Le pape est le gardien des dogmes et de la morale, il est le gardien des principes qui donnent de bonnes familles, de grandes nations, de saintes âmes. Il est le conseiller des princes et des peuples, il est la tête en dessous de laquelle personne ne se sent oppressé, car il représente Dieu Lui-Même. Il est le père suprême qui unit en lui tout ce qui existe d’aimant, de tendre et de divin. Il semble incroyable et il est même douloureux de voir qu’il existe des prêtres à qui il faille faire ces observations, mais, à regrets et à Notre âge, dans cette difficile et malheureuse situation, Nous devons dire aux prêtres : aimez le pape !

Et comment le pape doit-il être aimé ? « Non verbo neque lingua, sed opere et veritate » [n’aimons pas en paroles ni avec la langue, mais par les actes et en vérité, 1 Jean 3 ; 18]. Lorsqu’on aime une personne, on cherche à adhérer en tout à ses pensées, à faire sa volonté, à accomplir ses désirs. Et si Notre Seigneur Jésus-Christ dit de Lui-Même, « si quis diligit Me, sermonem Meum servabit » [si quelqu’un M’aime, il gardera Ma parole, Jean 14 ; 23], alors, afin de montrer notre amour pour le pape, il est nécessaire de lui obéir.

Ainsi, lorsque l’on aime le pape, il ne doit y avoir aucune discussion concernant ce qu’il ordonne ou exige, ni de discussion pour savoir jusqu’où l’obéissance doit aller ou sur quels points il doit être obéi. Lorsque l’on aime le pape, on ne déclare pas qu’il ne s’est pas exprimé de façon suffisamment claire, presque comme s’il devait être forcé de répéter à l’oreille de chacun la volonté clairement exprimée de si nombreuses fois, non seulement en personne, mais par des lettres et par d’autres actes publics. Lorsque l’on aime le pape, on ne met pas en doute ses ordres en y ajoutant le prétexte facile de ceux qui sont rétifs à obéir, selon lequel ce n’est pas le pape qui ordonne, mais ce sont ceux qui l’entourent. Lorsque l’on aime le pape, on ne limite par le champ dans lequel il peut et doit exercer son autorité, on n’érige pas au-dessus de l’autorité du pape, celle d’autres personnes, toutes instruites qu’elles soient, qui sont en désaccord avec le pape. Des personnes qui, toutes instruites qu’elles soient, ne sont nullement saintes, car celui qui est saint ne peut être en désaccord avec le pape.

Ceci est la lamentation d’un cœur plein de douleur, que j’exprime avec une profonde tristesse, non pas pour vous, chers frères, mais pour déplorer avec vous la conduite de tant de prêtres qui non seulement se permettent de débattre et de critiquer les volontés du pape, mais qui n’ont pas honte d’aller jusqu’à la désobéissance flagrante et sans scrupule, causant tant de scandale vis-à-vis du bien et tant de tort vis-à-vis des âmes.

Pape Saint Pie X, Adresse aux prêtres de l’union apostolique, 12 Novembre 1912, in Acta Apostolicae Sedis 4, p.695.