Saint Pie X nous rappelle que : « les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Église de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs ».

7Libertas, praestantissimum, lettre encyclique 20 juin 1888, pape Léon XIII.

8 « Ainsi, Honorius déclare qu’il y a en Jésus-Christ un seul opérateur, mais deux opérations, selon les deux natures qui étaient unies dans sa personne, et dont chacune avait ses opérations propres ». Le suprême pontificat considéré dans sa nécessité, son autorité et son infaillibilité, Saint Alphonse de Liguori, texte publié dans l’ouvrage de compilation Du pape et du concile, Père Jules Jacques, H. Casterman (1869), p. 175.

9 « Si Honorius avait embrassé dans ses lettres l’erreur de Sergius, il aurait failli comme homme privé dans ces mêmes lettres, qui n’étaient pas des encycliques, mais des écrits privés, et nullement comme Pontife et Docteur universel de l’Église. Mais, en présence des passages que nous avons empruntés ci-dessus à ces lettres d’Honorius, il nous est impossible de comprendre comment on pourrait le condamner comme hérétique ». Le suprême pontificat considéré dans sa nécessité, son autorité et son infaillibilité, Saint Alphonse de Liguori, texte publié dans l’ouvrage de compilation Du pape et du concile, Père Jules Jacques, H. Casterman (1869), p. 178-179.

10 Le suprême pontificat considéré dans sa nécessité, son autorité et son infaillibilité, Saint Alphonse de Liguori, texte publié dans l’ouvrage de compilation Du pape et du concile, Père Jules Jacques, H. Casterman (1869), p. 177.

11 Les conciles œcuméniques, Les décrets, de Nicée à Latran V, Edition du Cerf (1994), p.135.

12 Divini illius Magistri, lettre encyclique du 31 décembre 1929, pape Pie XI.

13 Histoire générale de l’Église, L’Église et le monde barbare, Fernand Mourret, Librairie Bloud et gay (1920), p.106.

14 Histoire générale de l’Église, tome 15, abbé J. – E Darras, Louis Vivès, libraire-éditeur, (1871), p.524.

15 La primauté et l’infaillibilité des souverains pontifes, leçons d’histoire, abbé Louis Nazaire Bégin, L.H. Huot éditeurs (1873), p.239.

16 Histoire générale de l’Église, L’Église et le monde barbare, Fernand Mourret, Librairie Bloud et gay (1920), p.117.

17 Ibid., p.119.

18 L’histoire et l’infaillibilité des papes, tome 2, abbé Benjamin Marcelin Constant, J. B. Pélagaud (1859), p.215.

19 Réponses aux dernières objections contre la définition de l’infaillibilité du pontife romain, Dom Prosper Guéranger, P.N Josserand éditeurs (1870), p.18-19.

20 Pastor Aeternus, concile Vatican I.

21 Quartus Supra, lettre encyclique du 6 janvier 1873, pape Pie IX.

22 Code de droit canon, Livre IV, première partie, Livre I, section I, Titre I, article 1556.

23 A moins qu’il n’ait fait semblant de ne pas l’avoir compris…

24 Le catéchisme de Saint Pie X enseigne que sont schismatiques « les chrétiens qui, ne niant explicitement aucun dogme, se séparent volontairement de l’Église de Jésus-Christ ou des légitimes pasteurs ».

25 La formule est du cardinal Pie.

26 Mortalium animos, 6 janvier 1928, lettre encyclique du pape Pie XI.

27 Quartus Supra, lettre encyclique du 6 janvier 1873, pape Pie IX.

28 Dissertation sur l’autorité du pontife romain, au sujet de la 29e proposition condamnée par Alexandre VIII, texte publié dans l’ouvrage de compilation Du pape et du concile, Père Jules Jacques, H. Casterman (1869), p.406.

29 Le suprême pontificat considéré dans sa nécessité, son autorité et son infaillibilité, Saint Alphonse de Liguori, texte publié dans l’ouvrage de compilation Du pape et du concile, Père Jules Jacques, H. Casterman (1869), p.34.

30 Immortale Dei, 1er novembre 1885, lettre encyclique du pape Léon XIII.

31 Mortalium animos, 6 janvier 1928, lettre encyclique du pape Pie XI.

32 Décret sur les sacrements, canon I.

33 Catéchisme de Saint Pie X.

34  Décrétales « Pastoralis » d’Innocent III

35 Jean-Claude Pompanon, Le sacrement de l’ordre, François-Xavier de Guibert (2014), p.270.

36 Le catéchisme de Persévérance de Mgr Gaume a reçu un Bref apostolique en 1842 de la part de Grégoire XVI.

37 Catéchisme de Persévérance, tome IV, Gaume et Cie éditeurs (1889), p.286.

38 « La matière, telle du moins que Nous la considérons ici, est l’imposition des mains ».

39 Un article ultérieur traitera de cette question.

40 Satis Cognitum, 29 juin 1896, lettre encyclique du pape Léon XIII.

41 La semaine sainte réformée sous Pie XII, bref examen critique, Abbé Olivier Riout, éditions Saint Agobard (2017), p.54.

42 La forme du sacrement de l’ordre est composée par : « les paroles qui déterminent l’application de cette matière, paroles qui signifient d’une façon univoque les effets sacramentels, à savoir le pouvoir d’ordre et la grâce de l’Esprit-Saint, paroles que l’Église accepte et emploie comme telles. » Sacramentum Ordinis.

43 Que l’on retrouve dans Pontificalis romani.

44 Traduction cité dans l’ouvrage « 60 ans de religion conciliaire » du Collectif Saint Robert Bellarmin.

45 Traduction de la Revue liturgique, La Maison-Dieu, n°94.

46 Lettre apostolique, Apostolicae Curae, 13 septembre 1896.

47 Le sacrement de l’ordre, Jean-Claude Pompanon, éditions François-Xavier de Guibert (2014), p.100.

48 Libertas praestantissimum, 20 juin 1888, lettre encyclique de Léon XIII.

49 Sapientiae Christianae, 10 janvier 1890, lettre encyclique du pape Léon XIII.

50 Le suprême pontificat considéré dans sa nécessité, son autorité et son infaillibilité, Saint Alphonse de Liguori, texte publié dans l’ouvrage de compilation Du pape et du concile, Père Jules Jacques, H. Casterman (1869), p. 178-179.

Réfutation des élucubrations conciliaires d’Athanasius Schneider (Adrien Abauzit) en PDF

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