Le pape, c’est « celui dont la foi ne saurait défaillir [afin qu’il] guérisse les blessures faites à la foi » enseigne le pape Pie IX, dans un document infaillible. Le pape Pie XII, dans son allocution aux fidèles Ancora una volta (20 février 1949), enseigne que le pape « a les promesses divines; même dans sa faiblesse humaine, il est invincible et inébranlable; annonceur de la vérité et de la justice, principe de l’unité de l’Église, sa voix dénonce les erreurs, les idolâtries, les superstitions, condamne les iniquités, fait aimer la charité et les vertus ». Voyons plus loin.

Citations explicites issues des Saints-Pères sur la permanence de la foi du Pape

• Saint Alphonse Marie de Liguori, dans son ouvrage Vindiciae pro suprema romani pontificis auctoritate, rapporte :

Saint Agathon, dans une lettre à l’empereur Constantin, approuvée par le sixième synode de Constantinople, après les mots « Mais j’ai prié pour vous (…) » a écrit : « Ici, le Seigneur a promis que la foi de Pierre ne s’en irait pas échouer, ce que tout le monde sait que les pontifes prédécesseurs de ma petitesse ont toujours fait. »

Saint Léon le Grand a également écrit dans sa lettre à Pierre d’Antioche : « Il est sans doute le seul pour qui, afin que sa foi ne manque pas, le Seigneur et le Sauveur prétend avoir prié en disant : « J’ai prié pour vous (…) » Cette prière vénérable et efficace a obtenu que désormais la foi de Pierre ne soit pas un échec, et on ne croit pas non plus qu’il échouera sur son trône. »

Pour cette raison, Innocent III écrivit alors : « Celui qui sait que le Seigneur a prié pour que la foi de Pierre ne manque pas, sache que les causes les plus importantes de l’Église, en particulier celles concernant les articles de foi, doivent provenir de son regard. »

• Voici une déclaration historiquement convaincante affirmant que la prière de Notre Seigneur Jésus-Christ ne peut pas échouer, et donc que la foi de Pierre ne s’échoue pas : elle fait partie d’une réponse au patriarche de Constantinople, Michel Cérulaire, écrite par le cardinal Humberto et signée par le pape Saint Léon IX. La lettre date de 1053 :

« Chapitre 7. La Sainte Église a été construite sur une pierre, c’est-à-dire sur le Christ et sur Pierre ou Céphas, fils de Jean, appelé d’abord Simon. Elle a été construite de cette manière de façon à ce qu’elle n’ait jamais pu être prévalue par les portes de l’enfer, c’est-à-dire par des opinions hérétiques qui mènent les imprudents à la perdition. Telle est la promesse de la Vérité elle-même qui est la cause de toute vérité : « les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt XVI, 18). Le Fils de Dieu lui-même témoigne que par ses prières il a obtenu du Père l’accomplissement de cette promesse au Père, car il a dit à Pierre : « Simon, Simon, vois que Satan est après toi (…) mais j’ai prié pour toi dans l’ordre afin que ta foi ne périsse pas » (Luc XXII, 31-32) Y aura-t-il donc quelqu’un de si insensé qu’il ose penser que la prière de celui dont la volonté est le pouvoir de faire manque d’effet ? N’est-ce pas pour le siège du prince des apôtres, à savoir pour cette église romaine, à la fois pour ce même Pierre et pour ses successeurs, que toutes les inventions des hérétiques sont condamnées, exposées et défaites ? Les cœurs des frères ne sont-ils pas renforcés dans la foi de Pierre qui n’a pas échoué jusqu’à présent ni ne va échouer jusqu’à la fin des temps ? »

• Pie IX a infailliblement enseigné, dans sa Lettre Apostolique Ad Apostolicae du 22 août 1851 (cf. la dernière phrase du dernier paragraphe), qui condamne les doctrines de Jean Népomucène Nuytz, professeur à l’Université royale de Turin et prohibe un de ses ouvrages (Institutions de droit ecclésiastique), ceci :

« Il importe, en effet, que celui dont la foi ne saurait défaillir guérisse les blessures faites à la foi. »

• Pie IX parle bien du pape compris comme personne – de toute façon, peut-on envisager le pape sans la personne ? dans la réalité, le pape sans la personne, qu’est-ce ? -. Dès lors, si la personne du pape a une foi qui ne peut défaillir, il est bien logique que le pape soit infaillible comme docteur public – certes, l’infaillibilité du pape n’est pas à entendre en un sens maximaliste, mais même s’il n’est pas infaillible en tant que docteur privé (comme lorsqu’il dit un sermon, par exemple, cf. ci-dessous), on croit bien qu’il a aussi ici une protection spéciale, selon laquelle il ne peut pas s’entêter dans l’hérésie et devenir hérétique. En effet, Mgr Fessler réfute l’interprétation maximaliste de l’infaillibilité : dans le cadre de sa mise au point relative au champ d’application de l’infaillibilité, il dresse une liste de tous les cas dans lesquels l’infaillibilité n’est pas engagée. Il relève ainsi, dans La vraie et la fausse infaillibilité des papes, E. Plon et Cie, 1873, p. 93-94 :

– « Ce qu’ont pu dire les Papes dans les circonstances journalières de la vie, ou ce qu’ils ont pu écrire dans leurs livres (quand ils en ont composés), ou dans des lettres ordinaires, tout cela n’est pas décisions dogmatiques, jugements ex cathedra ».

– « Les jugements portés par les Papes, même dans les décrets solennels qu’en vertu de leur suprême pouvoir de juridiction ils publient en matière de législation disciplinaire, dans leurs sentences judiciaires et pénales, ou dans les autres actes concernant le gouvernement de l’Église, qu’ils soient adressés d’ailleurs à des particuliers ou à l’Église tout entière, tout cela ne constitue pas non plus des décisions dogmatiques, des jugements infaillibles ex cathedra ».

– « En outre, quand il existe une réelle et véritable décision dogmatique du Pape, on ne doit considérer et accepter comme jugement ex cathedra que ce qui est expressément désigné comme la définition, et non ce qui s’y trouve de plus ou accessoirement ».

• Ces précisions sont de bon sens, car aucun fondement théologique n’indique que l’infaillibilité doit être étendue à tous les actes de la vie du pape. Pour éviter toute équivoque, Pastor Aeternus précise d’ailleurs bien que le pape ne parle ex cathedra que lorsqu’il remplit « sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens… », en d’autres termes, lorsqu’il agit dans le cadre de ses fonctions officielles, ce qui exclut ses actes de vie privée, et ce que les théologiens ont nommé, à la suite de saint Robert Bellarmin, « docteur privé ». Par ailleurs, quelques années avant le concile du Vatican, Monseigneur Louis-Gaston de Ségur écrivait que (Le souverain pontife, Librairie Saint Joseph, 1867, p. 207) :

« Le Pape est infaillible quand il enseigne comme Pape, non quand il parle comme simple particulier ; ici, comme toujours, arrive la distinction du Pape et de l’homme, du Vicaire de Dieu et du simple mortel. Dans les actes officiels de son ministère, et dans ces actes seulement, le Pape parle ex cathedra Petri ».

• Si l’on peut distinguer abstraitement la personne de la papauté, peut-on cependant séparer, dans le pape, la personne de la papauté ? Si Pie IX avait voulu faire référence à la papauté comme institution non actualisée dans la personne, il aurait dit « que celui qui est revêtu du charisme dont la foi ne saurait défaillir », de même, un office (le Saint-Siège, ou un siège épiscopal) ne peut avoir ni perdre la foi, alors qu’une personne, si. Et le Christ a dit « ego rogavi pro te ut non deficiat fides TUA », il n’a pas dit « ego rogavi pro te ut non deficiat fides OFFICII TUI ». Sinon, c’est forcer les paroles. Et c’est précisément parce que le Pape possède cette protection dans la foi (« J’ai prié pour que ta foi ne défaille point » dit Notre Seigneur à Saint Pierre (1)) que l’on peut s’en remettre à lui en toute quiétude. Dieu fait bien les choses.

• L’infaillibilité de la prière de Notre Seigneur pour garantir l’infaillibilité de la foi de Pierre (et donc la foi de Pierre est indéfectible, sauf s’il renonce à la papauté par abdication, comme nous l’avons vu plus haut, car alors, plus pape, il n’est plus protégé spécialement en matière de foi) se trouve dans un document intrinsèquement infaillible, faisant partie du magistère universel ordinaire de l’Église. Ainsi, le pape Léon XIII, dans son encyclique Satis cognitum, enseigne :

« Et parce qu’il est nécessaire que tous les chrétiens soient liés entre eux par la communauté d’une foi immuable, c’est pour cela que par la vertu de Ses prières, Jésus-Christ Notre-Seigneur a obtenu à Pierre que, dans l’exercice de son pouvoir, sa foi ne défaillît jamais. « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point » (Luc, XXII, 32). Et Il a ordonné, en outre, toutes les fois que les circonstances le demanderaient, de communiquer lui-même à ses frères la lumière et l’énergie de son âme : « Confirme tes frères » (Ibid). Celui donc qu’Il avait désigné comme le fondement de l’Église, Il veut qu’il soit la colonne de la foi. « Puisque de Sa propre autorité Il lui donnait le royaume, ne pouvait-il pas affermir sa foi, d’autant que, en l’appelant Pierre, Il le désignait comme le fondement qui devait affermir l’Église ? » (St. Ambrosius de Fide, IV, n. 56).

• Dernier point, et non des moindres, avec un contenu provenant du magistère extraordinaire, et plus précisément du Concile du Vatican, en sa Constitution dogmatique Pastor Æternus, chapitre 4, stipulant :

« Leur doctrine apostolique a été reçue par tous les Pères vénérés, révérée et suivie par les saints docteurs orthodoxes. Ils savaient parfaitement que ce siège de Pierre demeurait pur de toute erreur, aux termes de la promesse divine de notre Seigneur et Sauveur au chef de ses disciples : « J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas ; et quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Luc 22, 32). (…) Ce charisme de vérité et de foi à jamais indéfectible a été accordé par Dieu à Pierre et à ses successeurs en cette chaire, afin qu’ils remplissent leur haute charge pour le salut de tous, afin que le troupeau universel du Christ, écarté des nourritures empoisonnées de l’erreur, soit nourri de l’aliment de la doctrine céleste, afin que, toute occasion de schisme étant supprimée, l’Église soit conservée tout entière dans l’unité et qu’établie sur son fondement elle tienne ferme contre les portes de l’enfer. »

Une telle coïncidence de tant d’autorités, dont une issue d’une définition dogmatique (de fait, un ensemble tel de citations rend impossible l’hypothèse d’une simple coïncidence, car comme on dit : avec trop de coïncidences, il n’est plus question de coïncidences) chez lesquelles il est expressément affirmé que la prière de Notre Seigneur ne peut échouer afin que la foi de Pierre et de ses successeurs n’échoue pas nous contraint à croire que la foi d’aucun pape ne peut échouer.

Si un pape n’est pas une personne dont la foi échoue, un pape peut-il être une personne dont la foi échoue… ?

Aux derniers objecteurs…

Enfin, si c’était le cas : quid d’un jugement, d’une constatation à tout le moins, et par qui ? En effet, si l’on admet qu’un Pape puisse chuter dans l’hérésie et donc ipso facto perdre son pontificat (cf. saint Robert Bellarmin notamment), alors il faut bien quelqu’un, ou quelques uns peut-être, pour le notifier à l’Eglise universelle, et l’on risque retomber dans « l’hypothèse » de Cajetan et de Jean de Saint-Thomas… Hypothèse non recevable, car ledit « pape comme docteur privé tombé dans l’hérésie » peut très bien nier avoir commis l’hérésie ; alors, il faudrait obéir au collège des cardinaux, voire à l’ensemble de l’épiscopat, contre le Pape (pardon… la personne du pape comme docteur privé tombée dans l’hérésie) ? Qui peut dire que le « pape docteur privé », le « pape apparent », etc., a perdu le Souverain Pontificat ? Les traditionalistes ? Mais, avec quelle légitimité ? Nous ne pouvons pas juger nous-mêmes la foi du Souverain Pontife. Ne serait-ce point tomber dans une sorte de conciliarisme mitigé ? En tout cas, nous invitons nos lecteurs à approfondir cet autre angle de vue en lisant le texte de Maxence Hecquard intitulé Une théorie hasardeuse : la déposition du pape (25 pages en format PDF).

Brève conclusion détaillée par quatre notes

Il paraît évident que le théologien Albert Pighius (1490-1542) (2) avait raison, du moins que les papes lui donnent raison (3) : le pape, même comme docteur privé, ne peut pas être ou devenir hérétique. Et ce quand bien même, selon des théologiens des plus autorisés après le concile du Vatican (1870), la doctrine commune (4) sur « le pape hérétique » comme docteur privé (5) (encore une fois : car, comme docteur public, le pape ne peut pas enseigner l’hérésie ; enseignant soit par le magistère ordinaire et universel soit par le magistère extraordinaire, le pape est infaillible, et ne peut nécessairement pas enseigner l’hérésie ou même l’erreur dans la foi ; le concile du Vatican a été très clair là-dessus ; et prétendre le contraire, c’est défendre l’hérésie gallicane) serait que le pape « pourrait tomber dans l’hérésie et ipso facto être déchu de sa charge »… Nous croyons qu’il est plus sage de suivre ce qu’enseignent les Saints-Pères – se basant sur ce conseil de saint Thomas d’Aquin : « Il faut s’en tenir à la sentence du Pape à qui il appartient de prononcer en matière de foi, plutôt qu’à l’opinion de tous les sages. » (Quaestiones quodlibetales, question 9, a. 16).

Notes :

(1) Sur l’infaillibilité des prières de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Toutes les prières de Notre-Seigneur sont infaillibles ; en effet, voyez saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Tertia pars, Question 21, Article 4 : « La prière du Christ a-t-elle toujours été exaucée ? » où l’Aquinate répond : « Conclusion. – La volonté absolue du Christ ayant toujours été conforme à Dieu, sa prière a toujours été exaucée par son Père. » Mais alors, qui parle à travers les successeurs de saint Pierre ? Pie IX, en sa lettre encyclique Qui pluribus du 9 novembre 1846, qui condamne le rationalisme et le fidéisme, enseigne : « Mais là où est Pierre, là est l’Église ; Pierre parle toujours par le pontife Romain, toujours il vit dans ses successeurs ; par eux il juge, et offre la vérité de la foi à ceux qui la cherchent ». C’est donc Pierre qui parle toujours par le pontife Romain, qui vit dans ses successeurs… Les prières de Notre-Seigneur sont infaillibles, et Notre-Seigneur Jésus-Christ a dit à saint Pierre « j’ai prié pour toi que ta foi ne défaille point » (Évangile selon saint Luc 22, 32). Or, c’est saint Pierre qui parle toujours par le pontife Romain et qui vit dans ses successeurs… Aussi, nous l’avons déjà écrit plus haut, le pape Pie IX, en sa lettre apostolique Ad Apostolicae du 22 août 1851 (condamnant des doctrines de Jean Népomucène Nuytz, professeur à l’Université royale de Turin et prohibition d’un de ses ouvrages – Institutions de droit ecclésiastique), enseigne : « Il importe, en effet, que celui [le Pape] dont la foi ne saurait défaillir guérisse les blessures faites à la foi ». Dans ces deux citations, Pie IX semble bien avoir désenveloppé (ou explicité théologiquement) la signification que renferme la parole de Notre-Seigneur « j’ai prié pour toi que ta foi ne défaille point » (Évangile selon saint Luc 22, 32).

(2) Albert Pighius avait élaboré une démonstration théologique sur l’indéfectibilité de la foi du pape, et donc l’impossibilité de la déviance du pape dans la foi. A son époque, son opinion était très minoritaire, elle a gagné des partisans et de la force depuis quelques siècles. Saint Robert Bellarmin la qualifiait, au XVIIème siècle, d’opinion « pieuse ». Voici ses sept arguments :
1. Le Pape est la règle prochaine de la foi de tous les fidèles catholiques : s’il errait, un aveugle garderait un autre aveugle (ce qui serait contraire à la providence divine) ;
2. Que Pierre ne puisse pas errer est une croyance de l’Église universelle (tous les catholiques de tous les temps et de tous les lieux l’ont cru : donc cela est vrai) ;
3. La promesse du Christ en Matthieu 16,18 : « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » ;
4. La promesse du Christ en Luc 22,32 : « Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères » ;
5. La nécessité de garder la cohésion : il faut un centre stable et solide (Rome), pour contrecarrer les forces centripètes (tant de peuples divers, vivant parfois dans des contrées hérétiques, ont besoin d’un pôle qui les maintienne dans la foi);
6. Il faut éviter les hérétiques (Tite III, 2. Thessaloniciens III). « Or il ne nous est permis en aucun cas de nous séparer de la tête du corps de l’Église: se séparer est être schismatique ». Pierre est le fondement uni indissolublement à l’Église, contre laquelle les portes de l’enfer (… les hérétiques) ne prévaudront point : « ce qui ne se peut, si le Pape était hérétique » ;
7. L’hérétique ou le schismatique n’ont pas le pouvoir de lier ou de délier (Saints Athanase, Augustin, Cyprien, Hilaire). Or la plénitude de la puissance est nécessaire à la tête de l’Église visible. Donc Dieu ne permettra pas que le Pape tombe dans l’hérésie.

Enfin, on peut ajouter que de saint Pierre au pape Pie XII (et de Pighius, simple théologien du XVIème siècle, au pape Pie XII, il y en a eu des papes !), il n’y a pas un seul pape qui soit tombé dans l’hérésie, le schisme ou l’apostasie…

(3) Dans une étude qui n’a pourtant pas de rapport avec la question de la foi du pape, l’abbé Anthony Cekada nous apporte une citation fort intéressante qui nous vient du pape Benoît XIV, et de sa Bulle Ex quo (1er mars 1756) en particulier (c’est nous qui soulignons) : « (…) ― Par conséquent, là où des commémorations sont habituellement faites dans la sainte liturgie, le Pontife Romain doit être commémoré en premier, puis son propre Évêque et Patriarche, dans la mesure où ils sont catholiques. Mais si l’un des deux ou les deux sont schismatiques ou hérétiques ils ne doivent être commémorés en aucun cas ». On a ici la preuve que le pape Benoît XIV n’envisageait nullement qu’un souverain pontife puisse tomber dans l’hérésie puisqu’il précise « si l’un des deux (l’évêque ou le Patriarche) ou les deux (l’évêque et le Patriarche) sont schismatiques ou hérétiques » ; pas un mot de ce que l’on devrait faire si le Pape tombe dans l’hérésie ; la question n’est pas envisagée, et dans un tel contexte, on peut affirmer qu’elle n’est pas envisageable.

(4) Les théologiens ne sont pas l’Eglise enseignante. Il est d’ailleurs erroné d’affirmer comme le fait le P. Iragui, cité par l’abbé Cekada dans l’étude susmentionnée dans la note 3, que « les théologiens admettent communément etc. ». Encore que cela ne se substitue en rien à la nécessité d’une décision pontificale spécifique sur un sujet aussi grave, ce que les papes enseignent, c’est bien qu’ils ne peuvent pas tomber dans l’hérésie, les témoignages rassemblées par exemple par saint Alphonse de Liguori dans ses ouvrages, dont nous avons cité des extraits en début d’article, en attestent à l’évidence. Par conséquent, même évoquée à titre d’hypothèse in abstracto par certains théologiens, et parmi eux (évoquée possiblement, insistons-y) le docteur de l’Eglise saint Robert Bellarmin, la possibilité qu’un pape cesse d’être pape en tombant dans l’hérésie reste une opinion émise par certains théologiens. Et, quoiqu’il en soit de leur nombre, et de toute façon l’Eglise enseignante ne procède pas par référendum, il n’existe aucun document émanant du Souverain Pontife affirmant que le pape peut tomber dans l’hérésie. Personne ne peut donc prétendre qu’il s’agisse d’autre chose que, au mieux, une opinion librement débattue et encore libre, quoique de plus en plus improbable, l’opinion théologique de Pighius ayant pris de la force avec les siècles, et les papes ayant dit, et que nous avons cité, depuis Pighius, ce qu’ils ont dit. Les lecteurs l’auront compris, l’hypothèse voulant que les papes puissent tomber dans l’hérésie paraît à Fide Catholica en effet absolument inconciliable avec l’enseignement le plus solennel du Saint Siège sur l’indéfectibilité du Pontife Romain. S’il était possible, même une fois tous les 2000 ans, que le pape apostasie, comment le pape Léon XIII aurait-il pu écrire dans l’encyclique Satis Cognitum déjà citée que (nous soulignons) « l’Eglise appuyée sur Pierre, quelle que soit la violence, quelle que soit l’habileté que déploient ses ennemis visibles et invisibles, ne pourra jamais succomber ni défaillir en quoi que ce soit » ? S’il était possible que le pape enseigne même une seule erreur, comment le pape Léon XIII aurait-il pu écrire dans l’encyclique Immortale Dei qu’« il est nécessaire de s’en tenir avec une adhésion inébranlable à tout ce que les Pontifes Romains ont enseigné ou enseigneront » ? S’il était possible que le Pape entraîne les catholiques dans l’hérésie, comment le pape Boniface VIII aurait-il pu enseigner dans la Bulle Unam Sanctam « Nous déclarons, disons et définissons qu’il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d’être soumis au Pontife Romain » ? Comment le même pape Léon XIII aurait-il pu écrire dans l’encyclique Satis Cognitum, citant saint Cyprien, citation que saint Alphonse réitère plus de quinze fois dans ses Traités du Pape et du Concile (nous soulignons) : « L’unique source d’où surgissent les hérésies et d’où sont nés les schismes, c’est qu’on n’obéit point au Pontife de Dieu et que l’on ne veut pas reconnaître dans l’Eglise en même temps un seul pontife et un seul juge qui tient la place du Christ » ? L’histoire montre par contre un certain nombre d’antipapes, de personnes dont l’élection était nulle, quel qu’en soit le motif, et qui par conséquent n’avaient ni le charisme de l’infaillibilité dans l’enseignement des vérités à croire, ni celui de l’assistance divine du Saint-Esprit dans le gouvernement des choses à accomplir ou à éviter. Et tous, à des degrés divers, ont combattu l’Eglise.

(5) Enfin, rappelons que la notion de docteur privé a été rejetée par les pères du Concile du Vatican. En effet, un postulatum des évêques italiens, élaboré lors des travaux préparatoires du concile du Vatican, contenait justement une phrase où il était admis que le pape pouvait errer en tant que simple particulier, mais qu’il était infaillible en tant que docteur public. Les évêques italiens proposèrent que cette phrase servît de base pour la préparation de la définition de l’infaillibilité pontificale. Or, ce postulatum ne fut pas retenu par les Pères, précisément à cause… du passage sur le docteur privé faillible. Le concile du Vatican définit justement que le pontife romain a une foi à jamais indéfectible et qu’elle [sa foi] ne saurait subir de défaillance (Pape Pie IX, Concile Vatican I, Constitution dogmatique Pastor Æternus, chapitre 4) : ceux opposés à l’opinion de Pighius contesteront le sens que les « pighiens » se font de ce passage de Pastor Aeternus : mais nous leur opposons premièrement toutes les citations des Saints-Pères cités dans notre article, nous leur opposons le témoignage de l’histoire, où l’on ne trouve pas un seul pape tombé dans l’hérésie… Enfin, au cours des délibérations du concile, le rapporteur de la Députation de la Foi, Mgr Federico Maria Zinelli, fit cette intervention contre l’hypothèse du docteur privé faillible : « Et n’ont aucun poids valide les cas hypothétiques du pontife tombé dans l’hérésie en tant que personne privée ou étant incorrigible, qui peuvent être mis en parallèle avec les cas autres, tels celui du pontife tombé en démence, etc… Faisant confiance à la providence surnaturelle, nous estimons, avec une probabilité largement suffisante, que cela (un pape hérétique) n’arrivera jamais ». Cf. Rapport de Mgr Zinelli, relateur de la Députation de la Foi, au premier Concile du Vatican, in Gerardus Schneemann (ed.) : Acta et decreta sacrosancti oecumenici concilii Vaticani cum permultis aliis documentis concilium ejusque historiam spectantibus, Freiburg 1892, colonne 357.