Le magistère de l’Eglise catholique est très clair : les canonisations sont infaillibles, et ceux qui contestent cette vérité ou qui contestent l’infaillibilité d’une canonisation sont « dans le péché, ou une hérésie » (saint Alphonse de Liguori). Continuons.

Le docteur de l’Eglise saint Alphonse de Liguori, dans son livre Les Grands Moyens du Salut et de la Perfection, 1759, page 23, écrit :

Supposer que l’Eglise puisse errer en canonisant, est un péché, ou une hérésie, d’après Sts. Bonaventure, Bellarmin, et d’autres ; ou au moins une chose proche de l’hérésie, d’après Suarez, Azorius, Gotti, etc. ; parce que le Souverain Pontife, d’après St. Thomas, est guidé par l’influence infaillible du Saint-Esprit d’une façon spéciale lors de la canonisation des saints.

Le cardinal Prospero Lorenzo Lambertini, futur Pape Benoît XIV, dans son étude De servorum Dei beatificatione et beatorum canonization (Sur la béatification et la canonisation des saints), Livre I, chapitre 45, n°28, (4 tomes, 1734-1758), écrit :

Quiconque oserait prétendre que le Pape s’est trompé dans telle ou telle canonisation, ou que tel ou tel saint canonisé par le Pape ne doit pas être vénéré par un culte de dulie, celui-là, disons-nous, s’il n’est hérétique, [NDLR : comme le pense l’auteur, le cardinal Prospero Lorenzo Lambertini] doit être considéré [NDLR : comme l’admettent même ceux qui enseignent qu’il n’est pas de foi que le Pape soit infaillible dans la canonisation des Saints ou qu’il n’est pas de foi que tel ou tel autre canonisé est un Saint] comme un téméraire qui scandalise toute l’Eglise, outrage les Saints, favorise les hérétiques qui nient l’autorité de l’Eglise dans la canonisation des Saints, sent une odeur d’hérésie en ce qu’il donne aux incrédules occasion de se moquer des fidèles, soutient une proposition erronée et mérite les plus graves censures.

Jusqu’ici, certaines personnes pourraient objecter que comme aucun texte du magistère de l’Eglise n’est cité, on peut tenir les canonisations pour des actes non-infaillibles.

Pourtant, le Pape Pie XI, dans ses Lettres décrétales Inclita pictavorum (page 58 du PDF, ou 56 du document) du 4 juin 1933 – un document qui fait partie des actes de S. S. Pie XI… -, il est enseigné (c’est nous qui soulignons) :

(…) Bien que Nous ayons manifesté Notre désir de décerner à ce Bienheureux (André-Hubert Fournet) les honneurs souverains de l’Église triomphante, […], cependant, comme la chose est très grave, car elle est liée au magistère infaillible du Vicaire du Christ, Nous jugeâmes bon de surseoir à cette canonisation, afin de demander, selon la coutume de l’Église romaine, dans un Consistoire semi-public, leur avis, pour la seconde fois, à Nos vénérables Frères les cardinaux, ainsi qu’à tous ceux qui devaient prendre part à ce Consistoire, les patriarches, les archevêques, les évêques et les abbés nullius.

[…] Nous, après avoir imploré de nouveau et avec plus de ferveur les lumières d’en haut, avons, en qualité de Chef suprême de l’Église catholique, prononcé l’infaillible sentence en ces termes :

« En l’honneur de la Sainte et indivisible Trinité, pour l’exaltation de la foi catholique et pour l’accroissement de la religion chrétienne, par l’autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre ; après mûre délibération, et ayant imploré souvent le secours divin, de l’avis de Nos vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Église Romaine, les patriarches, archevêques et évêques présents dans la Ville, Nous décrétons et Nous définissons Saint le bienheureux André-Hubert Fournet et Nous l’inscrivons au catalogue des Saints ; statuant que sa mémoire devra être célébrée tous les ans avec une pieuse dévotion dans l’Église universelle le jour de sa naissance au ciel, c’est-à-dire le 13 mai, parmi les saints confesseurs non pontifes. An nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » (…)

Des trois citations que nous venons de rapporter dans ce bref article, c’est bien cette dernière qui est la plus importante, car elle émane directement du magistère de l’Eglise (pape Pie XI), et il y est clairement exprimée qu’une canonisation relève de l’infaillibilité pontificale ; une canonisation est « de foi ecclésiastique », et non « de foi divine et catholique ».

Ce principe est donc certain : une canonisation prononcée par un pape légitime (cela va sans dire mais c’est mieux en le rappelant) est nécessairement infaillible (« la chose est très grave, car elle est liée au magistère infaillible du Vicaire du Christ » enseigne Sa Sainteté Pie XI), et en contester une seule est au moins un « péché » ou « une hérésie », selon les mots mêmes du docteur de l’Eglise saint Alphonse de Liguori.