Le pape, c’est « celui dont la foi ne saurait défaillir [afin qu’il] guérisse les blessures faites à la foi » enseigne le pape Pie IX, dans un document infaillible. Voyons plus loin.

Citations explicites issues des Saints-Pères sur la permanence de la foi du Pape

• Saint Alphonse Marie de Liguori, dans son ouvrage Vindiciae pro suprema romani pontificis auctoritate, rapporte :

Saint Agathon, dans une lettre à l’empereur Constantin, approuvée par le sixième synode de Constantinople, après les mots « Mais j’ai prié pour vous (…) » a écrit : « Ici, le Seigneur a promis que la foi de Pierre ne s’en irait pas échouer, ce que tout le monde sait que les pontifes prédécesseurs de ma petitesse ont toujours fait. »

Saint Léon le Grand a également écrit dans sa lettre à Pierre d’Antioche : « Il est sans doute le seul pour qui, afin que sa foi ne manque pas, le Seigneur et le Sauveur prétend avoir prié en disant : « J’ai prié pour vous (…) » Cette prière vénérable et efficace a obtenu que désormais la foi de Pierre ne soit pas un échec, et on ne croit pas non plus qu’il échouera sur son trône. »

Pour cette raison, Innocent III écrivit alors : « Celui qui sait que le Seigneur a prié pour que la foi de Pierre ne manque pas, sache que les causes les plus importantes de l’Église, en particulier celles concernant les articles de foi, doivent provenir de son regard. »

• Voici une déclaration historiquement convaincante affirmant que la prière de Notre Seigneur Jésus-Christ ne peut pas échouer, et donc que la foi de Pierre ne s’échoue pas : elle fait partie d’une réponse au patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire, écrite par le cardinal Humberto et signée par le pape Saint Léon IX. La lettre date de 1053 :

« Chapitre 7. La Sainte Église a été construite sur une pierre, c’est-à-dire sur le Christ et sur Pierre ou Céphas, fils de Jean, appelé d’abord Simon. Elle a été construite de cette manière de façon à ce qu’elle n’ait jamais pu être prévalue par les portes de l’enfer, c’est-à-dire par des opinions hérétiques qui mènent les imprudents à la perdition. Telle est la promesse de la Vérité elle-même qui est la cause de toute vérité : « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt XVI, 18). Le Fils de Dieu lui-même témoigne que par ses prières il a obtenu du Père l’accomplissement de cette promesse au Père, car il a dit à Pierre : « Simon, Simon, vois que Satan est après toi (…) mais j’ai prié pour toi dans l’ordre afin que ta foi ne périsse pas » (Luc XXII, 31-32) Y aura-t-il donc quelqu’un de si insensé qu’il ose penser que la prière de celui dont la volonté est le pouvoir de faire manque d’effet ? N’est-ce pas pour le siège du prince des apôtres, à savoir pour cette église romaine, à la fois pour ce même Pierre et pour ses successeurs, que toutes les inventions des hérétiques sont condamnées, exposées et défaites ? Les cœurs des frères ne sont-ils pas renforcés dans la foi de Pierre qui n’a pas échoué jusqu’à présent ni ne va échouer jusqu’à la fin des temps ? »

• Pie IX a infailliblement enseigné, dans sa Lettre Apostolique Ad Apostolicae du 22 août 1851 (cf. la dernière phrase du dernier paragraphe), qui condamne les doctrines de Jean Népomucène Nuytz, professeur à l’Université royale de Turin et prohibe un de ses ouvrages (Institutions de droit ecclésiastique), ceci :

« Il importe, en effet, que celui dont la foi ne saurait défaillir guérisse les blessures faites à la foi. »

• Pie IX parle bien du pape compris comme personne – de toute façon, peut-on envisager le pape sans la personne ? dans la réalité, le pape sans la personne, qu’est-ce ? -. Dès lors, si la personne du pape a une foi qui ne peut défaillir, il est bien logique que le pape soit infaillible comme docteur public – certes, l’infaillibilité du pape n’est pas à entendre en un sens maximaliste, mais même s’il n’est pas infaillible en tant que docteur privé (comme lorsqu’il dit un sermon, par exemple, cf. ci-dessous), on croit bien qu’il a aussi ici une protection spéciale, selon laquelle il ne peut pas s’entêter dans l’hérésie et devenir hérétique. En effet, Mgr Fessler réfute l’interprétation maximaliste de l’infaillibilité : dans le cadre de sa mise au point relative au champ d’application de l’infaillibilité, il dresse une liste de tous les cas dans lesquels l’infaillibilité n’est pas engagée. Il relève ainsi, dans La vraie et la fausse infaillibilité des papes, E. Plon et Cie, 1873, p. 93-94 :

– « Ce qu’ont pu dire les Papes dans les circonstances journalières de la vie, ou ce qu’ils ont pu écrire dans leurs livres (quand ils en ont composés), ou dans des lettres ordinaires, tout cela n’est pas décisions dogmatiques, jugements ex cathedra ».

– « Les jugements portés par les Papes, même dans les décrets solennels qu’en vertu de leur suprême pouvoir de juridiction ils publient en matière de législation disciplinaire, dans leurs sentences judiciaires et pénales, ou dans les autres actes concernant le gouvernement de l’Église, qu’ils soient adressés d’ailleurs à des particuliers ou à l’Église tout entière, tout cela ne constitue pas non plus des décisions dogmatiques, des jugements infaillibles ex cathedra ».

– « En outre, quand il existe une réelle et véritable décision dogmatique du Pape, on ne doit considérer et accepter comme jugement ex cathedra que ce qui est expressément désigné comme la définition, et non ce qui s’y trouve de plus ou accessoirement ».

• Ces précisions sont de bon sens, car aucun fondement théologique n’indique que l’infaillibilité doit être étendue à tous les actes de la vie du pape. Pour éviter toute équivoque, Pastor Aeternus précise d’ailleurs bien que le pape ne parle ex cathedra que lorsqu’il remplit « sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens… », en d’autres termes, lorsqu’il agit dans le cadre de ses fonctions officielles, ce qui exclut ses actes de vie privée, et ce que les théologiens ont nommé, à la suite de saint Robert Bellarmin, « docteur privé ». Par ailleurs, quelques années avant le concile du Vatican, Monseigneur Louis-Gaston de Ségur écrivait que (Le souverain pontife, Librairie Saint Joseph, 1867, p. 207) :

« Le Pape est infaillible quand il enseigne comme Pape, non quand il parle comme simple particulier ; ici, comme toujours, arrive la distinction du Pape et de l’homme, du Vicaire de Dieu et du simple mortel. Dans les actes officiels de son ministère, et dans ces actes seulement, le Pape parle ex cathedra Petri ».

• Si l’on peut distinguer abstraitement la personne de la papauté, peut-on cependant séparer, dans le pape, la personne de la papauté ? Si Pie IX avait voulu faire référence à la papauté comme institution non actualisée dans la personne, il aurait dit « que celui qui est revêtu du charisme dont la foi ne saurait défaillir », de même, un office (le Saint-Siège, ou un siège épiscopal) ne peut avoir ni perdre la foi, alors qu’une personne, si. Et le Christ a dit « ego rogavi pro te ut non deficiat fides TUA », il n’a pas dit « ego rogavi pro te ut non deficiat fides OFFICII TUI ». C’est forcer les paroles sinon. Et c’est précisément parce que le Pape possède cette protection dans la Foi (« J’ai prié pour que ta foi ne défaille point » dit Notre Seigneur à Saint Pierre) que l’on peut s’en remettre à lui en toute quiétude. Dieu fait bien les choses.

• L’infaillibilité de la prière de Notre Seigneur pour garantir l’infaillibilité de la foi de Pierre (et donc la foi de Pierre est indéfectible, sauf s’il renonce à la papauté par abdication, comme nous l’avons vu plus haut, car alors, plus pape, il n’est plus protégé spécialement en matière de foi) se trouve dans un document intrinsèquement infaillible, faisant partie du magistère universel ordinaire de l’Église. Ainsi, le pape Léon XIII, dans son encyclique Satis cognitum, enseigne :

« Et parce qu’il est nécessaire que tous les chrétiens soient liés entre eux par la communauté d’une foi immuable, c’est pour cela que par la vertu de Ses prières, Jésus-Christ Notre-Seigneur a obtenu à Pierre que, dans l’exercice de son pouvoir, sa foi ne défaillît jamais. « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point » (Luc, XXII, 32). Et Il a ordonné, en outre, toutes les fois que les circonstances le demanderaient, de communiquer lui-même à ses frères la lumière et l’énergie de son âme : « Confirme tes frères » (Ibid). Celui donc qu’Il avait désigné comme le fondement de l’Église, Il veut qu’il soit la colonne de la foi. « Puisque de Sa propre autorité Il lui donnait le royaume, ne pouvait-il pas affermir sa foi, d’autant que, en l’appelant Pierre, Il le désignait comme le fondement qui devait affermir l’Église ? » (St. Ambrosius de Fide, IV, n. 56).

• Dernier point, et non des moindres, avec un contenu provenant du magistère extraordinaire, et plus précisément du Concile du Vatican, en sa Constitution dogmatique Pastor Æternus, chapitre 4, stipulant :

« Leur doctrine apostolique a été reçue par tous les Pères vénérés, révérée et suivie par les saints docteurs orthodoxes. Ils savaient parfaitement que ce siège de Pierre demeurait pur de toute erreur, aux termes de la promesse divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : « J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Luc 22, 32). (…) Ce charisme de vérité et de foi à jamais indéfectible a été accordé par Dieu à Pierre et à ses successeurs en cette chaire, afin qu’ils remplissent leur haute charge pour le salut de tous, afin que le troupeau universel du Christ, écarté des nourritures empoisonnées de l’erreur, soit nourri de l’aliment de la doctrine céleste, afin que, toute occasion de schisme étant supprimée, l’Église soit conservée tout entière dans l’unité et qu’établie sur son fondement elle tienne ferme contre les portes de l’enfer. »

Une telle coïncidence de tant d’autorités, dont une issue d’une définition dogmatique (de fait, un ensemble tel de citations rend impossible l’hypothèse d’une simple coïncidence, car comme on dit : avec trop de coïncidences, il n’est plus question de coïncidences) chez lesquelles il est expressément affirmé que la prière de Notre Seigneur ne peut échouer afin que la foi de Pierre et de ses successeurs n’échoue pas nous oblige à croire que la foi d’aucun pape ne peut échouer.

Si un pape n’est pas une personne dont la foi échoue, un pape peut-il être une personne dont la foi échoue… ?

Brève conclusion

Le théologien néerlandais Albert Pighius (1490-1542) avait donc raison, du moins les papes lui donnent raison : le pape, même comme docteur privé, ne peut pas être ou devenir hérétique. Et quand bien même, selon les théologiens les plus autorisés après le concile du Vatican (1870), la doctrine commune sur « le pape hérétique », comme docteur privé (encore une fois : car, comme docteur public, le pape ne peut pas enseigner l’hérésie ; enseignant soit par le magistère ordinaire et universel soit par le magistère extraordinaire, le pape est infaillible, et ne peut nécessairement pas enseigner l’hérésie ou même l’erreur dans la foi ; le concile du Vatican a été très clair là-dessus – prétendre le contraire, c’est tomber dans l’hérésie gallicane) « est qu’il pourrait tomber dans l’hérésie et ipso facto être déchu de sa charge », nous pensons qu’il est plus sage de suivre ce qu’enseignent les Saints-Pères – notamment en se basant sur ce conseil de saint Thomas d’Aquin : « Il faut s’en tenir à la sentence du Pape à qui il appartient de prononcer en matière de foi, plutôt qu’à l’opinion de tous les sages. » (Quaestiones quodlibetales, question 9, a. 16).

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