Israël asservi en Egypte, délivré par une suite de prodiges, traversant à pied sec la mer Rouge, formé aux combats dans le désert, conquérant la terre promise pour y attendre le règne glorieux de David et de Salomon ; ce premier Israël est le germe, l’embryon d’un Israël nouveau, qui doit embrasser les vrais Israélites, les fidèles de toutes les nations. Ici, l’Egypte, c’est le monde entier ; les pharaons, ce sont les césars romains ; la victime de la délivrance, c’est l’Agneau de Dieu s’immolant dans la nuit de Pâques d’une manière non sanglante sur la table mystique, s’y donnant à manger à ses disciples, et le lendemain s’immolant d’une manière sanglante sur la croix par la main des soldats de César ; les trois journées de chemin aboutissant à la mer Rouge, ce sont les trois siècles de persécution aboutissant à l’inondation des Barbares ; l’Eglise, nouvel Israël, traverse ce déluge de sang comme un baptême ; l’empire romain y périt comme dans un abîme, un sépulcre ; l’Eglise continue sa marche au travers d’un désert affreux, l’humanité en ruine, les royaumes écroulés ; elle porte dans son sein, non plus douze tribus, mais une douzaine de nations féroces et indomptables, qu’il faut transformer et enfanter à la vie chrétienne. Enfin, comme autrefois Israël sous la conduite de Josué, vicaire temporel de Moïse, et d’Eléazar, son vicaire spirituel, qui servait de règle à l’autre, ainsi l’Eglise, sous la conduite du pontife romain, vicaire spirituel du Christ, et de Charlemagne, son vicaire temporel, prendra possession de sa terre promise, l’univers. La possession n’a pas encore toute l’étendue de la promesse ; ce ne sera que sous un autre règne de David et de Salomon, le second avènement du Christ, avec lequel l’Eglise triomphante entrera pour jamais dans son céleste héritage.

Abbé Rohrbacher, Histoire de l’Eglise catholique, tome 1, Librairie ecclésiastique de Briday, Lyon, 1872, p 146.