Dans les milieux de droite, on parle régulièrement d’islamo-gauchisme, un terme dont il faut peut-être attribuer la paternité au polémiste Alain Soral, prolifique créateur de néologismes servant à décrire les phénomènes sociétaux actuels. On parle d’islamo-gauchisme pour désigner une présumée alliance entre la gauche sociale et la gauche radicale et le milieu communautaire musulman en France. De là, ce terme d’islamo-gauchisme a été largement popularisé dans le discours de nombreux polémistes et « leaders d’opinion » se situant dans le spectre qu’on qualifiera pour les besoins de cet article de droit libérale-conservatrice. Nous nous poserons la question de savoir si les principes philosophiques de cette droite, sont vraiment de droite. L’inculture politique est si profonde aujourd’hui que la plupart des gens ne s’aperçoivent pas des paradoxes complexes qui concernent ces définitions pour l’instant bien trop brouillonnes. Nous allons tenter ici de faire quelques rappels, à la lumière de l’histoire politique et de l’histoire des idées en général.

Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ?

Au départ de notre réflexion, la découverte aujourd’hui d’un article relayé sur divers sites de la mouvance nationale ou identitaire, titré « Manifestation contre l’islamophobie : de l’anticléricalisme à l’islamo gauchisme », rédigé par un certain Jean David Cattin sur le site, justement nommé « Les identitaires ». L’auteur s’étonne, peut-être non sans raison, de la présence de Jean-Luc Mélenchon et de la CGT au sein de la manifestation contre l’islamophobie de dimanche dernier :

Plus question d’« opium du peuple » ou de « ni Dieu, ni maître », la démographie musulmane grandissante en France est devenue un potentiel électorat trop alléchant pour une gauche en perte de vitesse. L’électorat populaire apportant un soutien indéfectible au RN, il faut pour la France insoumise et les autres reliquats d’extrême gauche trouver des « damnés de la terre » de substitution.

Et l’auteur de souligner : « La gauche et l’extrême gauche sont en pleine mutation ». Si tant est que cela soit vrai, il faudrait alors que l’auteur soit plus honnête et réaliste en notant que « la droite et l’extrême droite » sont également en pleine mutation. En effet, s’il est exact que la tradition anticléricaliste de la gauche radicale semble, a priori, peu compatible avec les revendications communautaires, mais tout de même spirituelles du mouvement associatif musulman, ce que beaucoup de médias de droite manquent de dire, c’est que cette tradition irréligieuse de gauche a paradoxalement été reprise par cette nouvelle droite et cette nouvelle extrême droite, que d’aucuns qualifient de « néo-conservatrice », de « libérale-conservatrice » ou encore, parfois,  de « nationale-sioniste ». Car, c’est en effet au nom des principes de 1789, au nom des principes voltairiens, au nom des principes des Lumières et de l’Aufklärung, au nom de la laïcité et de la liberté d’expression que, consciemment ou non, l’essentiel des leaders d’opinion de cette nouvelle droite entendent s’opposer au péril « islamo-gauchiste ». Mais nous n’avons donc pas face à nous un affrontement entre la gauche radicale islamisée et la droite nationale-catholique (laquelle est radicalement interdite de présence médiatique, y compris dans les médias de la « droite néo-conservatrice »), mais un affrontement entre deux blocs libéraux, entre deux courants de pensée issus d’une même source putride. De là, ces deux tendances actuelles de l’opinion publique s’affrontent et s’annulent nécessairement. De là, des querelles absolument stériles qui nuisent tout particulièrement à l’intelligence nationale et surtout à la diffusion de la seule analyse cohérente possible de la situation : l’analyse catholique, intégraliste et ultralitaire. Celle qui n’a jamais droit de cité, où que ce soit, et surtout pas au sein d’une nouvelle droite qui n’est rien d’autre qu’une nouvelle gauche républicaine.

L’idéologie de gauche de la droite néo-conservatrice française

Car, en effet, vaines sont les protestations anti-islamiques des diverses personnalités de cette nouvelle droite, ou plutôt de cette ancienne gauche, ou encore de cette droite gauchisée. Mais fructueuses, financièrement parlant, sont pourtant ces prises de positions. Plusieurs individus s’illustrent depuis quelques années à cet exercice. Il s’agit là exclusivement de juifs anciennement de gauche et opportunément passés à « droite » (Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Gilles-William Goldnadel, André Glucksmann, Elisabeth Levy) ou de juifs de synthèse (Manuel Valls, Pascal Bruckner), de francs-maçons (Gilbert Collard), de magrébins ou de magrébines libéraux ayant tout adopté de l’idéologie mécréante occidentale (Zineb Al-Khazaoui, Zohra Bitan, Lydia Guirous, Mohammed Sifaoui), d’anciens militants de la gauche plurielle passés à la gauche conservatrice (Laurent Bouvet, les gens de Riposte laïque), d’homosexuels notoires ou d’autres espèces de débauchés (Caroline Fourest, Renaud Camus, Guillaume Faye, Julien Odoul, etc.) Curieusement, on trouvera exactement les mêmes profils au sein du trafic multiculturaliste et inclusiviste. Cette droite néo-conservatrice française n’est donc en réalité qu’une nouvelle gauche républicaine, et rien d’autre. Le logiciel de ses adeptes est essentiellement le même que celui des « islamo-gauchistes/multiculturalistes » auxquels ils s’opposent. Le problème, dans ces débats publics et dans bien d’autres encore, c’est qu’il y a constamment des absents, qui sont rigoureusement interdits d’antenne, alors qu’ils devraient être les seuls à avoir le droit de s’exprimer : les catholiques français, traditionalistes, ultralitaires et intégralistes.

Qu’est-ce que l’islamophobie ?

L’islamophobie est l’un de ces néologismes propre aux névroses extrêmes de notre société contemporaine. Ce terme est formé par le suffixe « phobie » (phobos) qui exprime la peur, la crainte, la frayeur. Dans un sens médical, ce terme désigne « un symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée ». Plus précisément, en psychologie ou un psychiatrie, ce terme renvoie à « une aversion très vive, irraisonnée ou peur instinctive ». En effet, il semble que les réactions face à l’islam ou à l’islamisation, au sein de cette « nouvelle droite », qui n’est en fait qu’une nouvelle gauche républicaine, entrent tout à fait dans cette dernière catégorie psychiatrique : il s’agit bel et bien d’une peur et d’une aversion très vive, il s’agit donc bien « d’islamophobie ». Or, c’est là tout le problème, car, par définition, cette aversion est fatalement irraisonnée. De là, il en ressort que tout le discours qui accompagne ces réactions manque lui aussi cruellement de rationalité, et plus encore, de bonnes, vraies et exactes raisons de s’opposer à l’islam.

Pour nous catholiques, notre considération de l’islam ou de l’islamisation est toute autre. Nous ne sommes pas « islamophobes ». Premièrement parce que nous n’avons pas peur de l’islam : nous ne craignons que Dieu et nous ne nous soumettons qu’à Lui. Nous ne craignons pas, mais détestons donc l’islam, parce qu’il s’agit d’une fausse religion, parce qu’elle enseigne l’erreur, parce qu’elle prétend être révélée par Dieu alors qu’elle est œuvre d’hommes et de démons. Ainsi, nous ne pouvons dire être « islamophobes », car la seule crainte que nous pourrions avoir vis-à-vis de l’islam, est la crainte de voir beaucoup d’âmes se damner dans cette fausse religion, ou encore, de voir l’ordre social bouleversé par une application civile des faux principes de ce culte abominable. Deuxièmement, nous ne sommes pas islamophobes, parce que nous avons précisément une compréhension réaliste, ordonnée et raisonnée de ce qu’est l’islam, à savoir une fausse religion, néfaste à cause de ses doctrines, de même que sont néfastes le judaïsme talmudique, le bouddhisme, l’hindouisme ou toutes les sortes de paganismes. Pour résumer, nous détestons l’islam, précisément parce que c’est là une abominable fausse religion, terriblement néfaste pour les âmes, aussi bien que pour la société. C’est là, la seule approche raisonnable, sage et réaliste qu’il faut avoir de ce phénomène. Au contraire, l’islamophobe réagit de façon instinctive, irraisonnée, désordonnée, à la manière d’un animal ou d’un être inférieur. De là, il n’y aucune chance pour que le courant de la « nouvelle droite » ou nouvelle gauche islamophobe s’impose ou impose ses idées, puisqu’elles sont essentiellement les mêmes que les idées de ceux qui, selon eux, favorisent l’islam ou l’islamisation de la société. Seul un régime catholique peut faire cesser ces névroses sociales et faire taire l’irrationalisme bruyant des commentateurs médiatiques, qu’ils soient des Eric Zemmour ou qu’ils soient des Houria Bouteldja.

Il n’est d’ailleurs pas surprenant que ce néologisme, « islamophobie », soit apparu pour la première fois en 1910 dans l’ouvrage d’Alain Quellien, haut fonctionnaire du ministère des colonies, « La politique musulmane dans l’Afrique occidentale française ». Il apparaît également chez Maurice Delafosse et encore chez le fameux peintre orientaliste Etienne Dinet.  Chez Quellien comme chez Dinet, le terme d’islamophobie est avant tout dirigé à l’endroit des « préjugés chrétiens contre l’islam ». Mais dans le même temps, chez ces auteurs, ce préjugé contre l’islam est conflagré avec les préjugés du monde occidental moderne, lequel, au 19e siècle et surtout pendant la 3e République, n’a plus rien de chrétien. Quellien lui-même n’est pas chrétien, et Dinet, tombé amoureux de l’Algérie, s’est converti à l’islam, tout en étant toute sa vie un artiste républicain très en vue, à cause de ses tableaux extrêmement sensualistes.

L’islamophobie : Il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l’islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’européen, l’islamisme est la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans. – Alain Quellien, La politique musulmane dans l’Afrique occidentale française, 1910, p. 133

Ainsi, chez Quellien le relativiste, le chrétien et l’occidental sont fondus en une même espèce et les réactions de l’un et l’autre face à l’islam, relèvent d’une pathologie analogue. Cette affirmation est tout à fait fausse, et si Quellien avait vécu jusqu’en notre temps, il aurait peut-être pu le vérifier par lui-même. D’ailleurs, le projet colonial fut initié par la conjuration des libéraux post-révolutionnaires du régime de Louis-Philippe et son idéologie première fut celle des saint-simoniens. En somme, le projet colonial fut, jusqu’à la toute fin de la guerre d’Algérie, un projet entièrement aux mains de la gauche républicaine, qui fit d’ailleurs tout ce qui fut en son pouvoir pour, à la fois persécuter l’Eglise catholique en France, tout en interdisant à cette même Eglise d’évangéliser les musulmans d’Algérie, sous prétexte de « risques de troubles à l’ordre public ». Pendant tout le début du 20e siècle, jusqu’aux débuts de la guerre d’Algérie, les gouvernements coloniaux d’Algérie Française conduisirent une politique pro-islamique tout à fait revendiquée, d’une part pour profiter de larges contingents dans les armées, d’autre part, parce que les idéologues républicains de la colonisation planifiée, portaient l’islam en grande estime, en général. Il n’était évidemment pas question de laisser l’Eglise évangéliser les algériens : on avait déjà assez de français à faire apostasier en métropole. Les planificateurs coloniaux de la 3e République voyaient en l’islam un système normatif législatif, utilitaire et social simple, qui permettait de réguler la société coloniale, tout en autorisant un contrôle et une influence facile des confréries, lesquelles, contrairement à l’insubmersible hiérarchie sacerdotale catholique, étaient intrinsèquement perméables à n’importe quel pouvoir temporel. C’est pourquoi le Mobacher, journal officiel du gouvernement colonial d’Algérie, sous le Second Empire, jusque sous la 3e République, était édité et daté avec le calendrier islamique.

Si le projet colonial n’avait pas été exclusivement l’appanage de la gauche républicaine et des forces maçonniques, si on avait aidé et laissé l’Eglise évangéliser l’Algérie, la France actuelle serait très différente.

Ce ne fut que vers la fin des années 1940, puis au cours de la guerre d’Algérie, que le gouvernement socialo-communiste-centriste de la IVe République commença à désespérément tenter de complètement laïciser la population locale, notamment par ces fameuses cérémonies publiques d’arrachage forcé des voiles des femmes, qui n’étaient pas sans rappeler les méthodes d’humiliation des révolutionnaires jacobins ou des « résistants » communistes à la libération. Ce passage de l’islamophilie antichrétienne de la République coloniale, à l’islamophobie fanatique de la 4e République s’expliquait évidemment par le même phénomène d’irrationalité que nous avons décrit précédemment. Et, une fois encore, les missionnaires catholiques s’inscrivaient totalement à l’opposé de ces réactions primaires et irrationnelles, déplorant au contraire que l’état républicain aux abois cherchât désormais à aller dans l’excès inverse, à savoir, « occidentaliser », ou plus exactement laïciser radicalement la femme algérienne afin d’en faire une parfaite mécréante féministe et individualiste, afin de casser le modèle familial traditionnel, en somme, de détruire ce que les mahométans algériens pouvaient, malgré tout, observer de la loi naturelle. Lire à ce sujet le n°201 de la revue « Afrique vivante » de février-mars 1959.

La conquête de l’Algérie avait commencé sous les auspices de l’esprit de 1789, la chute de l’Algérie française procéda exactement du même esprit irrationnel et fanatique. Ce ne fut qu’à la fin de la guerre d’Algérie que cet héritage colonial fut repris par diverses factions de la droite issue de la Ve République, d’une part chez les gaullistes, d’autre part au Front National ou encore chez quelques socialistes de la vieille école républicaine, tels Georges Frèche. Curieusement, d’ailleurs, au cours du temps, c’est ce même Front National, pourtant aujourd’hui encore présenté comme un parti d’extrême droite, qui cristallise en lui la quintessence même de l’esprit de 1789, jacobin, impérial, républicain, laïciste, tout particulièrement depuis les débuts de l’ère mariniste. Essentiellement, les idées politiques de Marine Le Pen ou de ses sbires n’ont aucune différence avec celles de Léon Blum, de Georges Mendes-France ou de Manuel Valls.

Les origines anticatholiques de l’islamophobie et de l’islamophilie

Pour revenir encore sur ce terme « d’islamophobie », nous avons donc vu avec les orientalistes et les administrateurs coloniaux que ces derniers, par relativisme et agnosticisme, accusaient les catholiques « d’islamophobie », là où cette accusation aurait plutôt dû être produite à l’endroit des anticléricaux occidentaux. Les catholiques n’étaient nullement islamophobes, ils étaient simplement ennemis de l’islam, comme ils étaient ennemis de toute fausse religion. Or, l’islamophobie des anticléricaux et l’anti-islamisme des catholiques se distinguent très aisément l’un de l’autre par le vocabulaire employé. Pour les catholiques, l’islam est une secte d’infidèles créé par un charlatan antéchrist du nom de Mahomet, et il convient de procéder à la conversion du plus grand nombre des musulmans en Afrique du Nord, et en particulier en Algérie. Dans leurs écrits, les missionnaires catholiques ne dénigrent pas la civilisation arabo-musulmane en tant que telle, mais ils démontrent que tous les aspects les plus barbares et détestables de cette civilisation, notamment dans tout ce qui relève du droit, sont pour la plupart une conséquence directe de l’influence de l’islam. Pour les catholiques, l’islam ou du moins la civilisation arabo musulmane n’est pas tant un empire d’oppression de la liberté humaine (telle qu’on la conçoit faussement depuis 1789), qu’un empire où précisément, à cause de l’islam, les mœurs sont débauchées, sensualistes, où le droit civil, s’il n’est pas nécessairement injuste dans toutes les affaires, le devient fatalement et de façon gravissime, toujours à cause de l’influence de l’abomination islamique, notamment en matière de droit naturel et positif. Pour le catholique, donc, l’islam en tant qu’ordre social est une abomination parce qu’il porte atteinte à la liberté de la religion catholique. Il s’agit donc d’un régime ni plus, ni moins détestable que le régime de la Terreur républicaine, ou d’un quelconque état communiste. Pour l’anticlérical, ou du moins pour l’agnostique, le relativiste et le sceptique, l’islam n’est qu’une religion comme une autre, et comme toutes les religions, l’islam mène au fanatisme, à la superstition, donc à la barbarie contre les libertés occidentales. Non pas les libertés de l’Occident chrétien, qui ne considère comme liberté fondamentale que celle de la Foi catholique et du droit naturel qui en découle, mais les fausses libertés, c’est-à-dire celles de l’Occident apostat, celui qui proclame haut et fort les principes de la déclaration universelle des droits de l’homme, de la raison suprême, de l’indifférentisme, de la fausse tolérance et du positivisme absolu en matière de droit. Ce sont là deux manières absolument différentes en nature, de percevoir et de traiter l’islam comme phénomène social et religieux. Les catholiques ont une vision totale et réaliste de ce qu’est l’islam et de la menace concrète qu’il représente, tandis que les agnostiques, sceptiques ou relativistes, n’en ont qu’une vision purement naturaliste. Pour le coup, donc, le préjugé « islamophobe » est bien une tradition de gauche, et cette tradition est désormais celle de la nouvelle droite réactionnaire ainsi que de la nouvelle gauche républicaine. Paradoxalement, ou non, ces mêmes préjugés islamophobes issus de cette tradition de gauche, sont généralement fondés sur les mêmes principes idéologiques de la prétendue « liberté de conscience » qu’ils défendent, principes idéologiques qui mènent donc à la liberté de culte, et donc au droit à l’islam ou à tout autre fausse religion d’avoir droit d’expression publique dans la cité. C’est également par le libre-examen, par l’approche déiste ou agnostique de « l’autonomie de la volonté éclairée », que les héritiers des Lumières et de 1789 vont se prendre d’affection pour l’islam, au point de s’y convertir pour certains d’entre eux.

Pour être de droite et pour justifier son droit à l’islamophobie aujourd’hui en France, il faut se revendiquer de l’infect destructeur Voltaire…qui était un grand admirateur du prophète de l’islam, par détestation de la religion catholique.

En effet : de façon intéressante, la transmission de cette tradition remonte précisément chez un personnage aussi bien revendiqué par les plus grands zélateurs de la gauche républicaine, que chez les grandes voix de la « nouvelle droite » néo-conservatrice : l’inévitable Voltaire. En effet, le mécréant Voltaire fut l’un des grands propagateurs de l’idée de liberté d’expression totale, liberté qui pour lui consistait déjà essentiellement à attaquer les fondements même de la foi, de la morale et donc de la civilisation. Il n’est donc pas surprenant que l’un des médias en ligne représentant typiquement cette nouvelle droite gauchisante, se soit, il y a quelques années, nommé « Boulevard Voltaire ». Comme le remarque le sociologue Jonathan Louli, Voltaire fut ainsi brandi aussi bien par les républicains de gauche que de droite pour « faire pièce » au péril islamique à la suite des attentats du Bataclan. Un réflexe, nous allons le voir, aussi puéril et pathétique que celui de la jeunesse parisienne qui se retrouva soudainement un intérêt pour la patrie et qui entendit répondre à la menace islamique en allant fièrement « résister » devant des tablées de bières et de spiritueux sur les terrasses, là où il aurait mieux valu aller se ressourcer spirituellement devant l’Autel :

Suite aux attentats qui ont touché Paris en 2015, de nombreux commentateurs ont pu faire appel aux textes de Voltaire sur l’Islam pour analyser la situation et débattre des implications de la notion de liberté d’expression, et ce, surtout après les attaques dirigées contre le journal satirique Charlie Hebdo. Brandissant la pensée de cette figure incontournable des Lumières, certains ont même tenté d’enrôler le philosophe dans une critique de la religion musulmane, en s’appuyant sur les combats que ce dernier menait à son époque contre le « fanatisme ». 

Or, nous avions déjà parlé précédemment, en constatant que Voltaire et d’autres, dans le mouvement des Lumières, furent à l’origine de l’antisémitisme ou plutôt de l’antijudaïsme racialiste moderne : pour mieux attaquer la religion catholique, Voltaire procédait par des attaques virulentes et racistes contre les juifs, mais surtout contre l’Ancien Testament. Or, Voltaire, en attaquant l’Ancien Testament, attaquait fatalement la religion catholique. Voltaire procéda exactement de la même façon avec l’islam, comme le rapporte avec précision Goethe, au cours d’un entretien avec Napoléon. Cette fois ci, il s’agit de fustiger l’intégrisme catholique en le dépeignant sous les traits du fanatisme de l’islam. Au cours de cet échange, le grand poète allemand discute de la pièce de Voltaire « Mahomet ou le fanatisme » qu’il avait traduite. Napoléon, qui était un homme précis, ayant des sympathies pour l’islam et le judaïsme talmudique, montra sa désapprobation :

L’Empereur rétorqua :

– Je n’aime pas cette pièce, c’est une caricature !

– Je suis de l’avis de Votre Majesté, j’ai fait ce travail à contrecœur. Mais dans cette tragédie, dans ces tirades contre le fanatisme, ce n’est pas l’islam qui était visé, mais l’Église catholique.

– Les allusions, dit Napoléon, sont tellement voilées que cet impertinent a pu dédier son œuvre au pape… qui lui a donné sa bénédiction.

Cité in Jean Prieur, Muhammad, Prophète d’Orient et d’Occident, Éditions du Rocher, Paris 2003, p. 215

Telle était en effet la façon de procéder de Voltaire. Cela en dit long sur les vertus morales de ceux qui, aujourd’hui, se réclament de son héritage. Et cette revendication est d’autant plus stupide que l’apostat Voltaire, surtout à partir des années 1760, a fait de vibrants éloges de la Mohammed et de la secte islamique, à une époque où par ailleurs, il pouvait de plus en plus se permettre d’attaquer ouvertement la religion catholique. Dans son Recueil nécessaire, en 1766, après avoir attaqué la religion catholique de toutes part, il admet en outre que l’islam est « sans doute, plus sensé que le christianisme ». Dans une lettre du 5 Janvier 1767 à Frédéric II, roi de Prusse, Voltaire décrit le catholicisme comme « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanglante religion qui ait jamais infecté le monde » :

Le mahométisme est sans doute plus sensé que le christianisme. On y adorait point un juif en y abhorrant les juifs. On n’y appelait point une juive « mère de Dieu », on y tombait point dans le blasphème extravagant de dire que trois dieux font un Dieu. Enfin, on y mangeait point ce Dieu qu’on adorait et on allait point rendre à selles son créateur. C’était le simple théisme, la religion naturelle et par conséquent, la seule véritable. Les musulmans, par les armes et par la parole, firent taire le christianisme jusqu’aux portes de Constantinople et les chrétiens, resserrés dans quelques provinces d’Occident, continuèrent à disputer et à se déchirer.

Déjà, dans son Essai sur les Mœurs, Voltaire produisit un éloge de l’islam qui résume tout son état d’esprit, et qui en dit long également sur tous ceux qui se réclament de son héritage, d’un côté comme de l’autre :

Ce fut certainement un très grand homme, et qui forma de grands hommes. Il fallait qu’il fût martyr ou conquérant, il n’y avait pas de milieu. Il vainquit toujours, et toutes ses victoires furent remportées par le petit nombre sur le grand. Conquérant, législateur, monarque et pontife, il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes. – Remarque pour servir de supplément à l’Essai sur les Mœurs » (1763), in Œuvres complètes de Voltaire, 1875, tome 24

Il n’y a point de religion dans laquelle on n’ait recommandé l’aumône. La mahométane est la seule qui en ait fait un précepte légal, positif, indispensable. L’Alcoran ordonne de donner deux et demi pour cent de son revenu, soit en argent, soit en denrées. La prohibition de tous les jeux de hasard est peut-être la seule loi dont on ne peut trouver d’exemple dans aucune religion. Toutes ces lois qui, à la polygamie près, sont si austères, et sa doctrine qui est si simple, attirèrent bientôt à la religion, le respect et la confiance. Le dogme surtout de l’unité d’un Dieu présenté sans mystère, et proportionné à l’intelligence humaine, rangea sous sa loi une foule de nations et, jusqu’à des nègres dans l’Afrique, et à des insulaires dans l’Océan indien. Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent : mais la vérité doit les combattre. – Voltaire, Essai sur les mœurs

En fait, l’évolution de Voltaire sur l’islam ressemble à peu près à celle de n’importe quel franc maçon ou mécréant qui s’élève dans la société et qui croit s’élever mentalement par la même occasion. Je me souviens ainsi avoir rencontré un jour un franc maçon de très bas grade, exerçant une position sociale minable, mais qui se sentait très fier et très obligé de déclamer son « droit à l’islamophobie », sans qu’on lui ait rien demandé. Je me souviens avoir souvent souri en repensant à cet individu, me demandant s’il avait persisté dans la maçonnerie jusqu’à atteindre l’un de ces grades où l’on vous fait jurer sur le Coran et découvrir les mystères de la gnose mahométane. En somme, Voltaire raisonne à peu près comme l’hérétique Luther avant lui. Il loue l’islam parce qu’il admire Mahomet comme aujourd’hui un zemmourien admire Napoléon, « parce que Mahomet fût un grand homme, un grand conquérant et un grand législateur », il loue l’islam parce qu’il y trouve une religion apparemment plus simple, une religion qui se dit monothéiste, mais qui est sans mystère, avec un droit simple et (prétendument )naturel, de bons conseils de santé, toutes choses qui parlent à son déisme radical et à son rationalisme naturaliste. Dans l’islam, Voltaire trouve, du moins dans la législation mahométane, un système moral et éthique qui s’adapte à sa conception d’un « être suprême aux attributs indéterminés, et qui ne fait référence à aucun dogme, ni révélation » précis. Voici une religion utilitaire, basiquement légaliste, naturaliste et essentiellement non contraignante, qui ne peut que plaire à la vision de la tolérance élitiste de Voltaire. En réalité, c’est l’austérité dogmatique de la religion catholique que Voltaire à rejetée, ne supportant pas l’idée de vérité révélée, et c’est dans l’islam qu’il trouve une simplicité propice à son libre-examinisme et propre aussi à son idée du libéralisme philosophique et spirituel. Car, en effet, c’est un aspect important : contrairement à ce que nos contemporains voltairiens s’imaginent ou veulent faire croire, l’islam est une religion sensualiste à peine moins débauchée que les mœurs décadentes des occidentaux modernes. C’est pourquoi, d’ailleurs, l’angle d’attaque libertaire et féministe qui est généralement commun aux islamophobes actuels, qu’ils soient de droite ou de gauche, trahit chez eux à la fois une évidente impiété, mais aussi une ignorance concrète de ce qu’est l’islam. Même Voltaire, dans son Essai sur les mœurs, s’employa à réfuter l’accusation de misogynie qu’on prêtait en son temps à l’islam. En vérité, l’islam asservit la femme un peu à la manière du féminisme libéral libertaire, à la fois en idolâtrant la sensualité sexuelle, et dans le même temps, en réduisant la femme à un simple objet de convoitise, de séduction. Enfin, chose que nos contemporains non catholiques ne peuvent comprendre : l’islam est une religion libérale en puissance, qui tolère dans ses juridictions les autres religions, pour peu qu’on verse une dime spéciale aux gouvernants. C’est là une chose qui n’a que pu plaire au libéral Voltaire, lui qui n’a eu cesse de fustiger la religion catholique, laquelle en effet, a toujours purgé de façon radicale, les fausses religions de ses territoires. Ce dernier point nous permet d’enchainer de la plus tranquille des manières et de revenir à notre sujet de fond, à savoir l’incompatibilité doctrinale qu’il y a entre nous, catholiques, et les libéraux de toutes sortes, qu’ils se disent de droite ou de gauche. Ces « droitards », « identitaires », aiment à jouer, quand il le faut, la carte de la « civilisation grecque, latine et chrétienne ». Certains, plus téméraires et ambitieux, ou tout simplement plus initiés, n’hésitent pas à parler de « civilisation judéo-chrétienne ». Dans le premier cas, cette phrase indique généralement une vision moderniste, relativiste et subjectiviste de la religion, et il suffit que nous professions un catholicisme entier et orthodoxe, y compris sur le plan moral et temporel, pour que nos démocratiques identi-traitres passent du blanc au rouge et nous traitent de « talibans », de fanatiques, « vous êtes comme les islamistes, en fait ». Dans le second cas, cette expression indique généralement chez le sujet une initiation aux « formules qui ouvrent les portes ». Il y a d’ailleurs généralement plus de conviction et d’enjuivement chez ceux qui parlent de « civilisation judéo-chrétienne », qu’il n’y de réelle conviction chrétienne substantielle chez ceux qui parlent timidement de « racines chrétiennes ». Dans ce dernier cas, ils croient souvent, suivant en fait l’influence moderniste, que ces « racines » constituent le fondement de la « société des droits de l’homme » et des licences absolues, alors que, s’ils avaient tenu de pareilles opinions dans le grand Moyen-Âge chrétien, ils auraient été occis ou extirpé comme n’importe quel autre hérétique ou infidèle.

Choc des civilisations, mais de quelles civilisations ?

L’homme moderne ne défend énergiquement que son droit à la débauche. — Nicolás Gómez Dávila, Carnets d’un vaincu

Nous avons donc produit un bref aperçu de quelques aspects de la filiation philosophique commune, qui lie, et néanmoins oppose les gauches républicaines modernes, dans lesquelles il faut donc clairement placer cette droite néo-conservatrice française, à l’instar par exemple, de la droite néo-conservatrice américaine. Il y aurait certes bien d’autres parallèles, bien d’autres sources à mettre en lumière, mais celles-ci suffisent à éclairer l’imposture de ces oppositions actuelles. En définitive, ce républicanisme dont nous parlons présente plus de complexités qu’on ne le pense. Il s’agit là, comme pour toutes les fausses religions, les sectes hérétiques et les courants de mauvaise philosophie, de diables qui se font la guerre les uns contre les autres, tout en procédant du même père du mensonge. Au sein de ces grandes querelles politico médiatiques autour de la question de l’islam, les ténors de la droite gauchiste opposent généralement la question de l’identité et du modèle de civilisation. Il s’agit effectivement là d’une question centrale et très actuelle. Or, puisque nous avons constaté quelle était la filiation philosophique essentielle de ce vaste courant, on ne pourra que constater que les conservateurs actuels, en réalité, ne souhaitent que conserver ce qui, hier déjà, était inacceptable d’un point de vue civilisationnel, du point de vue du droit naturel et positif : laïcisme, liberté d’expression dans la presse, liberté publique de toutes sortes de cultes, etc. Mais à cela, se sont ajoutés fatalement d’autres droits aux inaltérables et illimités droits de l’homme et du citoyen : droit à l’avortement, droit à la sodomie, droit à l’exaltation de la dépravation sexuelle, droit aux « mariages » et à l’adoption, que dis-je, à la fabrication et à l’achat d’enfants pour ces mêmes dépravés abominables. Si donc, les avorteurs, les sodomites, les lesbiennes, les transsexuels et tous les pires dépravés se voient défendus par les soi-disant « conservateurs » de droite, au nom de quoi ces mêmes « conservateurs » pourraient-ils interdire aux femmes musulmanes de se voiler, ou même à un individu de crier « Allah Akbar » sur un boulevard parisien où, quelques mois plus tard, passera un gigantesque char aux couleurs de l’arc-en-ciel où se produiront des sodomites devant familles et enfants ? C’est à cause de ce genre d’incohérences que les « conservateurs » en question sont si aisément tournés en dérision par les médias gauchistes : c’est justement parce qu’ils sont effectivement ridicules.

L’inventeur du terme aujourd’hui très connu de « grand remplacement » n’est autre que l’inverti notoire Renaud Camus. Paradoxe ? Non. La nouvelle droite de gauche déteste l’islam, ou l’extra-européen, avant tout dans la mesure où elle y perçoit une menace contre ses « libertés » dégénérées, et c’est ici la preuve de sa filiation avec la gauche anticléricale, qui raisonnait hier de la même façon vis à vis du catholicisme. Il s’agit donc de faire pièce au « vivre-ensemble » pour revenir au « jouir entre-soi ». Une lecture attentive de l’Ancien Testament (Génèse, Livre des Nombres, Macchabées) permettra à ces misérables de comprendre qu’ils ne font que subir les conséquences de leur révolte contre la loi divine et naturelle. Lire aussi les cruciales enquêtes d’ODDR.

Certes, ces différents individus, surtout ceux qui militent plus précisément en politique ou sur des aspects essentiellement politiques, tiennent également des positions plus globales : défendre la souveraineté nationale, redonner à l’état français les moyens de peser sur la scène internationale ou au moins européenne, renégocier les conditions de la participation de l’état à l’Union Européenne, voire s’en séparer, ou se retirer du système monétaire commun, etc. Or, sur ces aspects-là, celui qui a encore connu les programmes des différents partis nationaux républicains de la fin des années 2000, ne peut que constater à quel point ces revendications ont été allégées. Car, pendant que cette droite-là allait de fructueux échecs en marginales victoires (sièges européens, quelques députés nationaux, quelques mairies, etc.), l’establishment politique, médiatique et financier poursuivait sereinement le programme de la grand-timonerie euromondialiste, jusqu’au point actuel où le fatalisme tend à être acceptable, puisqu’en contrepartie, le grand spectacle de la politique moderne permet d’assoir de profitables entreprises, pour peu qu’on sache s’intercaler dans la bonne niche et qu’on engage les bons techniciens pour cibler la bonne clientèle. Tout le reste n’est alors qu’illusions et désillusions. C’est pourquoi nous trouvons fort risible de la part de certains de se réjouir d’un prétendu « soutien indéfectible au RN » de la part de « l’électorat populaire ». Cet électorat-là n’est pas complètement dupe, et a pu constater l’indigence complète de Marine Le Pen lors de sa campagne de 2017. L’initiative dans laquelle beaucoup espèrent serait une rénovation, justement, de l’oligopole lepéniste vieillissant, et d’une transition vers un zemmouro-maréchalisme, décidément plus dynamique, plus jeune, et réellement populaire, capable de réellement toucher et convaincre cette France de gauche conservatrice en même temps que la seule France périphérique, généralement plus apolitique, mais néanmoins exaspérée et aisément influencée par la culture du talk-show. Pour cela, il manque encore à la France un Salvini, un Orban, un Bolsonaro. Ce qui est fort étrange, d’ailleurs, car la France ne manque pas de volontaires pour se prostituer encore un peu plus auprès des maquereaux de la realpolitik européenne et transatlantique. Il y a là quelque chose de quasiment incongru et de presqu’inexplicable, là où des pays comme l’Italie, ou même récemment, la Bolivie, connaissent des gouvernements de droite extrêmement démocratiques. Quoiqu’il en soit, si un basculement électoral devait se produire en France, les dits maquereaux de la politique et des médias ont déjà placé leurs pions depuis longtemps.

Le politicien actuel se pose la question : « que veulent les Français ? que veulent les hommes ? » A la vérité, il n’est pas difficile d’y répondre, pour qui connait l’homme. La question que tous devraient plutôt de poser est celle-ci, et c’est à vrai dire, davantage une conclusion affirmative : Ce que Dieu veut. L’élite qui délivrera la France de toutes ses torpeurs actuelles, héritées de deux siècles d’apostasie, de scepticisme, d’indolence spirituelle et mentale, de trahisons, de reniements, d’infiltrations et d’invasions, ne peut qu’être une élite spirituelle en premier lieu. Et parce que spirituelle, parce que fervente, parce que zélée pour la Justice de Dieu, cette élite aura une compréhension supérieure de l’action temporelle. Il n’y aura absolument aucune autre solution. Dès lors, sont radicalement inutiles, incompatibles, dérisoires, largement erronées, corrompues, toutes les doctrines (ce mot est encore trop noble pour qualifier le fatras d’idées en question) de cette nouvelle droite de gauche. Ce n’est pas l’exaltation de la liberté d’expression du mal, du péché (notamment contre-nature), du mensonge et de la dégénérescence, qui peut sauver un pays aussi atteint que la France. L’évidence devrait être comprise de tous : « à cause des péchés du peuple, les princes se multiplient », enseigne l’Ecclésiaste. Ceux qui relativisent la chose d’une façon ou d’une autre méritent mille fois les malheurs qui adviennent à la nation qu’ils prétendent aimer. Tous ceux qui affirment qu’on peut et qu’on doit engager le combat politique à l’exclusion complète ou partielle de la religion catholique, sont des menteurs, des mécréants, des esprits faibles et inférieurs. Tous ceux qui comprennent que c’est en plaçant l’honneur de Dieu et la Foi au pinacle de ce combat et de toutes les réflexions qui s’en suivent, sur les sujets politiques, économiques, sociétaux ou géopolitiques, font d’ores et déjà partie de l’élite capable de relever la civilisation en France, en Europe ou ailleurs dans le monde. Il ne s’agit ici, ni d’une question de classe sociale, ni d’une question d’origine ethnique, bien que les plus aisés doivent apporter un concours plus grand, et que les nationaux doivent prioritairement s’occuper de leur propre nation : il s’agit ici d’une question de supériorité spirituelle, dont l’accès est gratuit et universel, pour peu qu’on conforme son esprit aux Vérités et aux exigences de la Très Sainte Religion Catholique.

L’industrie identitariste et la mort de la politique

Pour toutes ces raisons, et nous l’avons déjà souligné à de nombreuses reprises : la politique est actuellement morte en pratique en France, car la politique n’est plus considérée comme une matière sérieuse, impérieuse. Là aussi, l’importance du précédent paragraphe se comprend : on ne prend plus la politique au sérieux, parce qu’on ne se rend plus compte que la politique est la servante de la Justice de Dieu. De là, la Ve république française est tout à fait l’antithèse du sens noble et véridique de République. La droite nationale républicaine, longtemps exclusivement trustée par le lepénisme, parce qu’elle se fondait essentiellement sur les mêmes principes mauvais que ceux de ses adversaires politiques, a fini par les rejoindre et même en devenir la dernière représentante : ce qui explique l’afflux, depuis de nombreuses années, de transfuges venus de la gauche plurielle, du militantisme homosexuel ou de la droite gaulliste et gouvernementale. Dans les périphéries de cette mouvance, à cause des torpeurs d’une société légitimement inquiétée par les phénomènes de l’incurie gouvernementale, de la paupérisation générale des ménages, de l’insécurité galopante, de l’immigration massive ou de l’islamisation, s’est développé un vaste et profitable marché de la névrose, ou plus exactement de la « mélancolie française », pour reprendre le titre d’un bestseller d’Eric Zemmour, lequel est passé maitre dans l’exercice après avoir été l’un des premiers à flairer le filon. Depuis des années fleurissent donc d’innombrables chapelles républicanistes : médias en ligne, mouvements ou associations politiques, personnalités médiatiques, youtubeurs, etc. Comme nous le verrons dans un prochain article, les tendances philosophiques ou politiques des meneurs de cette « nouvelle opinion publique » peuvent se résumer en quatre grandes tendances :

La tendance nationale-républicaine ou libérale-conservatrice : il s’agit de la plus ancienne, de la plus « classique », de la plus intégrée dans le paysage médiatico-politique de la Ve République, de celle qui parle généralement le plus directement à la clientèle visée, tout simplement parce qu’elle représente en quelque sorte, et à quelques nuances près, la tradition politique jacobine à laquelle se sont habitués les français. La tendance libérale-conservatrice se distingue néanmoins et n’est pas franchement jacobine, à proprement parler, mais relève néanmoins de la même tradition philosophique.

La tendance nationale-révolutionnaire ou sociale-nationaliste : Cette tendance en recoupe de nombreuses, qui puisent leurs fondamentaux dans une certaine tradition révolutionnaire française radicale, et non bourgeoise : Robespierrisme, Blanquisme, Commune, syndicalisme-révolutionnaire, etc. Cette tendance est fortement interlope, estimant aussi bien certains aspects du marxisme-léninisme que d’autres aspects du fascisme ou du national-socialisme allemand, ou encore de la révolution conservatrice allemande. Cette tendance a généré notamment la « nouvelle droite » française des années 1970 (laquelle s’est elle-même subdivisée en plusieurs tendances et en a influencée d’autres), le solidarisme, les mouvements de type « troisième voie ». Classiquement, on y retrouve un grand nombre d’anciens militants de gauche radicale, passés à des opinions nationalistes, ce pourquoi on peut rattacher le mouvement soralien à cette tendance. Spirituellement, ces mouvances sont généralement paganisantes, ou agnostiques, voire ésotérisantes, mais néanmoins traditionalistes, quelque fois chrétiennes (et syncrétisantes), mais assez rarement catholiques. Des quatre tendances analysées, c’est certainement la plus intellectuelle et la plus profonde de ce point de vue. Selon ses tendances propres, elle adopte une perspective tantôt paneuropéenne, tantôt inter-nationaliste, tantôt souverainiste, etc.

La tendance nationale-libérale : il s’agit là d’une tradition politique venue de la gauche classique allemande, laquelle, tout en reprenant certains aspects du jusnaturalisme des Lumières, professait les idées de l’ordolibéralisme allemand. Tendance assez peu connue en France, mais qui a tout de même quelques fondements anciens. Elle a obtenu quelque succès dernièrement, du moins dans une certaine niche de la nouvelle opinion publique, surtout chez les jeunes français volontairement ou involontairement écartés de la manne salariale la plus intéressante, et contraints, volontairement ou non, de développer un fort esprit entrepreneurial. Elle se focalise souvent sur des questions économiques, avec une certaine expertise, mais aussi sur le thème de la remigration. Ses acteurs adoptent souvent une approche radicalement scientifique, voire scientiste, des questions raciales ou ethniques.

La tendance ethnocentriste, parfois qualifiée de « nationalisme blanc » : Cette tendance, particulièrement paganisante, notamment à cause de sa focalisation exclusive sur les aspects de communauté ethnique, a également connu un relatif succès, notamment parce que les concepts de « défense du peuple blanc » ont été popularisés par divers auteurs autorisés, tels Gilles-William Goldnadel, ou par une certaine frange de la vague trumpiste aux Etats Unis, notamment du fait que la droite alternative américaine, du fait même de sa courte tradition politique et de la nature composite des diverses populations étatsuniennes, ne perçoit les catégories raciales que selon les concepts de couleurs, et non pas d’ethnies précises, comme c’est le cas dans la vieille Europe. En France, cette tendance ne compte généralement pas de penseurs très profonds, sur quelque matière que ce soit, mis à part l’histoire, mais, en raison de son message élémentaire et primitif, elle a pu recueillir une certaine attention auprès d’une frange non négligeable de la « nouvelle opinion publique ». Cette mouvance se place généralement dans une perspective paneuropéenne ou plus exactement, indoeuropéenne, pour des raisons évidentes.

On le voit donc, les quatre tendances majeures de la droite nationale française actuelle puisent toutes, d’une façon ou d’une autre, leurs origines philosophiques ou politiques dans la philosophie « moderne », c’est-à-dire les fondamentaux des Lumières, de l’Aufklärung, de 1789. Racines qui sont également les mêmes, sous d’autres aspects, que la gauche socialiste, plurielle ou radicale. Certes, à ce résumé trop succinct, on peut objecter une infinité de variations dans ces tendances, lesquelles rejettent certains aspects des Lumières, les autres tels ou tels aspects de l’esprit de la Révolution française, etc. Peu nous importe ici : il s’agit en tout état de cause, d’une même et vaste famille, d’une même et vaste tradition d’erreurs, certes, plus ou moins énormes et plus ou moins fatales, selon les tendances. Il faut dire aussi, que toutes ces tendances ou tous les acteurs de ces tendances, ne sont pas forcément des « commerciaux de la névrose » ou des « revendeurs de mélancolie française ». Plus spécialement chez les nationaux-libéraux ou chez les nationaux-révolutionnaires ou conservateurs-révolutionnaires, on trouve des réels doctrinaires, et parfois même des doctrinaires qui s’approchent de concepts politiques pertinents et sérieux. Chez les autres, il faut dire que l’indigence des fondamentaux donne peu de place à l’estime. Deux conséquences graves de l’héritage voltairien sont le scepticisme et le dilettantisme. Si la politique est morte, ces temps-ci en France, c’est aussi parce que la dérision générale paralyse radicalement toute pensée et toute action, ou plus exactement, empêche la diffusion et l’acceptation de toute pensée profonde, réaliste, et l’action qui doit en découler. La culture des « mêmes », bien qu’elle soit rafraîchissante et souvent assez drôle, participe malheureusement de ce phénomène, au même titre que le satirisme ou que « l’esprit Charlie », autre pathologie pathétique qui fut revendiquée ces dernières années par la droite et la gauche de notre nouvelle gauche républicaine. En fait, et nous y reviendrons, les polémiques risibles sur l’islam en France, qu’il s’agisse des sujets les plus insignifiants comme le voile (brèche facile qui fait jaser et permet de faire parler de soi à peu de frais), ou de sujets plus graves comme celui du terrorisme (et ses manipulations en haut lieu), démontrent une fois encore que le grand remplacement est une réalité terrible. Il y a effectivement eu, ces dernières décennies, et même ces derniers siècles, un grand remplacement de l’intelligence française. C’est pour cette raison que la droite actuelle n’est en réalité qu’une gauche de plus. L’incohérence totale du discours des caciques et des grands commerciaux de ce milieu, qui est devenu un marché, doit amener le jeune français, surtout le jeune catholique français, à un constat clair : ces gens sont des inférieurs à presque tous les niveaux, en particulier sur le plan spirituel, mental et politique. Ils ne devraient pas être les tribuns du moment ; Ils ne devraient pas occuper tout l’espace médiatique ; ils ne devraient pas susciter l’attention d’un large public ; ils ne sont pas dignes, ni capables, et le prouvent tous les jours, d’être les meneurs de la restauration civilisationnelle en France, à quelque degré que ce soit. Ils doivent suivre, se soumettre et obéir, et nous, catholiques intégralistes, devons mener, diriger et commander. Il est bientôt temps, si Dieu le veut, de nous adresser aux vrais fidèles de Jésus Christ et de la France catholique.

Notre patrie à nous, c’est nos villages, nos autels, nos tombeaux, tout ce que nos pères ont aimé avant nous. Notre patrie, c’est notre Foi, notre terre, notre Roi. Mais leur patrie à eux, qu’est-ce que c’est ? Vous le comprenez, vous ? Ils l’ont dans le cerveau ; nous l’avons sous les pieds. Il est vieux comme le diable, le monde qu’ils disent nouveau et qu’ils veulent fonder dans l’absence de Dieu… On nous dit que nous sommes les suppôts des vieilles superstitions ; faut rire! Mais en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, sommes une jeunesse, Messieurs! Sommes la jeunesse de Dieu. La jeunesse de la fidélité! Et cette jeunesse veut préserver pour elle et pour ses fils, la créance humaine, la liberté de l’homme intérieur. Pour mon Dieu, mon Roi et ma Patrie.François Athanase de Charette de la Contrie, cité in Michel de Saint Pierre, Monsieur de Charette, Chevalier du Roi, 1977