Les français de souche, dans leur immense majorité, comme ailleurs en Europe occidentale, rejettent la vraie Foi catholique et tous les principes qui y abondent ou en découlent. Y compris, et peut être surtout au sein de la « droite » neo-conservatrice qui tend de plus en plus à n’être qu’une nouvelle gauche républicaine. Certes, nous savons bien qu’en grande partie, cette apostasie fut provoquée ou facilitée par la révolution moderniste de Vatican 2 et la mise en place de la secte éponyme. Tout ceci survint au pire moment, c’est-à-dire :

1/ Après deux guerres mondiales qui ont profondément affecté l’anthropologie catholique européenne, d’une part, du fait de millions de morts et de déstabilisation de familles entières, d’autre part, du fait des traumatismes profonds engendrés par ces guerres modernes totales, enfin, du fait de la montée en puissance des forces politiques impies qui organisèrent ces mêmes conflits.

2/ Deux guerres mondiales qui ont achevé les derniers états catholiques pouvant apporter leur concours temporel à l’Eglise, lien temporel que ne manquât pas de supprimer la secte moderniste en proclamant la liberté religieuse comme un droit civil inaliénable. Abominable mensonge.

3/ Dans le contexte de révolution morale et culturelle d’après-guerre : baby-boom, triomphe de la culture adolescente d’Hollywood et de Woodstock, triomphe politique du communisme et de la sociale démocratie, triomphe de la littérature existentialiste, triomphe du freudo-marxisme, 3e et 4e révolution sexuelle, triomphe de la culture libérale libertaire, triomphe d’un capitalisme dévoyé et immoral, triomphe du mondialisme impie, arasement des frontières morales, économiques, nationales, décolonisation aussi désordonnée et hypocrite qu’à ses débuts, immigration massive, légalisation de l’avortement, banalisation du divorce et de « l’amour libre », éducation sexuelle dans les lycées, etc.

4/ Sans compter bien sûr, tout le passif politique et social depuis au moins la Révolution Française, le 19e siècle et la 3e république. Bien avant Vatican 2, l’Eglise, papes, évêques et prêtres, n’avait cessé de déplorer amèrement la progression de l’incroyance et du déclin des mœurs. Si le monde catholique lui-même se tenait généralement fermement accroché à la Foi (jusqu’au grand holocauste démoniaque de Vatican 2), le fait que l’ordre politique et social fut dominé par les forces adverses de la Sainte Religion, facilita l’émergence de ce que Benoit XV, Pie XI et Pie XII ont qualifié de « nouveau paganisme » ou de « nouvelle société païenne », selon la très pertinente parole de Mgr. Sheen. Tels sont les phénomènes qui expliquent essentiellement et prioritairement le déclin de l’Occident et de la France au cours de ces dernières décennies.

Le choc des civilisations décadentes

Un jeune ami catholique anglais m’a récemment fait part d’un événement dont a été témoin sa petite sœur. L’une de ses camarades de classe, une petite fillette musulmane, sachant que la petite sœur en question était une catholique, l’a tancée en disant qu’il n’y avait que des chrétiens pour se rendre aux « school discos » et que les chrétiens étaient donc stupides. Les « school discos » en question sont des soirées en discothèque organisées par les écoles primaires ou les collèges pour les élèves. Il est évident que pour nous autres catholiques, cette sorte d’événements ne sont qu’une preuve de plus de l’aspect abominable de ce qui tient lieu d’éducation scolaire publique dans les pays d’Europe occidentale. Mais, du point de vue de la petite fille musulmane, du moins cette sorte d’enfant élevée dans une famille véritablement pratiquante et un tant soit peu « orthodoxe », il n’y guère de différence entre l’Europe apostate actuelle et l’ancienne chrétienté. Surtout lorsque les médias mainstream donnent la parole à des commentateurs ou des politiciens qui hystérisent tout débat public sur la question islamique, en parlant de vagues et prétendues « valeurs judéo-chrétiennes », tout en exaltant le libertinage, le féminisme, les pratiques contre nature, la « laïcité » et la liberté d’expression  (à géométrie variable), toutes sortes de « valeurs » présentées comme « fondations véritables de la culture ou de la civilisation européenne ». Dans un tel contexte de mensonges et d’inversions, il est effectivement vain de vouloir traiter efficacement de cette question musulmane, en y opposant les « valeurs » qui, précisément, ont contribué à ce déclin de l’Occident, y compris dans le domaine des migrations et de l’installation de millions de musulmans en Europe occidentale en quelques décennies.

Ainsi, c’est cet esprit général de décadence, de misère spirituelle et même anthropologique chez les européens de souche apostats, qui explique en grande partie l’arrogance de certains musulmans, et même de petites fillettes, comme celle que nous avons évoqué. Hélas, il est étrangement difficile de faire comprendre ces rapports de cause à effet à nos contemporains, et tout spécialement à ceux qui se plaignent de l’immigration, de l’islamisation et de l’insécurité, physique ou économique, qui en découle. Beaucoup, et surtout dans les milieux prétendument de droite, n’opposent que des « valeurs » de gauche à ces menaces. Pour eux, la présence immigrée, plus exactement islamique, est une menace aux « libertés démocratiques européennes ». Or, ces pseudos libertés sont avant tout des licences, condamnées par l’Eglise de longue date, et dont l’Eglise avait précisément prédit à l’avance qu’elles causeraient la ruine de la société, des nations, de la civilisation et de l’anthropologie humaine elle-même :

Que si, dans les discussions qui ont cours sur la liberté, on entendait cette liberté, légitime et honnête, telle que la raison et Notre parole viennent de la décrire, nul n’oserait plus poursuivre l’Eglise de ce reproche qu’on lui jette avec une souveraine injustice, à savoir qu’elle est l’ennemie de la liberté des individus et de la liberté des Etats. Mais, il en est un grand nombre qui, à l’exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel : Je ne servirai pas, entendent par le nom de liberté ce qui n’est qu’une pure et absurde licence. Telle est la prétention des sectateurs du Libéralisme dont Nous avons parlé ; selon eux, il n’y a dans la pratique de la vie aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d’obéir, mais chacun est à soi-même sa propre loi. De là, procède cette morale que l’on appelle indépendante et qui, sous l’apparence de la liberté, détournant la volonté de l’observation des divins préceptes, conduit l’homme à une licence illimitée. Ce qui en résulte finalement, surtout dans les sociétés humaines, il est facile de le voir. Car, une fois cette conviction fixée dans l’esprit que personne n’a d’autorité sur l’homme, la conséquence est que la cause efficiente de la communauté civile et de la société doit être cherchée, non pas dans un principe extérieur ou supérieur à l’homme, mais dans la libre volonté de chacun, et que la puissance publique émane de la multitude comme de sa source première; en outre, ce que la raison individuelle est pour l’individu, à savoir la seule loi qui règle la vie privée, la raison collective doit l’être pour la collectivité dans l’ordre des affaires publiques : de là, la puissance appartenant au nombre, et les majorités créant seules le droit et le devoir. Mais, de plus, une pareille doctrine apporte le plus grand dommage tant à l’individu qu’à la société. Et, en réalité, si l’on fait dépendre du jugement de la seule et unique raison humaine le bien et le mal, on supprime la différence propre entre le bien et le mal ; le honteux et l’honnête ne diffèrent plus en réalité, mais seulement dans l’opinion et le jugement de chacun; ce qui plaît sera permis. Dès que l’on admet une semblable doctrine morale, qui ne suffit pas à réprimer ou apaiser les mouvements désordonnés de l’âme, on ouvre l’accès à toutes les corruptions de la vie. Dans les affaires publiques, le pouvoir de commander se sépare du principe vrai et naturel auquel il emprunte toute sa puissance pour procurer le bien commun; la loi qui détermine ce qu’il faut faire et éviter est abandonnée aux caprices de la multitude plus nombreuse, ce qui est préparer la voie à la domination tyrannique. Dès que l’on répudie le pouvoir de Dieu sur l’homme et sur la société humaine, il est naturel que la société n’ait plus de religion, et tout ce qui touche à la religion devient dès lors l’objet de la plus complète indifférence.Léon XIII, Libertas Praestantissimum

Nonobstant, le principe populiste conduit les libéraux conservateurs, cette nouvelle gauche de tradition, à continuer de promouvoir ce discours absurde, sans doute parce que, pensent-ils, « c’est là ce que les gens veulent entendre ». Cette situation est pleine de paradoxes. Hier, quand les catholiques étaient encore majoritaires en Europe occidentale, c’était le monde islamique qui était perçu à juste titre comme « un empire de sensualisme, de libertinage et de tyrannie des sens ». Lire à ce sujet ce que disaient de l’islam, un Saint Thomas d’Aquin, un Mgr. Walmesley ou un Saint Jean Bosco.

La conjuration des arrogants

Dans les années 1980, et aujourd’hui encore, beaucoup pensent qu’il y a un fort risque que la France ou un autre pays d’Europe occidentale soit dominé par l’islam, en raison de la démographie musulmane croissante, de la vigueur de l’islam radical et des revendications communautaires. Nous ne croyons rien de tel. Au vu du nombre de musulmans en France ou dans d’autres pays d’Europe, et à supposer, comme certains auteurs l’ont fait dans les années 1990 (la fameuse « Eurabia » de Bat Ye’Or), qu’il existerait une grande conspiration taqqiyiste et que, tapis dans l’ombre, de puissants islamistes seraient prêts à prendre le pouvoir par la force, un tel évènement aurait déjà dû avoir lieu et il aurait eu à sa disposition les millions de pétrodollars de l’Arabie Saoudite. Mais la realpolitik ne fonctionne pas ainsi. L’Arabie Saoudite ne finance que les révolutions islamistes qui concernent ses intérêts propres, qui sont souvent les intérêts de son souverain direct, les Etats Unis d’Amérique. Et les Etats Unis ne veulent évidemment pas d’un califat islamique en Europe. En fait, ces fantasmes sont absurdes, parce que la société occidentale est déjà un califat : celui de Satan. C’est une société où le désordre tient lieu d’ordre, où toutes les opinions et les sectes les plus diverses ont droit de cité, où les invertis paradent chaque année sur les boulevards des grandes villes, où les seules barrières qui existent encore sont les barrières de l’orgueil, du vice et de l’indifférentisme. Cette société ne sera donc pas particulièrement mahomète, ou particulièrement enjuivée, ou particulièrement libertine : elle ne sera, et n’est déjà, qu’un amoncellement, qu’une addition, qu’une superposition de communautés d’erreurs individuelles ou collectives. Telle est la réelle abomination multiculturaliste (qu’on devrait plutôt qualifier de multicultualiste), tel est le vrai drame actuel et c’est ce qui rend le système de la démocratie libérale si difficile à enrayer, autrement que par la force sanctionnée par la Divine Providence.

Si, comme la LDJ ou comme Emmanuel Fouquart, secrétaire départemental du Rassemblement National des Bouches du Rhône, vous pensez lutter contre l’islamisation de la France en louant les FEMEN et la culture décadente, vous faites partie du problème, et non de la solution.

Pour conclure, oui, il y a une certaine arrogance musulmane, dans une époque où désormais, l’Europe est encore plus moralement ou politiquement décadente que les sociétés païennes ou infidèles d’hier. Mais l’arrogance actuelle n’est pas seulement celle des musulmans : elle est partagée par tous ceux qui se détournent du seul Dieu, de la seule vraie religion, de la seule vraie foi. Ainsi, tous, musulmans, français de souche apostats, juifs, athées, agnostiques, libertins, hérétiques de toutes sortes, rient tous ensemble. Ce sera à qui pourra rire à la gorge la plus déployée. Mais ceux qui se rient ainsi de Dieu, se rient aussi de la Cause même de leur existence. Cette ingratitude se paye déjà, et l’addition ne cessera de s’alourdir, tant que l’honneur dû au Créateur ne Lui est pas rendu.