Ce qui suit est un extrait du livre « Mystères de la Révolution » de Guillaume Von Hazel, publié en 2019 aux éditions Verus Isräel et distribué par le CSRB. Commandez-le ici.


Le récit d’Idris-Hermès dans le Coran et dans la tradition islamique doit clairement être mis en rapport avec l’expérience mystique de Mohammed décrite dans Coran 17 ; 1. Il s’agit de sa fameuse « chevauchée céleste » (Isra wa Minaj) sur le dos d’un étrange anthropomorphe nommé Buraq, un animal que lui apporte l’ange « Gabriel », alors que Mohammed était en méditation à la Kaaba. L’historien anglican William St.Clair Tisdall, qui a produit d’importantes sommes pour identifier les sources du Coran et de l’islam, remarque que le récit de Coran 17 ; 1 est très similaire aux récits des expériences mystiques que l’on trouve dans Le Livre d’Arta Viraf, un texte majeur du zoroastrisme de l’époque sassanide. Dans ce récit, le prêtre zoroastrien Arta Viraf est un mystique piétiste qui, après avoir consommé une liqueur et un hallucinogène[1], expérimente une montée mystique.

Emmené par l’ange Sraosha (ce qui signifie littéralement conscience) et par Adar (une entité angélique représentant l’esprit d’Ahura-Mazda, c’est-à-dire le dieu de Zoroastre), Viraf emprunte dans son parcours, la voie des étoiles. Il visite alors diverses dimensions célestes dans lesquelles il rencontre diverses âmes pieuses, avant de rencontrer Ahura Mazda en personne, lequel l’exhorte à tenir la foi zoroastrienne comme la seule vraie et lui donne des instructions spirituelles. Or, selon le commentaire des docteurs de l’islam, au cours de son voyage mystique, emporté par l’ange « Gabriel » et Buraq, Mohammed visite le septième ciel où il rencontre lui aussi divers grands personnages, bibliques cette fois-ci, dont le fameux Idris-Enoch. Comme Viraf, Mohammed finit par rencontrer « Dieu » lui-même, lequel lui donne des révélations et des instructions, en particulier les instructions rituelles concernant les cinq prières quotidiennes. D’ailleurs, à cette occasion, Mohammed se livre à une longue argutie avec « Dieu », puisque ce dernier exigeait cinquante prières par jour. Par la médiation de « Moïse », il parvient finalement à négocier une réduction à cinq prières[2]. Tisdall remarque une autre concordance accablante. Il note que dans le Vendidad, qui est une partie de l’Avesta zoroastrien, il est question d’un arbre se trouvant au paradis :

Les zoroastriens rapportent aussi l’existence d’un arbre merveilleux, appellé Hvapa en avesta et Humaya en pahlavi, ce qui signifie dans les deux cas « pourvu de bonne eau », « bien irrigué ». Dans le Vendidad, il est décrit sous ces termes : « Dans la pureté, les eaux s’écoulent depuis la mer de Puitika jusque dans la mer de Vourukasha, jusqu’à l’arbre Hvapa : là, poussent des plantes de toutes sortes ». Hvapa et Pakshajati sont identiques au Tuba’ ou « arbre du bien » dans le paradis mahométan, lequel est suffisamment connu pour avoir besoin d’être décrit ici.[3]

En effet, le Sahih Boukhari rapporte :

Ainsi, je fus transporté en ascension au Sidrat-ul-Muntaha [ndt. L’arbre en question, il s’agit d’un Micocoulier]. Voici : ses fruits étaient comme les jarres de Hajr et ses feuilles aussi grandes que des oreilles d’éléphant. Gabriel dit : « C’est le Sidrat-ul-Muntaha, l’arbre de la frontière suprême ».[4]

Tisdall relève des légendes similaires, non seulement dans la très ancienne mythologie védique (dans le Indralokagamanam, c’est-à-dire le Voyage dans le monde d’Indra) mais également dans les apocryphes gnostiques pseudo- évangéliques (Apocalypse de Paul) et pseudo-abrahamiques (Testament d’Abraham)[5]. C’est clairement de cette dernière source, que nous avons déjà relevé, qu’Ibn Ishaq[6] a tiré la fable selon laquelle Abraham aurait lui aussi emprunté le Buraq pour aller rendre visite à Agar et Ismaël ou encore se rendre à La Mecque, ville qui n’existait pas à cette époque, mais que les mahométans croient être l’endroit où Abraham aurait lui-même établi la première Kaaba.

Par manque de temps et de place, nous ne pouvons mentionner d’autres correspondances remarquables de cette tradition mazdéo-islamique, pourtant très intéressante et prolixe en la matière. Nous nous bornerons à citer Tisdall, qui, en résumant un passage du Zerdashtnama, livre central du zoroastrisme, décrit une expérience tout à fait similaire à celle que nous avons lue dans le Hayat Al-Qulub cité plus haut :

Dans le fabuleux Zedashtnama, on trouve également le récit de Zoroastre vieillissant avant de monter aux cieux, après avoir reçu la permission de visiter l’enfer, dans lequel il trouva Ahriman (le diable).[7]

Il nous serait trop long d’aller traquer toutes les autres sources hermétiques dans la philosophie arabo-islamique médiévale. Nous avons simplement voulu exposer quelques faits, certes non-exhaustifs, pour démontrer la variété des sources ésotériques de l’islam et prouver qu’ils ne s’expriment pas seulement dans les périphéries de cette religion, mais au cœur même du Coran et de la tradition islamique. Pour nous qui avons lu tant de hadith montrant Mohammed dans ses moments d’extases, de transes et de « révélations », nous ne pensons pas être imprudents en affirmant que cet usurpateur, d’une façon ou d’une autre, était coutumier de procédés de mystique active ou de théurgie. L’islam, comme toutes les fausses religions, se signale par un irrationalisme fondamental qui s’exprime dans son acéphalie naturelle. Il est donc vain aux musulmans de chercher à contester les faits, car ils ne peuvent avoir aucune autorité spirituelle, ni morale, ni rationnelle, pour nier les évidentes sources putrides de leur religion. Il y aurait encore beaucoup à dire sur la profusion de l’hermétisme dans le monde islamique médiéval et moderne, y compris dans l’influence néfaste qu’on indéniablement eu, dans la chrétienté, un certain nombre des ésotéristes musulmans que nous avons cités. Mais pour connaitre les détails de cette histoire, il vaudra mieux que le lecteur se reporte à la considérable somme qu’Alain Pascal a produit sur l’histoire des gnoses.[8] Quant à nous, nous passerons directement à la période suivante pour voir par quelles voies cette vieille tradition du serpent des premiers jours fut transmise et développée par certains auteurs impies dans l’Europe des 14e-15e siècles.

Guillaume Von Hazel, Mystères de la Révolution, éditions Verus Israël, 2019, Volume 1, pp.314-317


[1] De façon interessante, le hadith n°482 du Sahih Boukhari (Volume 7, Livre 69) mentionne que lorsque « Gabriel » vint chercher Mohamed pour l’emporter dans le Miraj, il lui proposa une coupe de lait et une coupe de vin. Le rapport d’Abou Huraira, dans le hadith, affirme alors que « Gabriel » se serait réjoui que Mohammed ait choisi la coupe de lait plutôt que celle du vin. Qu’il s’agisse d’une réecriture favorable par Abou Huraira ou non importe peu. La seule occurrence de ce détail est déjà surprenante en soi, puisqu’elle ne peut que faire allusion au vin consommé par Viraf. Si le rapport est exact, il s’agit là peut-être d’un acte assez symbolique d’un ange tentateur, qui n’est clairement pas Gabriel.

[2] Sahih Boukhari, Volume 1, n°447a

[3] William St. Clair Tisdall, The Sources of Islam, pp. 230-231

[4] Sahih Boukhari, Volume 5, n°227

[5] St. Clair Tisdall, Ibid, pp. 231-232

[6] Rueven Firestone, Journeys in the Holy Lands: The Evolution of the Abraham-Ishmael Legends in Islamic Exegesis, 1990, p.117.

[7] Ibid, p.80

[8] Alain Pascal, La guerre des Gnoses, Islam et Kabbale contre l’Occident Chrétien, Tome 2, éditions des Cimes, 2015. Ce volume concerne précisément le sujet abordé ici. Même si nous regrettons chez Pascal une certaine systématisation de l’opposition « Orient-Occident », ses sommes sont absolument incontournables pour qui veut s’instruire sur l’histoire des gnoses à travers les siècles.