J’apprends beaucoup grâce à mes lecteurs. Chaque semaine dans la section commentaires, il y a beaucoup de bonnes discussions. La plupart sont sur le même sujet que l’article, mais pas toujours, et ça me va. Lorsque je suis mis au défi sur un sujet, je repense souvent à ma position pour mieux comprendre à la fois mon édification et le fait que mes lecteurs ont peut-être une plus grande valeur informative. Je crois en l’axiome suivant : « Celui qui ne comprend pas le point de vue de ses adversaires ne comprend pas totalement le sien ». La semaine dernière, une personne s’est opposée à ce que je désigne Roncalli (« Jean XXIII ») comme un faux pape. Il m’avait lancé un défi sur ce point il y a environ un an et j’allais étudier ma position de manière plus approfondie, mais hélas, la vie nous empêche si souvent de mener à bien nos projets.

Cette fois-ci, j’ai commencé à faire des recherches sur le sujet et mes conclusions ont été très fructueuses. Quiconque souhaite lire tout le fil entre mon interlocuteur et moi-même peut le faire en consultant la section commentaires du message de la semaine dernière. En résumé, il a déclaré : « Les sédévacantistes reconnaissent Paul VI [et ses successeurs] comme des pseudo-papes, c’est basé sur des preuves solides et irréfutables. Pour une raison quelconque, vous n’appliquez pas cette norme à Roncalli… Encore une fois, je ne sais pas si Roncalli était un usurpateur. Vous ne le ferez pas non plus, alors vous devriez peut-être cesser de le déclarer pseudo-pape et simplement déclarer que vous pensez qu’il était problématique au point que vous doutiez qu’il était sincère. »

Dans cet article, j’exposerai les raisons, prouvant hors de tout doute raisonnable, que Roncalli doit être objectivement écarté en tant que faux pape. Il y a tellement de choses qui pourraient être écrites, mais je vais me limiter au mieux pour le rendre concis et faire passer le message sans approfondir tous les aspects de sa vie. Par conséquent, vous ne verrez pas, par exemple, les accusations selon lesquelles il était un franc-maçon. Je pourrais aborder de telles questions dans un autre article. Celui-ci suffira pour le but indiqué.

Angelo Roncalli, très brève biographie

Angelo Giuseppe Roncalli, l’homme qui convoquera le « Concile des voleurs », « Vatican II », est né le quatrième de treize enfants en 1881. Il est né dans une famille de métayers qui vivait dans un village italien. Roncalli étudie pour la prêtrise et termine son doctorat en droit canonique l’année même de son ordination, en 1904. Il devient professeur de patristique à l’université du Latran en 1924, pour être relevé ensuite de son poste dans les mois qui suivent pour « suspicion de modernisme ».

En février 1925, le cardinal secrétaire d’État Pietro Gasparri le convoqua au Vatican et l’informa de la décision du pape Pie XI de le nommer visiteur apostolique en Bulgarie (1925-1935). Il a ensuite été consacré évêque en 1925 par le cardinal Porchelli. Le 12 janvier 1953, il est nommé patriarche de Venise et élevé au rang de cardinal-prêtre de Santa Prisca par le pape Pie XII. Après la mort du pape Pie XII, le 9 octobre 1958, Roncalli aurait été élu pape au onzième tour du scrutin, le 28 octobre. Il prit le nom de « Jean XXIII ». Fait intéressant, c’était la première fois depuis plus de 500 ans que ce nom n’avait pas était choisi. Les papes précédents en avaient évité l’usage depuis l’antipape Jean XXIII, lors du grand schisme d’occident, plusieurs siècles auparavant.

Considérations préliminaires

1. Selon la doctrine commune des théologiens, un pape tombant dans l’hérésie, en tant que particulier (NDT : « particulier » ou « docteur privé » : car, en tant que pape, le pape ne peut pas tomber dans l’hérésie, cf. concile du Vatican, constitution dogmatique Pastor Aeternus, notamment les chapitres 2 et 4 : la matière n’est plus libre, prétendre que le pape en tant que pape peut enseigner ou permettre l’enseignement de l’hérésie dans son magistère est hérétique, c’est la thèse gallicane classique), perd automatiquement son autorité papale par la loi divine.

Selon le docteur de l’Église Saint Alphonse de Liguori, « si jamais un pape, en tant que particulier, tombait dans l’hérésie, il tomberait immédiatement du pontificat ». Cf. Verita della Fede, pt III, ch. VIII, 9-10.

Selon le canoniste Wernz-Vidal, « par le biais d’une hérésie notoire et divulguée ouvertement, le pontife romain, s’il tombait dans l’hérésie, est de ce fait [ipso facto] privé du pouvoir de juridiction même avant tout jugement déclaratoire de l’Église (…) Un pape tombant dans l’hérésie publique cesserait ipso facto d’être membre de l’Église, il cesserait donc également d’être le chef de l’Église ». Cf. Ius Canonicum. Rome: Gregorian [1943] 2: 453.

NDT : selon nous, il nous semble bien plus prudent de suivre le théologien néerlandais Albert Pighius sur la question du pape comme « personne particulière » ou « docteur privé », toujours protégé et ne pouvant pas tomber dans l’hérésie, car des papes eux-mêmes ont appuyé la solution théologique de Pighius : découvrez-le dans cet article.

2. Un hérétique est incapable, par la loi divine, d’atteindre la papauté.

Selon le théologien Baldii, « les personnes suivantes sont considérées comme incapables d’élire [le pape] : les femmes, les enfants qui n’ont pas atteint l’âge de raison, les personnes souffrant de folie habituelle, les non-baptisés, les hérétiques et les schismatiques ». Cf. Les institutions Iuris Canonici, 1921.

Selon le canoniste Matthaeus a Coronata, « III. Nomination de l’office de la Primauté. 1. Ce que la loi divine exige pour cette nomination : … la validité est également requise pour que la nomination soit celle d’un membre de l’Église. Hérétiques et apostats sont donc exclus ». Institutions 1: 312

3. Si l’on soupçonne raisonnablement l’élection d’un pape, il peut être considéré comme un pape douteux, et donc pas pape dans l’ordre pratique.

Selon le théologien Szal, « il n’y a pas de schisme non plus si l’on transgresse une loi papale pour la raison que l’on considère trop difficile, ou si l’on refuse l’obéissance dans la mesure où on soupçonne la personne du pape ou la validité de son élection , ou si on lui résiste en tant que chef d’état civil ». Cf. La communication des catholiques avec les schismatiques, CUA Press, 1948, p. 2.

Rappelez-vous que nous n’avons pas besoin de preuves au-delà de tout doute raisonnable (certitude morale) mais de SUSPICION. Un soupçon raisonnable en droit civil est considéré comme plus qu’une conjecture ou une intuition mais moins qu’une cause probable. Il est basé sur des « faits spécifiques et explicables » « pris ensemble avec des déductions rationnelles à partir des circonstances ». Par conséquent, si quelqu’un était élu pape et contraint de démissionner, il resterait pape. Tout cardinal ultérieur « élu » ne pourrait atteindre la papauté, même s’il n’était pas hérétique. De plus, avec la mort ou la vraie démission de l’homme élu pape (à un moment postérieur à l’élection invalide), cela ne ferait pas automatiquement de ce fait le cardinal invalide élu vicaire du Christ. 

Roncalli était-il un hérétique avant son élection ?

1° Dans la biographie de Lawrence Elliot intitulée I Will Be Called John : A Biography of Pope John XXIII (Reader’s Digest Press, 1973), il est écrit que dès 1914, Roncalli était accusé de modernisme alors qu’il était professeur au séminaire de Bergame. Le cardinal De Lai, secrétaire de la Congrégation des Séminaires, a officiellement réprimandé Roncalli en déclarant : « Selon les informations qui me sont parvenues, je savais que vous aviez été un lecteur de Duchesne [auteur d’un ouvrage en trois volumes, dont les livres ont été interdits car enseignant les principes du modernisme – Introibo] et d’autres auteurs débridés, et que, à certaines occasions, vous vous êtes montré enclin à cette école de pensée qui tend à vider de sa valeur la valeur de la tradition et de l’autorité du passé, courant dangereux ayant des conséquences fatales. » (p. 59)

2° Pendant dix ans (1905-1915), Roncalli fut secrétaire de Mgr Radini Tedeschi, un sympathisant du modernisme. Roncalli le décrit ainsi : « Son éloquence brûlante, ses innombrables projets et son activité personnelle extraordinaire auraient pu donner l’impression à beaucoup, au début, qu’il avait envisagé les changements les plus radicaux et qu’il était ému par le seul désir d’innover … [Tedeshi] s’occupe moins de mener des réformes que de maintenir les glorieuses traditions de son diocèse et de les interpréter en harmonie avec les nouvelles conditions et les nouveaux besoins du temps. » Cf. Leroux, John XXIII: Initiator of the Changes, p. 10. Mgr Tedeschi voulait « mettre à jour » les traditions en les réinterprétant avec les « besoins de l’époque ». Cela ne vous semble pas familier avec un événement particulier ?…

3° Il a reçu le chapeau rouge de cardinal des mains du président français Vincent Auriol en 1953, à la demande même de Roncalli. Auriol était un socialiste convaincu, dont Roncalli a dit qu’il était un « socialiste honnête ». Le pape Pie XI avait déclaré : « Nul ne peut être en même temps un catholique sincère et un véritable socialiste », dans son encyclique Quadragesimo Anno, 1931, §120.

4° Tout en travaillant en Bulgarie, Roncalli s’est familiarisé avec les schismatiques orientaux. Son œcuménisme hérétique a brillé, il écrivait : « les catholiques et les orthodoxes ne sont pas des ennemis, mais des frères. Nous avons la même foi; nous partageons les mêmes sacrements, et en particulier l’Eucharistie. Nous sommes divisés par des désaccords concernant la constitution divine de l’Église de Jésus-Christ. Les personnes qui étaient à l’origine de ces différends sont mortes depuis des siècles. Abandonnons les vieux conflits et travaillons chacune pour son compte à donner du bien à nos frères en leur donnant le bon exemple. différents chemins, nous réaliserons l’union entre les églises pour former ensemble la véritable et unique Église de notre Seigneur Jésus-Christ. » Cf. Luigi Accattoli, When A Pope Asks Forgiveness, New York : Alba House et Daughters of St. Paul, 1998, p. 18-19, c’est nous qui soulignons. Les schismatiques partagent-ils la même foi avec l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique ? Certainement pas.

5° Selon le journaliste italien Renzo Allegri, dans Il Papa che ha cambiato il mondo, Testimonianze sulla vita private de Giovanni XXIII, p. 66, un journaliste bulgare du nom de Stefano Karadgiov a déclaré : « Je connaissais des prêtres catholiques qui refusaient d’entrer dans une église orthodoxe, même en tant que touristes. Mgr Roncalli, au contraire, a toujours participé à des fonctions orthodoxes, suscitant l’étonnement et la perplexité de certains catholiques. Il n’a jamais manqué les grandes cérémonies célébrées dans l’église orthodoxe principale à Sofia. Il se mit dans un coin et a suivi avec dévotion les rites. Les chants orthodoxes lui ont particulièrement plu. » (NDT : Là, on est clairement dans le cas de la communicatio in sacris cum acatholicis… voyez ci-dessous).

6° Que Roncalli participe activement au faux culte ne peut pas être sous-estimée. La participation à de faux cultes religieux, selon les canonistes et théologiens approuvés, est une manifestation d’hérésie et (ou) d’apostasie. Selon le théologien Merkelbach, l’hérésie externe consiste non seulement en ce que quelqu’un dit, mais aussi en dictis vel factis, à savoir « des signes, des actes et l’omission d’actes » (Merkelbach, Summa Theologiae Moralis, 1: 746).

7° Ce n’est pas non plus un rapport isolé que Roncalli participant à la prière avec des personnes extérieures à l’Eglise. Selon John Hughes dans Pontiffs : Popes Who Shaped History (Our Sunday Visitor Press, 1994), « il [Roncalli] devint de bons amis avec le révérend Austin Oakley, aumônier à l’ambassade de Grande-Bretagne et représentant personnel de l’archevêque de Cantorbéry auprès de la communauté orthodoxe œcuménique. Les visites de Roncalli à la chapelle d’Oakley étaient encore plus inhabituelles. Les deux hommes priaient ensemble. » (Souligné par nous). En outre, rapporte Kerry Walters dans John XXIII (A Short Biography), (Médias franciscains, 2013), Roncalli a une fois proclamé en chaire que Jésus-Christ « était mort pour proclamer la fraternité universelle ». (p. 14)

Mais que s’est-il passé lors de l’étrange conclave de 1958 ?

1° Il y avait plusieurs prétendants à la papauté après la mort du pape Pie XII. Fr. DePauw, mon père spirituel, m’a fait savoir que son ami personnel, Alfredo Cardinal Ottaviani, responsable de la Suprême Congrégation sacrée du Saint-Office, était tellement certain qu’il serait élu, qu’il avait déjà choisi son nom de pape, à savoir « Pie XIII ». Parmi les autres prétendants, citons les cardinaux Agagianian (arménien, sympathisant du modernisme), Lercaro (italien, sympathisant du modernisme) et Siri (anticommuniste et anti-moderniste comme Ottaviani). Le gouvernement américain était très intéressé par les élections, car la guerre froide était à son comble et il voulait un autre anticommuniste convaincu comme le pape Pie XII.

En octobre 1958, il n’y avait que 55 cardinaux dans le monde, le nombre le plus bas depuis des décennies parce que le pape saint Pie X savait que de nombreux évêques étaient suspects de modernisme. C’était la « deuxième vague » du modernisme renaissant (NDT : celui que le pape Pie XII a condamné dans son encyclique Humani generis). Le pape saint Pie X avait conduit les modernistes sous terre, mais ne les avait pas extirpés. Alors pourquoi le pape Pie XII a-t-il donné le chapeau rouge de cardinal à Roncalli ? Contrairement à ce que beaucoup pensent, l’Eglise ne choisit pas simplement les clercs sur un coup de tête. Le fait qu’ils aient été censurés ou soupçonnés d’hérésie est le fait de l’Église qui fait son travail. L’espoir est de réformer ceux qui s’égarent et de les ramener dans le giron. Même le grand saint Pie X a donné aux pires modernistes le temps de se réformer avant l’excommunication. Pour être clair, l’Église n’est nullement infaillible en ce qui concerne les nominations ecclésiastiques.

Le pape Pie XII avait ainsi pour confesseur un Judas qui le poignardait le dos, le Père Augustin Bea. On pensait que Bea était anti-moderniste, mais à Vatican II, il travailla ardemment sur le texte Nostra Aetate, le document hérétique sur les religions non chrétiennes. Il était un œcuméniste à l’extrême et voulait que les Juifs soient « absous » pour leur crime de Déicide. Aurait-il pu protéger Roncalli, avoir l’oreille du pape Pie XII et le convaincre qu’il était « réformé » et / ou non éligible en tant que pape ? C’est l’une des nombreuses possibilités, mais le fond du problème est qu’elle ne dispense pas Roncalli de ses faux enseignements et même sans excommunication ecclésiastique, il aurait été retiré de l’Eglise par la loi divine pour profession d’hérésie.

2° Des signaux de fumée blanche déroutants sont apparus plusieurs minutes et les services de renseignement américains auraient découvert que le cardinal Siri avait été élu pape. Puis la fumée devint noire. Les signaux de fumée blanche signifient qu’un cardinal a été élu et a accepté son élection en tant que nouveau pape. Cela a conduit certains à penser que Siri avait été élu pape (« Grégoire XVII ») et avait été contraint de démissionner. Par conséquent, l’élection de Roncalli était nulle et non avenue. Je n’accepte pas la « théorie sirianiste (pape Siri) » pour une bonne raison, voyez mon article http://introiboadaltaredei2.blogspot.com/2015/02/one-question-siri-cant-answer.html pour mes réflexions sur cette théorie. Est-il possible qu’un autre cardinal ait été élu, contraint de démissionner (ce qui rendrait l’élection de Roncalli nulle et non avenue), puis a perdu ses fonctions en acceptant les modernistes ? C’est une possibilité. Selon Kirk Clinger, rien ne laisse présager qu’il n’y a aucune preuve de confusion grave dans la fumée : « La fumée en partie blanche et en partie sombre confondait même les annonceurs de la radio du Vatican. Ils devaient s’excuser fréquemment pour leur erreur. La colonne de fumée qui s’élevait de la cheminée de la chapelle Sixtine était d’abord blanchâtre, puis définitivement blanche et seulement plus tard définitivement noire. » Cf. A Pope Laughs : Stories of John XXIII, Holt, Rinehard et Winston, 1964, p. 43.

3° Selon le rapport le plus convaincant que j’ai entendu, les cardinaux Ottaviani et Siri étaient incapables de réunir les deux tiers plus un vote pour être élus. En conséquence, un groupe de « modérés » a convaincu la plupart des cardinaux de donner leur vote à Roncalli en tant que pape « de transition ». Il avait 77 ans et (donc le raisonnement est allé) il ne ferait pas grand chose. Aurait-il pu menacer un cardinal élu et contraint de démissionner ? Au moins deux cardinaux présents ont fait des déclarations désobligeantes sur ce qui s’est passé lors de ce conclave, ce qui suggère fortement qu’il y avait quelque chose qui n’allait vraiment pas. C’étaient les cardinaux Ottaviani et Spellman. (NDT : De plus, l’interprète officiel du conclave, le père Malachi Martin, a témoigné que certains cardinaux ont menacé le cardinal Siri de faire éliminer sa famille s’il acceptait le pontificat. Cf. Le réseau Rampolla, Henri Barbier, p. 236, diffusion ESR, 2018).

4° Cela nous donne-t-il une suspicion raisonnable, de sorte que nous puissions douter de l’élection de Roncalli ? La suspicion raisonnable est une norme de preuve faible, alors je dirais que oui. Cependant, il existe plus d’une preuve suffisante que Roncalli était un hérétique avant son élection et ne pouvait donc pas atteindre la papauté. Enfin, n’oublions pas qu’une cause peut être discernée en examinant les effets. Par exemple, la conception intelligente de l’univers pointe vers un créateur. De même, si l’homme qui est sorti du conclave a fait ce qu’un vrai pape ne ferait pas (qu’il ne pourrait pas faire), nous pouvons sans risque affirmer qu’il n’a pas été élu pape.

5° Roncalli, en tant que « pape », a réhabilité chaque hérétique majeur censuré par le pape Pie XII et les a approuvés comme periti (c’est-à-dire experts en théologie) au « Concile Vatican II ». Parmi ces hérétiques, citons Congar, de Lubac et Hans Kung, entre autres, dont aucun n’a été obligé d’abjurer ses erreurs. Roncalli a promu l’œcuménisme moderniste. Il ordonna de retirer les mots de la prière de consécration au Sacré-Cœur de Jésus : « Sois roi de tous ceux qui sont encore impliqués dans les ténèbres de l’idolâtrie ou de l’islamisme ». Il a changé les prières du Vendredi Saint afin de supprimer la phrase « Juifs perfides (c’est-à-dire infidèles) », désapprouvant donc l’Eglise sur ce point. Il a modernisé la messe, le bréviaire et le calendrier. Il était ami avec les socialistes (notamment Vincent Auriol, ou Edouard Herriot), les communistes (notamment Nikita Krouchtchev : cf. Nikitaroncalli, Franco Bellegrandi, traduction française François Thouvenin, ESR, 2017) et les francs-maçons (notamment le baron 33è degrés Yves Marsaudon), qu’il ne cherchait pas à convertir.

Pacem in terris : Hérésie sur terre

Le coup de sonnette pour ceux qui souhaitent considérer le pape Roncalli réside dans le fait qu’il a prôné l’hérésie dans son encyclique Pacem In Terris, publiée le 11 avril 1963. Cette partie de mon message est extraite de l’œuvre de M. John Lane intitulée John XXIII and Pacem in Terris. Je félicite M. Lane pour ses recherches incroyables et son analyse incisive. J’ai condensé les parties pertinentes de son article dans cette section et inclus certains de mes commentaires et recherches, que j’ai mélangés. – Introibo

L’encyclique Pacem in terris avait pour objet « l’établissement d’une paix universelle dans la vérité, la justice, la charité et la liberté » et, outre l’Église, elle s’adressait « à tous les hommes de bonne volonté ». La proposition hérétique est la phrase d’introduction du paragraphe 14. La version officielle latine, publiée dans Acta Apostolicae Sedis (AAS – Actes du Siège apostolique), n°55, 257-304, est la suivante :

in hominis juribus hoc quoque numerandum est, ut et Deum, ad rectum conscientiae Sue normam, venerari possit, et religionem privatim et publice profiteri. 

En français cela signifie « chacun a le droit d’honorer Dieu suivant la juste règle de la conscience et de professer sa religion dans la vie privée et publique ».

Ceux qui défendent Roncalli feront remarquer (correctement) que l’Église enseigne aux êtres humains qu’ils ont le droit de professer et de pratiquer uniquement la religion catholique qui est la seule véritable Église, en dehors de laquelle personne n’est sauvé. L’erreur n’a aucun droit. Ils affirment que cette déclaration de Pacem in terris n’a rien d’ inconvénient, car le mot légitime  modifie « l’incitation de sa conscience », de sorte qu’il implique que l’on n’est pas simplement en droit de suivre sa conscience dans le culte de Dieu à moins que sa conscience soit légitime  (c’est-à-dire en conformité avec l’Eglise catholique). Ce qu’aucun catholique ne peut déclarer, c’est que chaque personne devrait pouvoir « professer sa religion, religion en privé et en public. » Cela implique (comme nous le verrons plus loin) qu’il est possible de professer n’importe quelle religion, que ce soit la Vraie Religion ou n’importe laquelle des myriades de fausses religions, à la fois en privé et en public ; cette idée est hérétique et condamnée par l’Église.

L’adjectif possessif « his » n’apparaît pas dans le texte latin officiel publié dans l’AAS, mais son interpolation par des traducteurs (y compris le texte anglais officiel disponible sur le site Web du Vatican moderniste) n’est nullement injustifiée. Deux raisons :

(a) le latin inclut très rarement de tels adjectifs, montrant souvent qu’ils doivent être compris du contexte ;

(b) de nombreuses preuves montrent que la véritable signification de Jean XXIII est représentée par l’inclusion de « his » – laquelle preuve sera examinée.

Si vous lisez la phrase sans le mot « his », elle admet une interprétation orthodoxe : les personnes ont le droit de professer la religion en public et en privé, à condition que ce soit la religion catholique. Néanmoins, nous ne pouvons pas omettre ce mot sans modifier le sens voulu de l’encyclique ; un sens qui est sans équivoque hérétique. Que personne ne conteste qu’il s’agit d’un exercice purement sémantique. Les hérétiques semi-ariens, sous la pression de l’empereur, étaient prêts à se soumettre à chaque syllabe du symbole de Nicée, à moins de rejeter l’affirmation selon laquelle Notre Seigneur était consubstantiel (homo-ousion) avec le Père, mais qu’il était simplement (homoi-ousion) de même substance, pas le même substance. Oui, une lettre a marqué la frontière entre la doctrine catholique et l’hérésie.

Il est indiscutable que le sens que Roncalli souhaitait exprimer et auquel il avait consciemment prêté son « autorité » (présumée) était que toute personne avait le droit de professer sa religion, quelle que soit sa religion, à la fois en privé et en société, ou publiquement. Voici la preuve :

1° L’encyclique ne s’adressait pas, comme traditionnellement, aux membres de l’Église catholique romaine, mais à « tous les hommes de bonne volonté ». Si cela s’adressait uniquement aux catholiques, on pourrait affirmer qu’ils sauraient que « sa » religion est la religion catholique, car seule la vérité peut être professée et prêchée ouvertement. Après tout, il n’aurait alors que des catholiques comme public ciblé. Il est totalement déraisonnable de s’attendre à ce que les juifs, les musulmans, les protestants et les schismatiques orientaux (parmi d’autres non-catholiques) obtiennent cette compréhension du contexte. La seule conclusion raisonnable à laquelle ils arriveraient est que l’encyclique garantit à chacun d’entre eux le droit moral objectif de pratiquer et de professer sa fausse religion en public.

2° La 32ème édition de Enchiridion Symbolorum de Denzinger [Enchiridion est un recueil de tous les textes fondamentaux sur le dogme et la moralité catholiques depuis l’âge apostolique. Commandé par le pape Pie IX, il est utilisé depuis 1854 et régulièrement mis à jour depuis] a été édité par le P. Schönmetzer et la phrase incriminée est marquée d’une note de bas de page faisant référence à la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) des Nations Unies maçonnique (1948) :

« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Chacun a le droit de changer de religion ou de conviction et a la liberté de manifester sa religion, individuellement ou collectivement, en public ou en privé. » [Article 9]

Ce passage est inconciliable avec la doctrine catholique, mais il est lié à la phrase même qui ferait croire à un lecteur que tout le monde est libre d’exprimer sa religion en public, qu’il s’agisse ou non de la vraie religion. Cela suggérerait que Roncalli était conscient de cette partie de la Déclaration universelle des droits de l’homme lors de la rédaction de Pacem in Terris . Si cela ne contredit pas l’enseignement catholique, rien ne le fait.

Comme l’a enseigné le pape Grégoire XVI, Mirari vos, 1832, n°13 et 14 : « Nous considérons maintenant une autre source abondante de maux dont l’Église est actuellement frappée: l’indifférentisme. Cette opinion perverse est répandue de toutes parts par la fraude des méchants qui prétendent qu’il est possible salut éternel de l’âme par la profession de toute religion, aussi longtemps que la moralité sera maintenue. Sûrement, en toute clarté, vous conduirez cette erreur mortelle loin des personnes qui vous sont confiées … Cette police de caractère honteuse L’indifférentisme est à l’origine de cette proposition absurde et erronée qui prétend que la liberté de conscience doit être maintenue pour tous: elle sème la ruine dans les affaires sacrées et civiles, même si certains répètent encore et encore avec la plus grande impudence que la religion en tire un avantage. » [L’encyclique Mirari vos en entier ici].

Les défenseurs de Roncalli protesteront contre le « manque de preuves » indiquant que Roncalli a autorisé la note de bas de page. Mais cette objection échoue lamentablement. Les auteurs de l’Enchiridion sont choisis précisément pour s’assurer que leurs références et leurs explications seront approuvées officiellement par le Saint-Siège. Toute remarque qui déformerait l’esprit de celui-ci susciterait une réprimande publique et une rétractation exigée par Rome, affaire qui était loin d’être envisagée. De plus, l’implication des éditeurs de la 32è édition est plus démontrable que dans toute édition antérieure. C’était la première fois que le passage de la condamnation de la liberté religieuse par le pape Pie IX était omis. Cette omission surprenante n’est explicable que parce qu’elle visait à dissimuler la contradiction explicite entre Pacem in terris et Quanta Cura. [L’encyclique Quanta Cura en entier ici].

Ce passage a été omis :

« À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre Prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de « délire » (Grégoire XVI, Mirari Vos, 15 août 1832) : « La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou tout autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite ». Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu’ils prêchent « la liberté de perdition » (Saint Augustin, Lettre 105), et que « s’il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n’en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d’une sagesse toute humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétienne doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l’enseignement même de Notre Seigneur Jésus-Christ » (Saint Léon, Lettre 164). »

 Pie IX, Quanta Cura, 1864, §5.

De toute évidence, on ne peut raisonnablement affirmer que ceux qui ont pris la précaution d’arranger la suppression de la partie « fautive » de Quanta Cura n’étaient pas également responsables de la note de bas de page relative à Pacem in terris qui concernait le même sujet.

3° Le fait que la phrase de Pacem in terris doit être comprise dans le cadre de la Déclaration universelle des droits de l’homme est confirmé par le fait que, dans le Pacem même, les Nations Unies maçonniques et sa déclaration sont félicités aux paragraphes 142, 143 et 143 et 144. Roncalli a dit de la Déclaration qu’elle « reconnaît solennellement à tous les hommes, sans exception, leur dignité de personne ; elle affirme pour chaque individu ses droits de rechercher librement la vérité, de suivre les normes de la moralité, de pratiquer les devoirs de justice, d’exiger des conditions de vie conformes à la dignité humaine, ainsi que d’autres droits liés à ceux-ci. » (§144). Le Pontife lit soigneusement une encyclique avant de la signer et de la promulguer. De plus, des théologiens de haut rang la fabriquent sous la direction du pape. Chaque mot est choisi avec soin. Si ces « autres droits » inscrits dans la Déclaration n’incluaient pas le fameux « droit » à la liberté de religion, n’est-il pas évident que cela aurait été précisé ?

4° Les pavillons maçonniques et les médias laïques ont tous deux fait l’éloge de l’encyclique et promeuvent l’indifférentisme religieux et la liberté religieuse en soutenant la séparation de l’Église et de l’État.

5° L’Église ne peut pas enseigner de manière ambiguë dans l’expression de vérités théologiques. Toute ambiguïté délibérée doit être interprétée contre l’orthodoxie de celui qui enseigne de manière ambiguë. Les propositions ambiguës ou pouvant donner lieu à des interprétations orthodoxes ou hétérodoxes sont considérées comme « hérétiques par défaut ». C’est également le cas des propositions qui sont vraies, mais qui sont calculées pour omettre des vérités ou des termes pertinents qu’elles devraient inclure. La proposition suivante du pseudo-synode janséniste de Pistoie a été condamnée : « 1° le Christ, après la consécration, se trouve vrai­ment, réellement, substantiellement sous les espèces ; 2° alors toute la substance du pain et du vin a cessé, seules leurs espèces demeurent (De l’eucharistie, § 2). » (cf. IV – Erreurs sur les sacrements, proposition 29ème). En 1794, le pape Pie VI a condamné cette proposition dans la Bulle Auctorem Fidei car elle « omet de faire aucune mention de la transsub­stantiation ou conversion de toute la substance du pain au corps et de toute la substance du vin au sang, que le concile de Trente a définie comme un dogme et qui est contenu dans la profession solennelle de la foi. En tant que, par cette omission malencontreuse et suspecte, on soustrait la connaissance d’un article de foi et d’un terme consacré par l’Église pour professer la foi contre les hérésies, et on tend, par suite, à faire oublier ce terme, comme s’il s’agissait seulement d’une question scolastique, cette doctrine du synode est pernicieuse ; elle déroge à l’exposition de la vérité catholique touchant le dogme de la transsubstantia­tion et elle favorise les hérétiques ».

Résumé : il est impossible d’exempter Roncalli (« Jean XXIII ») de l’accusation d’hérésie en faisant valoir que cette phrase peut admettre une interprétation orthodoxe, car elle ne le fait pas. Même si, ad arguendo, il pourrait ainsi admettre une interprétation orthodoxe, Roncalli resterait coupable d’hérésie par défaut, car il a été démontré que le sens évident de la phrase, prise dans le texte et dans le contexte, est incontestablement hérétique.

Conclusion

Quelles sont donc les conclusions pratiques et objectives que nous pouvons déduire du prétendu pontificat du « bon pape Jean » ?

1° Il a été influencé et a gardé des amis avec les modernistes, les maçons, les socialistes et d’autres ennemis jurés de l’Église depuis ses débuts dans le sacerdoce.

2° Il a été destitué de son poste d’enseignant pour suspicion d’hérésie (« modernisme »).

3° Il a adoré et prié avec les hérétiques et les schismatiques.

4° Il a fait une déclaration ouvertement hérétique concernant les catholiques et les schismatiques orientaux ayant la « même foi ».

5° Le conclave de 1958 était entouré d’activités suspectes et laisse penser que quelqu’un d’autre avait été élu pape avant Roncalli (le 26 octobre : fumée blanche mais personne n’est jamais sortie… le 28 octobre : Roncalli apparaît…)

6° Après son « élection », Roncalli réhabilita tous les théologiens censurés sous le pape Pie XII et les fit servir activement d’experts théologiques (periti) pendant le « concile » Vatican II (de Lubac, Congar, etc.)

7° Roncalli a enseigné l’hérésie de la liberté religieuse dans Pacem in terris, et il a ouvert la voie à son adoption à Vatican II dans le document hérétique Dignitatis Humanae.

Donc :

Il est moralement certain que Roncalli n’était pas pape depuis au moins la promulgation de l’encyclique hérétique Pacem in terris du 11 avril 1963. Un véritable pape ne peut pas enseigner l’hérésie (Pastor Aeternus, chapitres 2 et 4 : c’est un dogme de foi défini).

Roncalli était-il « pape » d’octobre 1958 au 11 avril 1963 ? En un mot : Non. Nous connaissons une cause à l’effet qu’elle produit. Si vous voyez quelqu’un qui est malade, vous savez que c’est causé par une maladie, même si vous ne pouvez pas diagnostiquer exactement de quelle maladie il s’agit. Le pape ne réhabilite pas les hérétiques, ne favorise pas l’œcuménisme moderniste et n’enseigne pas l’hérésie. Il est hautement plus probable qu’improbable que Roncalli fût un hérétique au moment où il entra dans le conclave et n’atteint jamais la papauté. Il est également possible (mais peu probable) que quelqu’un d’autre ait été élu pape et ait démissionné sous la contrainte, rendant « l’élection » ultérieure de Roncalli invalide. Il y a des preuves plus que suffisantes avant la promulgation de Pacem in terris que nous pouvons soupçonner la validité de son élection (due à l’hérésie, à l’élection d’un autre, ou aux deux) pour le traiter comme un pape douteux – qui n’est pas un pape dans l’ordre pratique.

Je pourrais écrire des dizaines d’articles sur l’« infernal pseudo-pape Jean ». Cependant, j’espère que celui-ci sera suffisant pour mettre de côté les arguments de ceux qui sont « agnostiques » à propos de sa « papauté » et pensent qu’il aurait pu être pape. Enfin, pour ceux qui ont le moindre soupçon de conscience ou de doute, permettez-moi d’ajouter que Bergoglio l’a « canonisé ». Le même apostat argentin qui nous a donné du « Saint » « Jean Paul le Grand Apostat » et « saint » « Paul VI », nous a donc aussi donné « saint » « Jean XXIII ». Si cela ne suffit pas pour vous faire prendre conscience de la destruction qu’il a causée et pour laquelle la secte « Vatican II » le loue, aucune quantité d’informations ne peut vous réveiller de votre démenti.

Source : Introibo ad Altare Dei, 20 mai 2019.

Traduction française Fide Catholica, 21 mai 2019.

Publicités