À la guerre, le courage ne manquait pas à nos ancêtres, comme le montre l’exemple des hommes du temps jadis, particulièrement dans les glorieux actes d’Eléazar.

Mais peut être que la renommée qu’on gagne à la guerre est de telle nature (Cicéron, De Off. I.22) que certains pensent que la force ne se trouve que dans l’épreuve du combat, et qu’en conséquence, j’avais omis de parler de ces choses, parce que cette force nous manque. Quelle bravoure que celle de Josué, le fils de Nun, qui en une seule bataille, a défait cinq rois et leurs peuples ! (Josué 10) De même, lorsqu’il combattit contre les Gabaonites et qu’il prit peur de ce que la nuit ne l’empêche d’obtenir la victoire, il pria avec une foi profonde et un esprit élevé : « Soleil, arrête-toi sur Gabaon ; lune, n’avance pas sur la vallée d’Aïalon » (Josué 10 ; 12). Et ainsi, le soleil s’arrêta jusqu’à ce que la victoire soit complète. Gédéon, avec trois cent hommes, triompha d’une grande nation et d’un ennemi cruel (Juges 7). Jonathan, alors qu’il n’était encore qu’un jeune homme, fit preuve d’un grand courage dans la bataille (1 Rois 14 ; 1). Et que devrais-je dire alors à propos des Maccabées ?

Tout d’abord, je parlerai du peuple de nos pères. Ils se tenaient prêts à combattre pour le temple de Dieu et pour leurs droits, et lorsqu’ils étaient attaqués un jour de Sabbat par la ruse de l’ennemi, ils se soumirent volontairement aux blessures qui affligeaient leurs corps sans protection, plutôt que de prendre part au combat, afin qu’ils ne profanent pas le Sabbat (1 Maccabées 2 ; 35). Ils se livrèrent tous avec joie à la mort. Mais les Maccabées, pensant qu’ainsi, toute la nation risquait de périr, lorsqu’ils étaient attaqués le jour du Sabbat, firent vengeance de la mort de leurs frères innocents. Et après qu’il fut exalté par ses premières exactions, le roi Antiochus, ayant déclaré la guerre et placé ses troupes sous le commandement de ses généraux Lysias, Nicanor et Georgias, fut écrasé à un tel point, lui et ses troupes orientales et assyriennes, qu’il déplora 48000 de ses hommes morts sur le champ de bataille, vaincus par une armée d’à peine 3000 hommes.

Remarquez le courage du chef, Judas Maccabées, dans l’exemple de la bravoure de l’un de ces soldats. Eléazar (1 Maccabées 6 ; 43), faisant face à un éléphant plus grand que tous les autres, chargé de l’apparat royal, et pensant que le roi se trouvait sur son dos, courra à toute allure et se jeta au milieu des soldats ennemis. Jetant son bouclier et avec ses deux mains, il pulvérisa tous ceux qui s’opposèrent à lui jusqu’à ce qu’il atteigne l’animal. Là, il se plaça sous l’éléphant, y enfonça son épée et le tua. Mais la bête, en tombant, écrasa Eléazar et il mourut ainsi. Quel courage d’esprit que fut le sien. Premièrement, parce qu’il ne craignit pas la mort, deuxièmement, parce que lorsqu’il fut encerclé d’ennemis, son courage le transporta et il pénétra au cœur même de l’ennemi ! Puis, méprisant la mort et jetant son bouclier au sol, il courut sous l’énorme animal, le blessa à mort de ses deux mains et le laissa tomber sur lui. Il agit ainsi afin de lui porter un coup fatal. Enfermé dans la chute de l’animal, plutôt qu’écrasé par lui, Eléazar fut inhumé dans son propre triomphe.

Eléazar ne fut pas trompé dans son intention, bien qu’il fût trompé par les ornements royaux portés par l’éléphant. Car, l’ennemi, stupéfait par une telle démonstration de bravoure, n’osa pas se jeter sur cet homme seul et désarmé. Les soldats ennemis furent si terrifiés après la mort de l’animal, qu’ils se considèrent tous ensemble d’une valeur inférieur à un seul homme. Ainsi, le roi Antiochus, fils de Lysias, terrifié par la force d’un seul homme, demanda à faire la paix. Il était venu à la guerre avec 120000 hommes armés et 32 éléphants, qui brillaient et étincelaient de mille feux, comme une rangée de lampes allumées au soleil levant, marchant l’un derrière l’autre, comme de grandes montagnes. C’est ainsi qu’Eléazar laissa la paix en héritage de son courage. Tels sont les signes du triomphe.

Saint Ambroise de Milan, cité dans H. de Romestin, E. de Romestin, H.T.F. Duckworth, Nicene and Post-Nicene Fathers, Second Series, Vol. 10, chapitre XL, édition Philip Schaff et Henry Wace, Buffalo, Christian Literature Publishing Co., 1896.