Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de la mort du pape Pie XII, rappelé à son créateur le 9 octobre 1958. Depuis les débuts de la révolution moderniste, opérée par les doctrines du concile de Vatican 2 dans la première partie des années 1960, le monde catholique s’est orienté en trois tendances :

  • Les catholiques de constat « sédévacantiste » parfois aussi appelés « non una cum », sont ceux qui ont été parmi les premiers à résister et rejeter les innovations hérétiques de Vatican 2, avant même la révolution liturgique de Paul VI. Fidèles à l’intégralité de la doctrine catholique, ils ont correctement conclu que les papes de Vatican 2 ayant promulgué, professé et enseigné les doctrines modernistes de ce concile, ne pouvaient être de vrais papes catholiques, conformément à ce qu’enseigne le Magistère, le Code de Droit canon et les théologiens. Ces catholiques traditionalistes adhèrent donc entièrement aux dogmes de Vatican I, relatifs à l’infaillibilité pontificale et à l’indéfectibilité de l’Eglise. Ils s’appellent parfois catholiques « non una cum », car, constatant que les « papes » de Vatican 2 sont des hérétiques et des imposteurs, ils ne citent donc pas leur nom au canon de la messe, conformément à la doctrine de l’Eglise en la matière.
  • Les catholiques traditionnalistes ou conservateurs de tendance lefebvriste, ou aussi appelles « R&R » (reconnaitre et résister), ou encore « rad trads », sont ceux issus du courant qui a réagi relativement tardivement à la révolution de Vatican 2, essentiellement à partir de la réforme liturgique. Ils sont ceux qui se sont groupés autour de la pensée de grands ecclésiastiques comme Mgr. Lefebvre ou comme le père Gommar De Pauw. On les trouve principalement rattachés à des communautés telles que la FSSPX, ou dans les communautés « Ecclesia Dei » telles que la FSSP, l’IBP ou l’Institut du Christ Roi, qu’on appelle aussi parfois de façon un peu péjorative, les « ralliés ». Ces catholiques adhèrent généralement à l’intégralité de la foi catholique, mais rejettent implicitement et parfois même explicitement les dogmes relatifs à l’infaillibilité pontificale, ainsi que la doctrine traditionnelle concernant les champs d’application du Magistère. Ces catholiques reconnaissent les « papes » de Vatican 2 comme étant des vrais papes catholiques, leur clergé cite le nom de ces « papes » au canon de la messe, mais refusent de leur obéir en presque tout : ils rejettent les doctrines de Vatican 2, ils rejettent à la liturgie de Paul VI, ils rejettent tous les enseignements magistériels des « papes » de Vatican 2. Enfin, beaucoup d’entre eux n’hésitent pas à qualifier ouvertement les « papes » de Vatican 2 d’hérétiques publics, ce qui est vrai, mais ce qui devrait les pousser à conclure que ces « papes » sont des imposteurs. Certains d’entre eux affirment aussi des doctrines farfelues, croyant que les « papes » de Vatican 2 sont à la fois à la tête de l’Eglise catholique, et à la tête de l’église conciliaire. De fait, ces « radtrads » pratiquent une forme de schismatisme assez analogue à l’attitude des sectes vieilles-catholiques qui refusaient le Concile de Vatican à la fin du 19e siècle. Une pratique courante chez certains d’entre eux est de croire en une doctrine erronée et novatrice concernant le champ d’application de l’infaillibilité du Magistère. Selon eux, le magistère ne serait infaillible que dans de très rares occasions. En conséquence, certains d’entre eux observent également une forme de subjectivisme pratique vis-à-vis du magistère moderniste : selon eux, ils devraient simplement accepter les parties qui leur semblent orthodoxes, dans les documents des « papes » de Vatican 2, et rejeter ce qui leur semble manifestement hérétique. Selon eux, l’Eglise peut donc enseigner à la fois le faux et le vrai, simultanément, ou promulguer des liturgies impies. La tendance la plus centriste et modernisante de ce mouvement adhère parfois à la théorie de l’herméneutique de la continuité de Benoit XVI. Une théorie grotesque, prétendant prouver qu’il n’y a pas de contradictions entre le Magistère catholique et le Magistère de la secte Vatican 2.
  • Les « catholiques » modernistes, ne peuvent évidemment pas être appelés catholiques, puisque le modernisme a été condamné à de nombreuses reprises comme une hérésie, l’une des pires ayant jamais existé selon Saint Pie X. Ces modernistes sont donc les catholiques qui ont suivi avec plus ou moins de zèle le vaste mouvement d’apostasie provoqué par la révolution moderniste. Il convient de distinguer d’une part, une vaste partie du peuple catholique des années 1960-70, qui a suivi ce mouvement sans grande réaction, et parfois avec beaucoup d’enthousiasme, tout simplement par pur principe d’obéissance aux enseignements du pape ou du moins de la personne qu’ils pensaient être le pape : une grande partie de cette masse a sombré dans l’apostasie assez rapidement, ne pratiquant plus et allant parfois même jusqu’à l’athéisme ou l’agnosticisme. Mais une autre partie de cette masse a continué d’adhérer par habitude à la secte moderniste, se disant être catholiques, mais ayant adopté tous les mœurs du monde. D’autre part, les modernistes réellement actifs et militants, qu’il s’agisse du clergé moderniste ou des laïcs : journalistes, « leaders », universitaires, etc. Il s’agit là en quelque sorte de la contre-église enseignante et militante. On peut dire qu’ils sont la gauche de la secte de Vatican 2, tandis que le camp tradi/conservateur en constitue la droite. Se distinguant entre modernistes modérés, aux dehors parfois même faussement conservateurs (on les appelle les « modernistes de tradition » ou de vieille école) et modernistes plus radicaux (qu’on appellera généralement les « radmods » par opposition aux « radtrads »), ils n’en professent pas moins exactement les mêmes hérésies. En somme, cette contre-église moderniste enseignante et militante rejette toute la foi catholique traditionnelle, mais en revanche, n’en retient généralement qu’une partie essentielle au maintien de leur secte : la doctrine sur la papauté. Et tandis qu’ils sont généralement totalement indifférentistes et qu’ils applaudissent les hérésies, apostasies et idolâtries qu’on voit communément dans leur secte, ils n’hésitent pas à devenir soudainement intransigeant dès lors qu’ils répondent aux critiques des traditionalistes et conservateurs en union avec le Novus Ordo. Ils n’hésiteront ainsi pas à excommunier et à qualifier de schismatiques les lefebristes et autres partisans de Raymond Burke ou de quelque autre prélat moderniste-conservateur.

Voici ce qui nous a donc fait réagir ce matin en lisant le commentaire du militant moderniste Rich Raho sur les récentes déclarations du « Cardinal » Robert Sarah, ce dernier étant souvent perçu comme l’un des athlètes de la foi par les Novusordites conservateurs. Robert Sarah a effectivement déclaré lors d’une récente entrevue, cherchant manifestement à se positionner en loyaliste prudent dans le contexte de la gronde croissante des quelques prélats modernistes-conservateurs :

La vérité est que ceux qui m’opposent au Saint-Père ne peuvent présenter une seule parole, une seule phrase ou une seule attitude à l’appui de leurs déclarations absurdes, je dirais diaboliques. Le Diable divise, oppose les gens les uns contre les autres. La vérité est que l’Église est représentée sur terre par le Vicaire du Christ, c’est-à-dire le Pape. Et quiconque est contre le Pape est ipso facto en dehors de l’Église. – Robert Sarah, entretien avec Gian Guido Vecchi, Corriere della Sera, 7 Octobre 2019

Et Robert Sarah a tout à fait raison : si François est le pape, alors il est absolument impie, scandaleux et même diabolique de s’opposer à ses actes, de critiquer ses enseignements magistériels et de refuser de suivre son exemple de « pasteur suprême » en matière de liturgie ou de pratiques œcuménistes. Seulement, naturellement, il est évident que François n’est pas catholique et que par conséquent, n’étant pas membre de l’Eglise, il n’est pas pape, de même que ses cinq prédécesseurs modernistes. Telle est la conclusion logique, théologiquement certaine et catholiquement orthodoxe, à laquelle les radtrads ne veulent bizarrement absolument pas arriver, bien qu’en pratique, ils sont déjà implicitement schismatiques vis-à-vis de l’entité qu’ils croient être l’Eglise et vis-à-vis des individus qu’ils croient être papes. Il est donc vraiment stupéfiant de voir que la révolution moderniste de Vatican 2, comme toutes les révolutions impies, a provoqué une vague d’inversion dans le monde catholique. En particulier, la doctrine traditionnelle sur la papauté fut gravement atteinte par ce phénomène, en particulier chez ceux qui se revendiquent de la tradition catholique, ce qui est un comble.

Et, comble du comble, aujourd’hui, des « radmods » comme Rich Raho sont encore capables de comprendre, ou plutôt de tirer avantage, de la doctrine de la papauté, là où les « radtrads » ne le peuvent ou plutôt, ne le veulent. Les modernistes radicaux rejettent quasiment toute la foi catholique, à l’exception de la doctrine relative à la papauté. Les traditionalistes « radicaux » lefebvristes acceptent toute la foi catholique, mais rejettent la doctrine traditionnelle relative à la papauté.

Tel est le grand paradoxe que les catholiques de constat sédévacantiste observent, non sans douleur, de nos jours et de façon de plus en plus accentuée, au fur et à mesure que les menaces de schisme formel et pratique augmentent de la part du camp des NovusOrdites tradi/conservateurs, répondant aux outrances toujours plus spectaculaires des NovusOrdites modernistes qui de toutes façons, sont au contrôle de la secte qui occupe illégalement Rome.