C’est pourquoi nous pouvons aussi constamment préciser le sens et exposer franchement nos propres opinions sur les passages qui contiennent une explication claire. Mais ces passages, que le Saint-Esprit, nous soumettant à la méditation et à l’exercice, a inséré dans la Sainte Écriture avec un sens voilé, souhaitant ainsi que certains de ces passages soient compris à partir de diverses preuves et conjectures, doivent être progressivement et soigneusement examinés, de sorte que leur enseignement et que les preuves puissent être apportées par celui qui les soutient. Car parfois, lorsqu’une divergence d’opinions est exprimée sur un même sujet, l’une ou l’autre de ces vues peut être considérée comme raisonnable et être maintenue sans porter atteinte à la foi, soit fermement, soit avec prudence, c’est-à-dire de manière à ne jamais constituer une conviction absolue ni un rejet absolu, et le second point de vue ne doit pas interférer avec le premier, si aucun des deux ne s’oppose à la foi. Comme dans ce cas où Elie est venu en la personne de Jean (Matthieu 11 ; 14) et doit à nouveau venir comme le précurseur de l’avènement du Seigneur. Ou comme en ce qui concerne «l’abomination de la désolation» qui «se tenait dans le lieu saint», c’est à dire cette idole de Jupiter qui, comme nous le lisons, a été placée dans le temple de Jérusalem, et qui doit à nouveau se tenir dans l’Église par la venue de l’Antéchrist (Daniel 9 ; 27, 2 Maccabées 6 ; 2, Matthieu 24 ; 15) et toutes ces choses qui suivent dans l’évangile, que nous considérons comme ayant été accomplies avant la captivité de Jérusalem et devant toutefois encore se réaliser à la fin de ce monde. En ce qui concerne ces questions, aucune opinion ne s’oppose à l’autre, la première interprétation ne contredit pas la seconde.

Saint Jean Cassien, cité dans C.S. Gibson, Nicene and Post-Nicene Fathers, Second Series, Vol. 11, chapitre IV, édition Philip Schaff et Henry Wace, Buffalo, Christian Literature Publishing Co., 1894.